C’est une nouvelle habitude qui s’installe chez le Premier ministre. Après une première rencontre informelle avec la presse tunisienne, le 10 juillet dernier, Mohamed Ghannouchi a tenu une seconde samedi 20 décembre 2008, tout aussi informelle. Il ne s’agit pas d’une conférence de presse classique, il s’agit d’une rencontre caractérisée par des échanges, par des éclaircissements de la politique gouvernementale et, surtout, par des explications.
L’actualité la plus brûlante étant liée à la crise financière et économique et son impact sur la Tunisie, le Premier ministre s’en est donné à cœur joie. Sujets évoqués : la crise, la compétitivité, l’évasion fiscale, le commerce parallèle, les prix des hydrocarbures…
Sans tabou, journalistes et patrons de presse ont exposé leurs points de vue et exprimé leurs critiques (notamment en ce qui concerne les prix des carburants). Sans langue de bois, Mohamed Ghannouchi a présenté sa vision des choses. Une constante dans son discours : la solidarité entre les Tunisiens.
La chose est assez rare et mérite qu’on s’attarde dessus. Un ministre qui explique clairement sa politique et vision des choses, qui accepte sans broncher les critiques, ce n’est pas vraiment courant en Tunisie. L’exemple viendra du Premier ministre lui-même qui, en l’espace de six mois, rencontre pour la deuxième fois journalistes et patrons de médias et insiste pour dire que ce n’est pas une conférence de presse et qu’il n’y a aucune obligation de couverture. En matière de communication, la leçon est excellente et on continue encore à espérer qu’elle fasse des émules chez les membres du gouvernement. Ajoutons à cela le respect de la forme avec une salle de réunion correctement aménagée et un respect parfait des normes de la profession.
Il n’y a donc pas de raison particulière pour justifier cette rencontre, si ce n’est le souci de Mohamed Ghannouchi d’expliquer la politique du gouvernement, notamment et surtout en matière économique.
Le Premier ministre entame son intervention en évoquant l’actuelle crise qui frappe de plein fouet le monde entier. « L’année 2009 connaîtra beaucoup de dangers à cause des crises économique et financière », dira-t-il avant de faire preuve d’optimisme en citant en exemple les Chinois : « La crise, c’est des dangers. Mais c’est aussi des opportunités. » Une façon de voir les choses qui invite tout simplement à se serrer les coudes et à ne pas sombrer dans le pessimisme et le défaitisme.
Les signes annonçant la crise qui pourrait durement frapper la Tunisie sont pourtant bien là et touchent trois secteurs principalement. Le premier d’entre eux est celui des composants automobiles qui subissent de plein fouet le ralentissement de cette activité en Europe. C’est un secteur qui travaille en temps réel en fonction de la demande.
Le deuxième secteur touché est celui du textile suivi du tourisme qui pourrait, éventuellement, être touché quoique, pour le moment, seules les distances lointaines subissent la crise.
Mohamed Ghannouchi ne se veut cependant pas alarmiste et de dire : « l’impact sur la Tunisie sera limité. Pour ce qui est du secteur automobile, il commence à connaître la crise depuis le mois de novembre seulement et a des résultats positifs pour l’année 2008 ».
Le souci est cependant pour l’année 2009, puisque le taux de croissance pour 2008 aura été de 5%. L’objectif étant de garder le même taux. Pour le réaliser, indique le Premier ministre, il faut que les IDE et l’export ne soient pas touchés, d’où le souci de tout faire pour réduire au maximum l’impact de la crise.
Plusieurs projets ont ainsi été accélérés et plusieurs mesures ont été annoncées afin d’améliorer la compétitivité de nos entreprises.
Le Premier ministre rappelle les quatre décisions annoncées par le président Zine El Abidine Ben Ali, le 7 novembre dernier, et qui ont toutes été prises en considération pour l’élaboration du projet de l’Etat en 2009. Des décisions qui auront pour effet de limiter l’impact de la crise dont la fin ne pourrait être prédite par quiconque. « On espère cependant profiter d’un effet Obama », déclare le Premier ministre, rappelant que les Etats-Unis sont une véritable locomotive pour l’économie mondiale.
Pour ce qui est des mesures prises, le Premier ministre a rappelé la règle stipulant que la compétitivité ne dépend de l’entreprise qu’à hauteur de 30%. Le reste n’étant pas de son ressort et touche l’administration, le transport, la logistique, les coûts sociaux, les services aux ports, les délais d’attente.
« C’est sur l’ensemble de ces facteurs-là que nous agissons », indique Mohamed Ghannouchi, prenant en exemple la question de la formation professionnelle, les 54 zones industrielles reliées au haut débit, le déploiement de la fibre optique, etc.
Interrogé sur les événements de Gafsa et les peines de prison prononcées, le Premier ministre a indiqué qu’il est hors de question de se soustraire à la loi et d’utiliser à des fins politiques certains événements sociaux qu’on voit partout dans le monde. Après avoir rappelé que le Président Ben Ali a toujours usé de son droit de grâce pour libérer des prisonniers, le Premier ministre a insisté pour que la loi soit strictement respectée par tout le monde.
Interrogé sur les questions d’évasion fiscale, le Premier ministre a indiqué que le fait de ne pas payer le fisc fait hélas partie de notre culture. Il fait observer que la fiscalité indirecte représentait en 1995, 76% des ressources, contre 58% actuellement, alors que la taxation directe représente 48%.
L’administration fiscale essaie cependant de se renforcer pour lutter contre ces évasions et réduire au maximum les régimes forfaitaires. « Installer la culture du devoir fiscal demande du temps, mais elle est en train de se mettre en place petit à petit », indique le Premier ministre.
Mohamed Ghannouchi a également évoqué la question du commerce parallèle (qui existe partout dans le monde, fait-il observer) et la nécessité de réduire sa présence pour assurer la compétitivité du commerce régulier, respectant son devoir fiscal et social.
A lumière de tout ce qu’a déclaré le Premier ministre, on conclut (et Mohamed Ghannouchi n’a que trop insisté sur ce point) que dans tout ce qui a été entrepris et dans tout ce qui sera réalisé, le gouvernement évolue en respectant une ligne claire, obéissant à quatre fondamentaux : la politique sociale, le respect de l’indépendance des choix nationaux, le développement régional et le refus de faire payer les générations futures les crédits contractés aujourd’hui.
Des fondamentaux irréversibles et des valeurs constantes qui ont toujours guidé la politique gouvernementale en plus d’un rapport gagnant-gagnant, nourri avec les pays frères et amis.
A lire également : Le Premier ministre revient longuement sur les prix de l’essence
Tunisie – Mohamed Ghannouchi : « La crise, c’est des dangers. C’est également des opportunités »
Article réservé aux abonnés

Écouter cet article
0:00
0:00
Mis à jour le: 22 décembre, 00:00
22 décembre 2008, 00h00
6min Temps de lecture
Subscribe to Our Newsletter
Keep in touch with our news & offers









