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El Materi, du business à la presse

Par Nizar BAHLOUL

Il est jeune, il appartient à une grande famille et il a de l’ambition. L’ambition, quand elle est bien encadrée, mène loin. Et Mohamed Sakher El Materi est bien parti pour aller loin.
Il n’a pas encore trente ans et le voilà à la tête d’une holding qui ne cesse de grandir.
Ses acquisitions et ses investissements vont dans le droit fil de la logique de tout investisseur soucieux de fructifier son patrimoine, de créer de la valeur ajoutée et de générer de la croissance pour son groupe.
La dernière, celle de Dar Assabah, n’est pas du même genre. En Tunisie, c’est la première fois qu’un homme d’affaires de la taille de M. El Materi, entre dans le cercle assez fermé de la presse écrite.

Essentiellement, les groupes tunisiens de presse ont été créés par des journalistes ou par des hommes devenus journalistes sur le tard, mais après avoir exercé d’abord la profession.
Qu’un homme d’affaires, sans passé journalistique, devienne patron d’un groupe de presse, ne peut qu’interpeller.
L’expérience est assez singulière et son évolution fera certainement un cas d’école dans le pays. Tout le monde est curieux de voir l’issue de ce nouveau ménage entre le monde des affaires et celui des médias. Entre le monde des intérêts et de l’argent et celui de la neutralité et de la liberté d’expression.

Inédite en Tunisie, l’entrée d’un homme d’affaires dans le secteur des médias n’a rien d’une première sous d’autres cieux.
Et les plus grands groupes de presse se sont adossés aux groupes économiques les plus puissants.
Les cas les plus célèbres sont ceux de l’Italien Silvio Berlusconi avec Mediaset et de l’anglo-australo-américain Rupert Murdoch à la tête d’un véritable empire médiatique aux États-Unis et en Europe.
Bien qu’ils soient mondialement moins célèbres, il est bon aussi de rappeler que les plus grands journaux en France sont dirigés par de puissants hommes d’affaires à la tête de grands groupes économiques.
Le Groupe Bouygues (TF1) était plutôt connu pour être une référence dans le monde du BTP.
Le groupe Lagardère (Europe 1, RFM, MCM, Paris Match, Première, Parents, Télé 7 Jours, Elle…) était à l’origine un groupe industriel.
Idem pour le milliardaire Serge Dassault (8ème fortune de France) qui a commencé dans l’industrie, mais qui se trouve également à la tête du quotidien Le Figaro (après avoir été jusqu’en 2006 à la tête de l’Express et de l’Expansion).
Il est bon de noter aussi, dans la foulée, que ces puissants hommes d’affaires ont toujours été (et le sont encore) proches du pouvoir politique.

A leur époque, et lorsque ces groupes avaient pénétré le monde des médias, nos confrères français ont soulevé un tollé et crié au scandale. Sakher El Materi y échappera-t-il ?
Voyant venir les commentaires et les critiques, le jeune homme d’affaires tunisien a anticipé en donnant les assurances nécessaires aux journalistes et défenseurs de la liberté d’expression : « La conception de l’indépendance de ce journal (Assabah) et des autres publications demeurera pour nous une source d’inspiration pour le présent, comme pour le futur. (…)
Notre but commun sera la quête de la vérité et la contribution au climat démocratique civilisé dans notre pays. » Tout est dit.
On est en droit de ne pas prendre ces propos pour de l’argent comptant. Mais, il serait malhonnête de ne pas remarquer que l’intention affichée est bonne.

La presse tunisienne étant ce qu’elle est, on est quasiment unanimes (professionnels, pouvoir politique et grand public) à dire qu’elle ne reflète nullement l’évolution et la modernité de notre pays.
Au point où elle est, et sachant qu’elle ne peut vraiment pas descendre encore plus bas, tout ce qui viendrait la secouer devient bon pour elle. Les meilleurs exemples sont ceux des radios FM, Mosaïque et Jawhara (créées par des hommes d’affaires) et les différentes productions de Cactus qui ont réussi à rapprocher, un tant soit peu, les téléspectateurs tunisiens de la télévision nationale. On exceptera l’expérience (fort réussie par ailleurs) de Zitouna FM, vu son statut particulier d’une radio fonctionnant sur fonds propres et sans publicité.

Avec l’entrée d’un homme d’affaires de l’acabit de Sakher El Materi, il est fort à parier que notre presse se portera mieux. C’est certainement valable pour Dar Assabah et ça l’est (on l’espère) pour l’ensemble de notre profession.
Bienvenue dans la famille, M. El Materi !

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