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Les frigorifiés de la télé

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    Par Nizar BAHLOUL

    En petites pompes, Nessma TV commence à dévoiler sa grille. Il était temps ! Depuis le jour où l’on nous a annoncé le redémarrage, on commençait à s’impatienter et à s’interroger s’il ne va pas falloir redémarrer de nouveau le redémarrage.
    Première réelle émission, Ness Nessma. Un concept à la « Nulle part ailleurs » de Canal+. A la scène, Nabil Karoui, patron et co-fondateur de la chaîne et Fawaz, animateur à RTCI. Que le patron de la télé anime la première d’une émission-phare, c’est osé. Chapeau !
    Erreur. Il s’avère que le patron n’était qu’un invité dans sa propre chaine. Celui qui anime, en fait, c’est Fawaz qui n’est donc plus animateur à RTCI. Encore un talent débauché par le privé. Finalement, il l’aura mérité son chapeau, Nabil Karoui !
    Quant à Fawaz, il aura désormais l’occasion de faire exploser son talent.

    Lui, il s’appelle Sami. Il travaillait à la même radio que Fawaz. Lui aussi, il a quitté cette radio. Et depuis qu’il l’a quittée, il a pu faire exploser tout son talent. Il est devenu producteur. Il a commencé avec une émission de jeux, puis plusieurs. Et des émissions, il est passé aux fictions.
    Après avoir fait exploser son talent, il a fait exploser l’audimat de la télévision à qui il cède et ses émissions et ses fictions. Et puis Sami a décidé d’arrêter de céder. Ou plutôt, il a décidé de jouer tout seul. Il aura donc sa télé à lui tout seul, dès l’année prochaine.
    Et dès l’année prochaine, il va prendre ses émissions sous le bras et va partir chez lui, dans sa télé à lui tout seul.
    Et dès l’année prochaine, Sami va aller dénicher les talents. Et comme les talents ne courent pas les rues en Tunisie, il va les dénicher là où ils se trouvent. Et où est-ce qu’ils se trouvent les talents ? Je vous laisse deviner.

    Celui-là, il s’appelle Khemaïs. Lui, c’est un talent ! Comme on n’en fait plus. Khemaïs est bien connu dans le monde de la critique cinématographique. Il a fait de la radio et de la télé. A la même télé où évoluait Sami. Lui aussi, il a quitté cette télé. Et depuis qu’il l’a quittée, il est resté chez lui. Dans son canapé, devant sa télé, derrière son placard et près de son frigo. A son âge et avec son talent, il ne va certainement pas courir les rues. Surtout qu’il ne peut pas créer une télé à lui tout seul, lui.
    De temps à autres, Khemaïs pond une tribune par ci, commet une chronique par là. Ses tribunes, ses chroniques, ses analyses, elles ne plaisent pas. Forcément, puisqu’elles disent les choses comme elles sont. Ou plutôt, comme son auteur les ressent. On aimerait bien le censurer, mais il se trouve qu’on ne peut pas censurer tout le monde, tout le temps. Surtout que les directives présidentielles insistent pour que les gens comme Khemais puissent s’exprimer librement.
    Du coup, et à cause de ses écrits, on le laisse là où il est, dans son canapé. Sans ressources, malgré son talent ! A son âge et en dépit de son expérience, on le laisse sans salaire ! Près de son frigo, derrière son placard, devant sa télé. Sa veuve comme il dit, surnom donné à sa télé pour dire qu’il n’y a personne pour la défendre.

    Elle, elle s’appelle Rim. Il fut un temps où Rim travaillait dans un journal et collaborait dans d’autres. Du talent, elle en avait. Une télé l’a alors débauchée. Avant, elle pondait des articles. Maintenant, elle les juge. Pour la télé qui la paie.
    Elle tombe sur un article de Khemais (le même que celui du paragraphe précédent) et elle n’apprécie pas l’écrit. Son commentaire : « il a écrit ça parce qu’on ne l’a pas recruté ! » Pour émettre un tel jugement à l’égard d’une personne si expérimentée, il faut un sacré talent ! Le talent de Rim, on le savait méchant. Maintenant, on sait qu’il est bête également. Bête et méchant, ça en fait du talent pour Rim ! Pour une télé qui désire voir grand et sait où dénicher les talents, on a vu de meilleures réflexions parmi son personnel.

    Lui, il s’appelle Khaled. Lui aussi, il était à la même télé que Sami et Khemais. Khaled, on le connait pour ses débats télévisés.
    Des débats qui, en fonction de l’invité de l’émission, nous laissent parfois rêver d’une télé qui ressemble à celles qu’ils ont là-bas en Europe. Des débats comme tout téléspectateur aimerait voir dans la télé de son pays.
    En plus de ses émissions, Khaled émet des réflexions et commet des articles. Comme Khemais. Ses articles et ses réflexions sont peut-être méchants, mais pas du tout bêtes.
    Il fallait que ça arrive et c’est arrivé. Depuis un certain temps, Khaled, on ne le voit plus à la télé. Comme Khemais. Comme beaucoup d’autres. Frigo, placard, canapé et tout le tralala. Et un talent de plus au frigo ! Combien sont-ils maintenant au frigo ?

    A ce rythme, entre les talents débauchés par le privé, ceux qui le seront bientôt, ceux qui sont allés tenter leur chance au Golfe, ceux qui sont (ou iront) au placard, il n’y aura plus dans notre télé que des « talents » bêtes ou méchants. Et du talent, ils en ont, puisqu’ils auront réussi à écarter les vrais talents !
    Si cela continue, et face à la perspective d’un tel spectacle télévisuel, forcément, on va zapper. Et on s’interroge si, à l’avenir, il n’y aurait plus que les bêtes et les méchants pour la regarder … NOTRE télé.

    Un talent du monde tunisien du cinéma vient de nous quitter, et à jamais, suite à une grande maladie : Asma El Fenni. La présidente de la Fédération tunisienne des ciné-clubs est beaucoup plus qu’un CV, dira d’elle et à raison, une autre Asma. Cette militante féministe est beaucoup plus qu’un CV, beaucoup plus qu’un talent. Les talents partent les uns derrière les autres… Adieu Asma… et les autres !

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