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Tunisie – La céréaliculture entre le marteau des fluctuations du marché et l’enclume des aléas climatiques

Les fluctuations du marché international des céréales posent de véritables problèmes quant à l’attitude à prendre par les professionnels et l’administration en matière de céréaliculture. Les cours du blé dur ont atteint en 2008 le pic de 850dollars (1.000 dinars environ) la tonne et ils ont chuté en juin dernier jusqu’aux environs de 200 dollars (265 dinars) la tonne, coût et fret compris.
La flambée de 2008 a poussé les autorités à relever dès le début de l’année dernière les coûts de toutes les variétés des céréales de près de 50 % et accorder des primes d’encouragement à la pratique de la céréaliculture. Ainsi, le prix du quintal de blé dur est passé de 30 dinars à 45 dinars et une prime de 15 dinars par quintal a été en plus allouée aux professionnels. Ces mesures ont été reconduites en 2009.
Or, les cours ont entretemps baissé sur le marché international créant un manque d’harmonie avec les cours locaux. Ainsi, au moment où les céréaliculteurs tunisiens ont perçu cette année près de 60 dinars pour le quintal de blé dur, ce même quintal ne vaut que 25 dollars sur le marché international.



Une telle situation pose une véritable problématique pour l’avenir de ce secteur stratégique. Faut-il axer sur les encouragements pour parvenir à l’autosuffisance ou, plutôt, développer d’autres activités agricoles ayant une plus forte rentabilité ?
Pour répondre à cette question, il est nécessaire d’analyser les ratios de la céréaliculture en Tunisie pour évaluer son potentiel. Les professionnels consultés ont suggéré d’optimiser les résultats en se référant aux résultats de 2009, considérée pourtant comme une année exceptionnelle. Selon eux, une telle approche faciliterait d’anticiper les programmes de mise à niveau et de rationalisation de cette activité.

L’expert Abdelmagid Ben Gueyess trouve que : « la céréaliculture tunisienne souffre de son faible rendement. On prévoit pour 2009 un maximum de 25 millions de quintaux pour une surface de 1,360 million d’hectares. Le rendement moyen à l’hectare avoisine donc les 18 quintaux. Or, la céréaliculture ne peut pas être rentable sous la barre d’un rendement de 900 dinars à l’hectare. Les charges sont très élevées.
Donc, un petit calcul nous amène à conclure qu’au dessous des prix pratiqués actuellement en Tunisie, soit un quintal de blé dur à 60 dinars, cette activité n’est pas rentable pour les céréaliculteurs. Il ne faut surtout pas oublier les aléas climatiques qui influent lourdement sur les moyennes de production et que l’année 2009 a connu une pluviométrie suffisante et régulière».

Mounir Ben Miled ajoute, quant à lui, que « le morcellement de la propriété agricole a influé négativement sur la céréaliculture. Près de 70 % des parcelles ensemencées ont des superficies inférieures à 20 hectares. Or, les grandes cultures ne deviennent rentables que dans des champs de milliers d’hectares pour amortir les investissements nécessaires pour rationaliser l’activité.
Donc, il est d’abord nécessaire de résoudre la problématique du morcellement de la propriété. Après, toutes les stratégies pourraient s’appliquer. On pourra même exporter les céréales
Du côté de l’Union Tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche  » UTAP « , on affirme que s’il est vrai que la problématique se pose, la céréaliculture demeure une activité stratégique qu’il faut préserver pour ne pas se retrouver dépendant exclusivement du marché international et de ses fluctuations.
En termes pratiques, les professionnels sont en train de développer une stratégie à trois dimensions.

D’abord, les responsables de l’UTAP avancent les excellents résultats de l’irrigué qui ont dépassé la moyenne de 50 quintaux à l’hectare. « On a même obtenu dans quelques parcelles irriguées du côté d’Oued Souani dans le gouvernorat du Kef des résultats atteignant 90 quintaux à l’hectare de blé dur et 95 quintaux à l’hectare de blé tendre.
Si on est aujourd’hui à 94.000 hectares de céréales irriguées, on peut doubler, voire tripler, ces superficies irriguées et garantir ainsi un minimum stratégique de dix millions de quintaux de céréales produites localement pour nous mettre à l’abri des aléas climatiques et des fluctuations du marché international
Tout le monde est unanime à affirmer que cette activité nécessite certes de gros investissements mais elle est rentable.

Ensuite, la même stratégie préconise d’étendre la céréaliculture aux zones du Centre et du Sud pour occuper les terres qui ne sont pas actuellement cultivables. L’administration et l’UTAP sont en train d’encourager les agriculteurs dans ce sens.
Enfin, il est nécessaire de développer la recherche de nouvelles semences plus adaptables aux spécificités climatologiques de la Tunisie pour garantir de bons rendements.
Les responsables de l’UTAP pensent qu’une telle stratégie peut parvenir à l’autosuffisance en matière de céréaliculture.

Il n’empêche que quelques céréaliculteurs opposent des réserves quant à la practabilité d’un tel choix en mentionnant les difficultés rencontrées auprès du système bancaire pour l’octroi des prêts. « L’option de l’irrigué a réussi dans les grandes parcelles et pour des propriétaires de grands lots qui peuvent s’engager dans des prêts lourds. Mais ceci n’est pas vrai pour la majorité des agriculteurs. Sachez que moins de 10 % des 500.000 céréaliculteurs bénéficient de prêts. Or, tant qu’il n’y a pas d’investissements, on voit mal comment ça va décoller. », mentionnent-ils.

Ces regards croisés en disent long sur les difficultés rencontrées par la céréaliculture en Tunisie. Le secteur mérite pourtant une analyse rationnelle pour adopter le meilleur choix et qui jouisse de la plus grande efficacité possible.


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