Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Liberté d’expression… unique

Par Nizar BAHLOUL

Elle s’appelle Hend Sabri. C’est l’une de nos meilleures comédiennes et ambassadrices en matière de 7ème Art.
Dans sa chronique d’Assabah, Khemais Khayati rapporte que l’artiste tunisienne a été l’objet de virulentes attaques médiatiques. On accuse Hend de vouloir normaliser avec Israël. Qu’a donc fait Hend pour qu’elle soit traitée de tous les noms et accusée d’un « crime » synonyme de traitrise de ce côté de la Méditerranée ?
Hend a répondu à une invitation émanant d’un festival de cinéma à Ramallah. Ne vous étonnez pas et n’allez pas réviser votre géographie non plus, Ramallah se trouve bel et bien en Palestine. Mais parce que Ramallah se trouve en Cisjordanie et non à Gaza l’assiégée, éditorialistes et analystes politiques, confortablement installés dans leur fauteuil, considèrent que Hend a trahi la « Cause ».
Pour ne pas trahir la « Cause », il vaudrait donc mieux rester assis dans son fauteuil et débiter son lot quotidien d’idioties. C’est valable dans le cas de Hend, mais également pour tous ceux qui ont un avis contraire, une autre idée de la paix, une autre conception de la lutte.

Celle-là, elle s’appelle Inès Deghidi. C’est une grande cinéaste arabe. Elle a été sous les feux des projecteurs plus d’une fois, grâce à ses films. Dernièrement, elle a été sous les feux d’une diatribe suivie d’une fatwa. Elle émane d’un illuminé d’Al Azhar qui l’accuse d’être une ennemie de Dieu et de son prophète. Qu’a donc fait Inès pour qu’elle soit traitée de tous les noms et accusée d’un « crime » synonyme de traitrise de ce côté de la Méditerranée ?
Inès a déclaré que le hijab n’est qu’une tradition vestimentaire et que la majorité des femmes le portent pour cacher des défauts. La sentence de l’imam est tombée : Inès doit être crucifiée ! Ne vous étonnez pas et n’allez pas réviser vos connaissances non plus, la crucifixion n’a jamais appartenu à la culture islamique, mais à la culture chrétienne. S’apercevant de son idiotie, l’imam s’est rattrapé en condamnant Inès à ce qu’on lui coupe les pieds et les mains. Dans la foulée, l’imam condamne également tous ceux qui ont le même avis qu’Inès, une idée différente de la sienne de la religion, une interprétation du texte autre que la sienne.

Il y a quinze jours, je vous parlais de cet avocat débouté devant la justice tunisienne. L’avocat voulait censurer Nessma TV qui diffusait une fiction inspirée de la vie de Saddam Hussein.
Accompagné de quelques uns de ses confrères, l’avocat a publié une tribune, dans un quotidien de la place, dans laquelle il accuse la chaîne de trahir la « Cause », de céder à l’appel de certaines parties occidentales. Dans la foulée, les avocats s’attaquent à Berlusconi (un des actionnaires de Nessma TV) et rappellent ses casseroles judiciaires. Objectif : décrédibiliser la chaîne et l’accuser publiquement de trahir la « Cause ». En bref, faire condamner Nessma TV par l’opinion publique à défaut de pouvoir la faire condamner par la justice.

Résumons : la liberté d’expression de ce côté de la Méditerranée, nous la voulons, mais sous conditions. Elle doit être une expression unique, conforme à un désir unique, une volonté unique, une idée unique, une conception unique. Tout ce qui diffère est à bannir. Et si vous osez, quand-même, vous exprimer, vous êtes condamné ! Et ce ne sont pas des hommes politiques qui parlent, mais des éditorialistes, des imams et des avocats !


Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a publié la semaine dernière un rapport sur le savoir dans le monde arabe. Un rapport élaboré, en collaboration avec la fondation émiratie Mohamed Rached Al Maktoum, par une centaine d’intellectuels arabes.
Ce que l’on peut retenir de ce rapport est que le monde arabe souffre drastiquement d’un manque de créations (littéraires, scientifiques, artistiques…) et ce en dépit des investissements dans l’éducation qui atteignent les 4-5% du PIB. Selon le rapport, les raisons expliquant le manque de créations (et de créativité) sont les financements insuffisants et les législations restrictives. Conséquence : le monde arabe importe son savoir au lieu de le produire.

Résumons : quand on crée, on apporte inévitablement de nouvelles idées et on évolue. Mais, il se trouve que les créateurs, dans nos contrées, sont souvent condamnés lorsque leurs créations sont à contre-courant, lorsqu’elles ne sont pas conformes à la pensée unique. Pour ne pas être condamné, il suffit donc de ne pas créer, de ne pas produire, de ne pas choquer. Comment peut évoluer une société dans ces conditions ? C’est la quadrature du cercle ! Cherchez l’erreur !

Subscribe to Our Newsletter

Keep in touch with our news & offers