Le ministre du Tourisme a annoncé dans sa dernière conférence de presse qu’il est nécessaire de faire allonger la saison touristique pour mieux exploiter l’infrastructure disponible et ne pas se limiter aux bienfaits évidents du tourisme balnéaire que plusieurs autres destinations partagent avec la Tunisie.
Les professionnels du secteur sont conscients, en effet, de la nécessité de diversifier le produit pour s’assurer l’intérêt de segments de clientèle pouvant meubler d’autres périodes de l’année. Mais les véritables recettes tardent à se concrétiser sur le terrain. Pourtant, les idées ne manquent pas pour que le taux d’occupation de nos 800 hôtels * dépasse le taux actuel.de 50 %
Certains spécialistes parlent des vertus du tourisme culturel. Ils justifient leur proposition par le fait qu’entre sites puniques, carthaginois, romains, byzantins ou islamiques, la Tunisie offre une gamme aussi prestigieuse que diversifiée en vue de meubler des circuits culturels intéressants et capables de concurrencer les Egyptiens. Encore faut-il concevoir un bon produit et bien le commercialiser. Rien n’empêche les agences de voyages de monter de tels circuits et le proposer aux Tours Opérateurs surtout en cette basse saison où, aussi bien hôteliers que transporteurs offrent des prix défiant toute concurrence. Carthage, Zaghouan, Kairouan, Sbeïtla, Gafsa, Matmata, Djerba, El Jem, Mahdia et bien d’autres sites pourraient constituer les puzzles d’un large circuit de tourisme culturel. On pourrait également simuler une partie de la route d’Hannibal vers Rome pour la deuxième guerre punique. L’état des lieux sur le marché international du tourisme montre qu’il y a une demande sur ce genre de produit.
Et dire que sous d’autres cieux, plus particulièrement en Egypte et en Italie, ce segment contribue pour près de 15% des recettes.
D’autres spécialistes parlent du Golf, surtout en cette période de l’année où il neige en Europe. La proximité de la Tunisie en fait une destination privilégiée. Les golfeurs constituent l’un des segments intéressants du tourisme haut de gamme mais ils sont exigeants quant à la qualité du produit. Ils veulent avoir de bons parcours et ils contestent l’état défectueux de certains terrains en Tunisie ainsi que le manque d’entretien du gazon, un constat souligné par le ministre du Tourisme lui-même.qui a, d’ailleurs, donné des consignes fermes en la matière. Mais pourquoi en est-on arrivé là surtout lorsqu’on sait que ce n’est pas facile de récupérer un segment de touristes insatisfaits.
Le créneau des ports de plaisance est également porteur. La Tunisie dispose de plusieurs marinas où les coûts d’accostage défient toute concurrence par rapport à ceux pratiqués chez les pays de la rive Nord de la Méditerranée. A titre d’exemple, les 4.000 dinars annuels pour la location d’un anneau dans un port tunisien constituent juste le dixième des 20.000 euros en Côte-d’Azur.
Or, même avec ces coûts, le taux de remplissage demeure encore très réduit, faute d’un bon entretien de ces aires d’accostage et du manque de divertissement en cette période de l’année. Laquelle ambiance « lugubre » n’encourage pas à accoster en Tunisie. Pourtant, les plaisanciers constituent un autre segment de clientèle très intéressant dont la moyenne des dépenses dépasse les 1.000 dinars par nuitée et par personne.
Les touristes algériens et libyens constituent un autre créneau pouvant contribuer au développement du tourism. En effet, bien que les Libyens soient les premiers visiteurs de la Tunisie, ils ne sont pratiquement pas présents dans les hôtels. Ils louent, plutôt, des résidences meublées, voire des chambres meublées chez les citoyens. D’ailleurs, l’objet de leur visite est généralement d’ordre médical mais personne n’a encore eu l’idée de monter un produit qui réponde aux besoins de ces deux millions de visiteurs, voire trois millions si on compte les Algériens. Car, moins de 20 % des 950.000 Algériens, venant en Tunisie, vont dans les hôtels.
Ainsi, Libyens et Algériens, soit près de 45 % du nombre total des entrées, viennent en Tunisie soit pour des soins médicaux ou pour des vacances et ne vont pas dans les hôtels faute d’un produit adéquat. Il y a matière à réfléchir à propos de cette inadéquation entre l’offre disponible et la clientèle existante.
La même inadéquation se fait remarquer avec la clientèle tunisienne. Car, s’il est vrai que le revenu du Tunisien s’est amélioré et que la moyenne des revenus a dépassé les 5.000 dinars par tête d’habitant, l’ordre de priorité chez la famille tunisienne ne permet pas de dépenser 300 dinars (pour un couple et trois enfants) par nuitée pour le plaisir de passer des vacances de farniente. Pourtant, c’est un cours moyen en été dans les hôtels tunisiens même chez les Tours Opérateurs européens en haute saison.
Cette inadéquation fait qu’il faut réfléchir à optimaliser l’exploitation de notre « parc » hôtelier, quitte à transformer une partie en maisons de vacances pour les Tunisiens et les Algériens. C’est peut-être mieux que d’investir encore dans un secteur qui vit sous le poids de grandes difficultés financières.
Donc, les idées ne manquent pas pour mieux rentabiliser le potentiel touristique tunisien. Encore faut-il ne pas se croiser les bras et rester à attendre des solutions proposées par l’administration. Le temps des messies et de l’Etat-providence est révolu.
* Ce chiffre ne tient pas compte des centaines d’hôtels qui ferment en basse saison.
Tunisie – Les idées ne manquent pas pour faire bouger le tourisme

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