Au-delà de la lecture faite par le prix Nobel de l’économie, Joseph Stiglitz, lors de sa conférence à Tunis sur sa vision de l’après-crise financière internationale et qu’il a abordée ailleurs lors d’autres conférences, son intervention à Tunis a valu par une analyse du nouveau rôle des économies émergentes, dont celle de la Tunisie.
Stiglitz pense que l’après-crise financière internationale va se caractériser par une reprise lente, contrairement, aux prévisions de certains économistes, considérant que le vrai retour à la normale ne serait envisagé qu’à partir de 2012.
Le prix Nobel 2001 de l’économie considère que les pays émergents peuvent exploiter cette situation en leur faveur en préparant, d’une part, cette période post-crise et, d’autre part, en offrant aux pays du Nord d’autres possibilités du savoir-faire de leurs économies.
C’est le cas de la Tunisie dont la main-d’œuvre a, d’abord, servi dans l’essor industriel des pays du Nord à travers une émigration soutenue dans les années soixante et soixante-dix du siècle dernier. Ensuite, certaines industries, principalement le textile, ont été implantées en Tunisie en vertu de lois locales favorisant cette approche. Lesquelles lois existent, également, dans d’autres pays comme le Maroc, l’Egypte ou le Vietnam. Enfin, la dernière décennie a vu le développement de la délocalisation d’industries d’Europe vers la Tunisie (et ailleurs) pour permettre un meilleur prix de revient sur le marché.
Une telle démarche réduit le rôle des Tunisiens (et des autres économies émergentes) à celui des exécutants, aussi bien en servant sur les chaênes en Europe, ou en travaillant dans les usines implantées et délocalisées en Tunisie.
La nouvelle situation en Tunisie, avec l’émergence de dizaines de milliers de diplômés et la présence d’un savoir-faire plus développé, permet de lorgner plus haut. L’économie tunisienne (et les autres économies similaires) peuvent prétendre à un rôle de conception et de réalisation.
Le rôle du Nord peut se limiter à proposer les produits dont il a besoin et ce sont les pays du Sud qui conçoivent ces produits par le biais de développeurs locaux et les produisent localement pour les exporter vers le Nord.
Un tel glissement dans la Division internationale de travail répondrait aux nouvelles donnes en Tunisie (et dans quelques autres pays) où le savoir-faire existe et devrait être exploité en marge de cette reprise escomptée.
C’est, entre-autres, en ces termes que Stiglitz conçoit comment les pays du Sud pourraient transformer l’après-crise en opportunité de redémarrage de leurs programmes de développement.
Certes, pour pallier les faiblesses des anciens modèles, il faut réfléchir à des systèmes financiers et économiques capables de résoudre les problèmes de base, créer des investissements qui peuvent améliorer les conditions de vie des citoyens, investir dans le secteur de l’énergie et de l’environnement et transcender le simple concept de croissance pour celui d’une «croissance de qualité. Mais, pour des pays comme la Tunisie, « la voie se tracerait autrement car l’infrastructure et les ressources humaines disponibles sont plus fournies », a-t-il dit.
Le double prix Nobel a, spécialement, recommandé des réformes globales dans le développement de nouvelles stratégies de management, la révision des critères de calcul de la croissance, la poursuite des investissements dans les domaines des nouvelles technologies et du développement durable, la recherche de qualité dans les secteurs de l’éducation et de la santé, la réalisation d’une meilleure synergie avec l’économie mondialisée par la proposition de nouveaux produits et services plus adaptés aux spécificités de ces pays émergents comme la Tunisie.
D’ailleurs, pour saisir à fond ces opportunités, les Etats émergents comme la Tunisie ont un rôle crucial à jouer. La finance peut être un instrument clé, par exemple par la mise en place de banques nationales de développement, moins axées que le secteur privé sur les rendements à court terme, en plus du renforcement de l’épargne locale.
Il y a une nécessité impérative que les Etats créent les conditions propices au développement du secteur privé, ce qui implique le renforcement de la bonne gouvernance. Une gouvernance accrue, qui doit aussi amener les gouvernements à mieux se préparer à de prochaines crises, par exemple par le renforcement de systèmes de protection sociale souples et adéquats.
Stiglitz a été plutôt optimiste quant à la possibilité d’un meilleur avenir pour ces pays émergents pourvu qu’ils s’assument et fassent preuve de rationalité dans la gestion de leurs ressources financières et humaines à travers une bonne gouvernance.
Joseph Stiglitz : « Un nouveau rôle des économies émergentes, dont la Tunisie »
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Mis à jour le: 13 janvier, 00:00
13 janvier 2010, 00h00
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