La fermeture d’une bonne trentaine d’aéroports européens ces quatre derniers jours, suite à l’éruption du volcan Eyjafjallajokull en Islande, a causé des pertes sèches pour plusieurs entreprises tunisiennes.
Aussi bien Tunisair que les hôteliers ont dû faire face à une situation de crise qu’aucun scénario n’a imaginée précédemment : des vols annulés, des touristes bloqués dans les hôtels alors que leur durée de séjour s’est écoulée, et d’autres qui ne sont pas arrivés alors que leur durée de séjour (payée à l’avance) a commencé. L’ONTT a d’ailleurs créé deux cellules de crise pour gérer une situation quasi-inextricable. Avec 30.000 touristes bloqués et plus de 500 vols annulés, il le fallait !
Outre le tourisme et le transport aérien, plusieurs autres secteurs ont été touchés avec l’annulation de manifestations culturelles, le blocage d’hommes d’affaires ayant des rendez-vous urgents devant quitter ou venir en Tunisie, le report de l’exportation ou de l’importation de marchandises ou produits devant être rapidement acheminés par voie aérienne.
L’impact de la perturbation dans le ciel européen et de la fermeture d’une bonne trentaine d’aéroports européens a été ressenti un peu partout sur la planète. De Tokyo à Los Angeles, on a subi de près ou de loin les conséquences de ces fumées d’un volcan survenu … en Islande !
Jamais un phénomène naturel n’a touché autant de superficie ! La Tunisie, dont l’économie est étroitement liée à celle de l’Europe, n’a pas été épargnée et plusieurs de ses secteurs ont été touchés de plein fouet.
A tout seigneur, tout honneur, la compagnie aérienne nationale Tunisair qui a dû faire face à l’annulation subite de ses vols de ou vers l’Europe du Nord (une trentaine d’aéroports ont été fermés hier). Ses vols sont bloqués à Tunis ou dans les villes européennes qu’elle dessert et a dû annuler tous ses vols vers le Nord de l’Europe : France, Belgique, Grande Bretagne, Pays Bas, Allemagne, etc.
Ces annulations ont dû mobiliser toutes ses équipes, aussi bien en Tunisie que dans les pays concernés. Pour Tunisair, ces annulations de quelques jours, se chiffrent en pertes sèches de quelques millions de dinars. Tunisair, à l’instar des autres compagnies internationales, ne se risque pas à donner, pour l’instant, des chiffres exacts. Tout ce qu’on sait, c’est que le montant global de la facture pour les compagnies aériennes tourne autour de 200 millions de dollars.
Quelle est la part de Tunisair dans cette douloureuse facture ?
Les analystes spécialisés dans le transport aérien proposent une façon de compter qui consiste à prendre la recette annuelle de la compagnie et à la diviser par 365 puisqu’il s’agit de paralysie totale pour certaines d’entre-elles.
Ce n’est pas le cas de la compagnie nationale qui ne dessert pas l’Europe du Nord en exclusivité (donc pas de paralysie totale) et on ignore si son taux de remplissage est important ou non en cette période.
Toujours est-il qu’en 2009, la recette moyenne par passager de vol régulier est de 236 dinars et que son chiffre d’affaires global est de 929,6 millions de dinars. Si l’on suit le principe des analystes européen du transport aérien et si l’on considère que seule la moitié de la flotte de Tunisair a été paralysée en ces trois jours, la perte de Tunisair aurait coûté 3,8 millions de dinars au minimum. Une estimation à la louche qui n’engage nullement la compagnie naturellement.
Toujours est-il qu’on doute fort que l’on soit loin de la réalité, d’autant plus que nous n’avons pas comptabilisé les frais de parking fort onéreux des avions de Tunisair bloqués en Europe ou encore les frais de séjour à l’hôtel de certains de ses passagers. On notera que la compagnie va devoir faire face, aujourd’hui lundi et demain mardi, à un important flot de passagers, ce qui sera beaucoup plus dur à gérer. S’il est, a priori, exclu qu’elle augmente le nombre de ses vols, il est fort probable qu’elle programme des avions ayant une plus grande capacité pour transporter ses passagers vers les destinations les plus sollicitées, telle Paris. Une cellule de crise a d’ailleurs été créée à cet effet.
Tunisair n’est pas la seule à être touchée par ces annulations de vols. Les hôteliers également qui ont dû constater, sans pouvoir réagir, l’absence d’arrivée des touristes qui ont réservé à partir du week-end.
Ils ont dû, également, doubler d’ingéniosité pour accueillir ceux qui devaient partir et qui se retrouvent coincés en Tunisie. Mais quid de ces touristes qui ont payé leur séjour à leur TO dans leur pays et n’ont pas de quoi régler ces trois jours supplémentaires ?
Selon nos informations, l’ONTT a rapidement créé deux cellules de crise chargées de coordonner avec les commissariats régionaux pour faire face aux cas spéciaux. Et il y en a. 30.000 touristes sont actuellement bloqués en Tunisie avec l’annulation de plus de 500 vols.
Hédi Hamdi, directeur du magazine spécialisé Afrique Tourisme, nous indique ainsi que la gestion se fait vraiment au cas par cas. Les grands TO ont assumé jusqu’au bout leurs responsabilités et ont pris en charge leurs clients « coincés » dans les hôtels tunisiens. D’autres, moins scrupuleux, s’en sont lavés les mains et se sont inscrits aux abonnés absents. Les clients ont dû sortir leur carte de crédit pour payer les quelques nuitées supplémentaires. Quant à ceux qui n’ont pas les moyens de régler cet imprévu, il a fallu batailler dur pour leur trouver une solution. La coordination entre les commissariats du tourisme, les hôteliers et les TO semble, en tout cas, avoir bien fonctionné, nous précise M. Hamdi. De sources dignes de foi, on apprend qu’aucun touriste ne sera dans l’embarras, qu’il ait ou non les frais de la rallonge de son séjour. Superbement, le ministère du Tourisme rebondit sur ces incidents pour démontrer la grande hospitalité de la Tunisie.
Autres annulations, les manifestations culturelles qui devaient être animées par des étrangers. Ainsi le cas des concerts prévus au cours du Festival Jazz à Carthage. Scoop Organisation et Tunisiana ont dû annuler les concerts de Vaya Con Dios, de Sherman Robertson au Jazz Club, de Candy Dulfer et de Milow.
L’Hôtel la Maison Blanche a programmé pour sa part le deuxième festival de la gastronomie française prévu du 19 au 24 avril.
Aux dernières nouvelles, Habib Saket, DG de l’hôtel, nous annonce amèrement l’annulation de l’arrivée de plusieurs chefs de haut niveau. Et pourquoi ne pas reporter ? « Impossible, nous dit-il, car ces chefs culinaires ont un emploi du temps très chargé et rempli des mois à l’avance ».
Autres secteurs touchés, ceux des entreprises liées par l’exportation et l’importation de produits devant être acheminés par avion dans des conditions spéciales. C’est le cas des produits périssables ou de l’horticulture puisque la Tunisie exporte quotidiennement ses fleurs à quelques pays européens, et notamment les Pays-Bas.
Idem pour celui de l’industrie pharmaceutique ou, moins grave, l’arrivée des journaux et périodiques européens.
Effet de la mondialisation ? Nous faisons là face à la plus grave paralysie de l’histoire du transport aérien et son impact n’a pas du tout de frontières. Elle est encore plus grave que la paralysie provoquée par les attentats du 11-Septembre 2001.
Mais cette fois, c’est Dame nature qui a terrorisé la planète ! Et la Dame nature ne peut être maîtrisée ni par une guerre, ni par des attaques préventives.
Crédit photo : AFP – Adian Dennis
Fermeture du ciel européen : perte sèche pour les entreprises tunisiennes
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