La tradition veut qu’on revienne, chaque année, sur les coûts élevés des séjours pour les autochtones dans les hôtels en haute saison touristique. Des protestations se font entendre, en effet, ça et là contre les hôteliers qui proposent des séjours allant de 100 à 150 dinars, la nuitée en demi-pension, dans un hôtel 4 étoiles vers la fin du mois de juillet.
L’opinion publique et les médias n’ont pas encore assimilé la logique régissant le secteur touristique sur ce point précis. Ils ont du mal à croire, voire refusent tout bonnement d’admettre que c’est la loi du marché et qu’il s’agit d’une question de pouvoir d’achat.
Ces mêmes voix persistent à crier sur tous les toits que de tels coûts signifient que le séjour pendant une semaine d’une famille composée d’un couple et de deux enfants, revient au bas mot à 1.500 dinars si l’on considère que l’hôtel les fait bénéficier d’une réduction globale de 30 % en plus d’une réduction de 50 % pour les enfants.
Pour évaluer cette offre, il suffit pourtant de jeter un coup d’œil « expert » sur les coûts de séjours proposés et les comparer à ceux annoncés par les tours opérateurs étrangers. Vue sous cet angle, l’offre est intéressante. Elle est même moins chère que celle proposée on line par les Tours Opérateurs qui vendent cette catégorie d’hôtels en haute saison à 40 euros la nuitée, en demi-pension.
Toutefois, le rejet ne trouve pas son origine dans le rapport qualité/prix. La Tunisie est, pratiquement, la destination la moins chère sur tout le pourtour de la Méditerranée. Le rejet vient plutôt du fait que les 400 euros du package offert au touriste français pour une semaine en Tunisie, constituent l’équivalent de moins de 40 % des revenus mensuels d’un Smigard. Le coût total de son voyage familial au pays du jasmin lui revient moins que son salaire d’un mois, même s’il est en bas de la grille des salaires. Par contre, les 1500 dinars représentent six fois le SMIG local. C’est le salaire d’un cadre supérieur bien rémunéré.
Ne comprenant pas une telle approche, plusieurs pseudo-analystes vont nous renvoyer aux cours de basse saison des hôtels locaux et nous rappeler que la package d’une semaine en Tunisie descend jusqu’à moins de 250 euros et que la destination Tunisie est bradée alors que les Tunisiens sont privés du charme de leur pays.
Ces spéculateurs vont affirmer que rien n’empêche les professionnels tunisiens de réserver un contingent de lits aux clients locaux à des prix préférentiels. Pourtant, ces offres existent. Mais toute la question réside dans le contenu du qualificatif préférentiel.
Pour confirmer cette égalité de traitement entre les Tunisiens et les étrangers dans les hôtels tunisiens, on a procédé à la comparaison de deux offres promotionnelles du même hôtel à Hammamet Nord. La première est adressée aux nouveaux mariés autochtones alors que la seconde est proposée aux Français sur Internet.
L’offre locale propose aux nouveaux mariés une semaine en demi-pension à 1700 dinars. Le package contient également, en sus, une demi-journée de remise en forme, une demi-journée de balade en mer et un dîner et une soirée dans un restaurant-spectacle.
Le même hôtel est vendu pour la même période, on line, à 2400 dinars la semaine, en all inclusif. Ce prix comprend le vol charter aller/retour France/Tunisie/France, les transferts aller/retour aéroport/hôtel et la formule tout compris.
Le rapport de prix est donc pratiquement comparable. La différence de 700 dinars pourrait compenser les billets d’avion et les transferts. L’offre tunisienne a les avantages de la remise en forme, de la ballade en mer et du dîner-spectacle alors que l’offre étrangère bénéficie de l’all-inclusif.
Donc, la différence réside ailleurs que dans les coûts des séjours. Il est clair qu’il s’agit d’une question de pouvoir d’achat. Les 1200 euros (2400 dinars) représentent pratiquement le SMIG mensuel en France alors que les 1700 dinars sont le salaire mensuel d’un haut cadre bien payé. Par ailleurs, ce n’est pas évident qu’il se permette de les dépenser en une semaine à l’étranger surtout s’il est lourdement endetté.
L’écrasante majorité des Tunisiens ne peut donc pas se permettre des séjours à ces coûts. Mais les hôteliers ne peuvent pas descendre plus bas. Ils sont déjà taxés de bradeurs. Or l’activité touristique répond aux règles de l’offre et de la demande. Donc, n’ayant pas le public nécessaire pour son essor, le tourisme local traîne le pas et attend depuis des années cette éclosion promise. Il faudrait, semble-t-il, lui développer un segment spécifique.
Et pour revenir à ceux qui contestent les prix proposés par les professionnels du tourisme, il est utile de rappeler que le tourisme répond aux règles de l’offre et de la demande. Le premier venu étant le premier servi. Et comme les tours opérateurs achètent plus de six mois à l’avance leurs contingents dans les hôtels tunisiens, il ne reste que des miettes aux retardataires.
Sans oublier de signaler au passage que l’hôtelier a des limites inférieures sous lesquelles il ne peut pas descendre pour sauver sa mise. Lesquelles limites sont, elles-mêmes, en dehors des possibilités de la majorité des Tunisiens. Donc, il n’y a pas de honte à reconnaître que le tourisme local est encore un projet à construire.
Tunisie : Le tourisme local reste à « inventer »
Article réservé aux abonnés

Écouter cet article
0:00
0:00
Subscribe to Our Newsletter
Keep in touch with our news & offers









