Selon les déclarations du ministre de l’Agriculture et des Ressources hydrauliques, les différents services de collecte des céréales n’ont ramassé, jusqu’à présent, que près de quatre millions de quintaux alors que plus de 60 % des terres ont été moissonnées. Il s’agit donc d’une disette que les professionnels et l’administration ont prévue eu égard la pluviométrie réduite. La céréaliculture étant toujours aussi dépendante du volume des pluies.
Ce constat aurait été compris et admis sans commentaire si les autorités concernées du secteur n’avaient pas programmé, depuis plus de deux ans, de parvenir à l’autosuffisance à l’horizon 2016 ou, à la limite, de s’en approcher si la pluviométrie est irrégulière. Lesquels programmes avaient comme objectif une autosuffisance estimée à 27 millions de quintaux.
Afin de parvenir à ces résultats, l’administration et les professionnels avaient misé sur les résultats de la céréaliculture irriguée et avaient présenté une répartition des 27 millions de quintaux escomptés sur les 1.600.000 hectares de terres à emblaver. Laquelle répartition avait prévu de tirer six millions de quintaux à partir de 120.000 hectares en céréaliculture irriguée, tout en espérant une moyenne de 50 quintaux à l’hectare irrigué. Les autres quantités seraient obtenues en élargissant les exploitations du Centre et du Sud et en luttant contre l’exode vers d’autres cultures au Nord.
Les programmes présentés avaient, également, prévu d’utiliser des semences sélectionnées pour améliorer les rendements, talon d’Achille de plusieurs cultures en Tunisie. L’administration avait prévu, aussi, de trouver des solutions à l’endettement agricole pour ouvrir les vannes de l’investissement dans le secteur.
En plus, et pour encourager les céréaliculteurs à rester dans la céréaliculture, l’Etat a fourni des efforts financiers en maintenant les prix à 60 dinars le quintal, même pour la saison en cours, alors que les prix à l’échelle internationale ne sont plus aux pics de 700/800 dollars connus en 2008. Ils ont, en effet, chuté aux alentours de 200 dollars, à l’image des dernières acquisitions de l’Office du commerce en mai dernier.
Les résultats de la saison en cours montrent bel et bien que la céréaliculture est loin du compte. Il faudrait donc chercher les raisons ayant entravé la réalisation des objectifs de ce secteur stratégique. La céréaliculture tunisienne est-elle en mesure de relever ces défis ?
« Oui et non ! », répond Abdelmajid Ben Gueyess, expert agricole et gérant d’un domaine agraire. Il explique : « la céréaliculture tunisienne est, à l’état actuel des choses, malade de sa structure foncière, structurellement inadaptée pour réussir ces paris d’autosuffisance. Comment peut-on obtenir de bons rendements alors que plus de 80 % des exploitations, ont des superficies inférieures à 20 hectares ? » S’interroge-t-il.
M. Ben Gueyess s’étend dans une analyse signifiant que « les charges afférents à la céréaliculture sont très élevées, de l’ordre de 700 dinars à l’hectare. Donc, la céréaliculture ne saurait être rentable avec un rendement financier inférieur à 900 dinars à l’hectare et avec de grandes exploitations permettant d’amortir les investissements ».
Il insiste également sur les aléas climatiques en précisant que les investissements pour la céréaliculture irriguée, ou autres, ne « sauraient se réaliser que sur des exploitations étendues pour obtenir un amortissement adéquat ». Or, « il s’agit de petites exploitations, inférieures même à dix hectares, où le rendement varie généralement entre 10 et 15 hectares », constate-t-il, en concluant que « la structure foncière est le principal obstacle à un véritable décollage de la céréaliculture ».
Que faire face à ce constat ?
L’expert Abdelmajid Ben Gueyess trouve que « les Tunisiens ont mal compris le sens de la collectivisation des terres agricoles, lors de l’expérience des années 1960. Ils l’ont assimilé à de l’expropriation. Pourtant, aux Etats-Unis, antre du capitalisme, l’agriculture est très rentable grâce aux collectivités. Plusieurs cultures ne sont rentables que dans des exploitations de milliers d’hectares. L’agriculture a besoin de gros investissements pour devenir très rentable et ce ne sont pas les Américains qui diraient le contraire ».
M. Ben Gueyess constate, également, que le secteur bancaire n’est pas présent dans l’agriculture. « Sur les 500.000 exploitants agricoles, moins de 10 % (près de 40.000) ont traité avec les banques. Sur ces derniers, plus des ¾ ont eu des contentieux dont le total s’élève à des centaines de millions de dinars, traînant depuis des années et entravant le développement du secteur. Moins de 5.000 exploitants agricoles ont fait recours, cette année, auprès des banques, soit moins de 1 %. Ils sont, généralement, versés dans l’agroalimentaire ».
Il conclut que « le salut du secteur agricole passe par une décision politique courageuse d’éponger les dettes et d’ouvrir une nouvelle page entre l’agriculture et le secteur bancaire. De toutes les façons, plus de 90 % de ces crédits ne vont pas être couverts, faute de dossiers. Donc, il vaudrait mieux tourner la page et secouer ce secteur qui a un fort potentiel de développement. Le programme d’autosuffisance escomptée par l’administration n’est pas réalisable dans l’état actuel des choses. Les résultats de 2010 l’ont prouvé. Et de quelle manière ! La balle est, maintenant, dans le camp de l’administration »…
Tunisie – Les résultats de la céréaliculture, loin des objectifs
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Mis à jour le: 13 juillet, 00:00
13 juillet 2010, 00h00
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