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Tunisie : Reconnaissance implicite de défaillance sécuritaire et de corruption, sur fond d’émeutes

L’heure est grave. Tous les Tunisiens en sont conscients puisqu’ils vivent, au quotidien, depuis plusieurs jours, une situation dramatique dont le dernier épisode est la décision du couvre-feu. Le pays n’a pas retrouvé son calme, en dépit de la nouvelle série de mesures annoncées sur un ton grave et solennel par le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, lors de sa conférence de presse, tenue mercredi 12 janvier 2011 au Palais du Gouvernement à La Kasbah.
Et sans préambule, ni introduction, M. Ghannouchi a annoncé les décisions prises quelques instants plus tôt par le Président de la République. Sur fond d’émeutes touchant plusieurs villes du pays (on ne peut plus parler de troubles), il y a clairement une reconnaissance implicite de défaillance sécuritaire et de corruption touchant certains responsables.

Les décisions phares du mercredi 12 janvier 2011, destinées à calmer les esprits des manifestants, sont les suivantes :
– Nommer M. Ahmed Friâa, ministre de l’Intérieur et du Développement local.
– Elargir toutes les personnes arrêtées durant les événements survenus dans certaines régions du pays, à l’exception de ceux dont l’implication dans les actes de violence graves, de dégradation préméditée et d’incendie des biens, a été prouvée par les informations judiciaires.
– Former une commission d’enquête concernant les éventuels dépassements commis, durant ces incidents.
– Constituer une deuxième commission d’enquête, chargée d’examiner le problème de la corruption et des erreurs commises par certains responsables.
– Appeler la Chambre des députés et la Chambre des conseillers à tenir, respectivement, le jeudi 13 janvier 2011, une session extraordinaire, pour un dialogue ouvert sur les décisions, mesures et plans pratiques annoncés, afin d’entamer, immédiatement, la mise en application des initiatives présidentielles exceptionnelles ordonnées par le chef de l’Etat, le lundi 10 janvier 2011, en matière d’emploi, de création de sources de revenu et d’impulsion du développement et de l’investissement dans les régions intérieures, pour consolider l’équilibre entre les différentes régions de la République.
Le chef de l’Etat exhorte les deux chambres à consacrer l’attachement de tous au dialogue et à la liberté d’expression pacifique et à associer l’ensemble des parties nationales au traitement des questions du pays, et à rejeter la violence et la surenchère, sous leurs diverses formes.
Le Premier a tenu à préciser que toutes ces décisions sont entrées en vigueur immédiatement.

Le limogeage du ministre de l’Intérieur est une reconnaissance d’une défaillance sécuritaire. Celle ayant touché les artistes et hommes de culture en est une. Défaillance reconnue, d’ailleurs, par le Premier ministre qui a tenu à s’excuser auprès des intéressés et ce devant toute la presse réunie.
Sur Facebook, plusieurs témoignages font état d’abus de certains agents. Salah Atya, journaliste à Assabah, parle pour sa part dans un témoignage accordé à la chaîne londonienne Al Mustaqila, de dizaines de bombes lacrymogènes lâchées sur une cinquantaine de citoyens rassemblés à Cité Ettadhamen. Il a été suffoqué par les fumées de ces bombes alors qu’il était chez lui.
Par ailleurs, constituer une deuxième commission d’enquête, chargée d’examiner le problème de la corruption et les erreurs commises par certains responsables est une véritable première en Tunisie.
C’est surtout une reconnaissance claire et nette que les revendications des manifestants ont été entendues.
Ces manifestants parlent de corruption, de clientélisme, de favoritisme touchant certains responsables et hommes d’affaires, il y aura donc une commission d’enquête dont les conclusions seront, on l’espère, rendues publiques.
Dès lors, et si la commission créée conclut que certains responsables sont impliqués dans des affaires de corruption, il est impératif que la justice joue ensuite pleinement son rôle. Et en toute transparence.
Quand on l’a interrogé sur le sujet, au cours de la conférence de presse, le Premier ministre n’a rien rejeté préférant attendre les résultats de l’enquête de cette commission avant de se prononcer.

En attendant que les différentes décisions aboutissent, des mesures de sécurité d’urgence ont été prises.
Quasiment tous les commerces de Tunis ont baissé les rideaux avant 16 heures. Administrations et entreprises ont libéré leurs personnels vers cette heure également.
Un peu après 17 heures, un communiqué du ministère de l’Intérieur annonce le couvre-feu décrété à partir de 20h00 sur le Grand Tunis.
Une mesure prise pour préserver la sécurité des citoyens et de sauvegarder les biens et les acquis, précise le communiqué.
C’est qu’on dénombre un grand nombre d’actes de violence et d’incendies de bâtiments publics et de commerces privés et les dégâts se chiffrent en millions de dinars.
Et il n’y a pas que la capitale qui soit touchée. Plusieurs villes ont vu des débordements et ce jusqu’à une heure tardive de la journée : Douz, Nabeul, Hammamet, Kélibia, Menzel Bourguiba (où l’on a entendu des coups de feu et des explosions de bombes lacrymogènes), Sfax (où le siège régional du RCD a été violemment attaqué), etc.
A s’interroger, d’ailleurs, pourquoi le couvre-feu n’a-t-il touché que le Grand Tunis ?

Faute de couverture médiatique télévisée sur le terrain, les Tunisiens se sont rués sur Facebook pour visionner les vidéos des débordements et des manifestations observées un peu partout dans le pays en ce mercredi 12 janvier 2011 qui restera (très) longtemps dans les mémoires. Si les chaînes tunisiennes n’ont pas pu assurer, vraiment, la couverture, les chaînes françaises (dont TF1 ou France 2) et arabes ont ouvert leurs journaux télévisés du 20-Heures avec les événements en Tunisie. Après France 5 et Al Jazeera, France 3 a programmé une émission spéciale Tunisie en soirée.

Un mot revient sur les lèvres de tous les Tunisiens et il a été prononcé par le Premier ministre : « Que Dieu nous réserve le bien » (Allah yiqadder el khir) ! Amen !

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