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Tunisie : Foued Mebazâa calmera-t-il les manifestants ?

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    De la rumeur visant la sape de la sécurité au cours des premiers jours suivant la chute du régime de Ben Ali, on est passé, en ce jour du mercredi 19 janvier 2011, à la guerre visant la politique et les politiciens.
    Cela a commencé par une rumeur faisant état du départ du ministre de l’Intérieur à l’étranger. Ensuite, la rumeur « annonce » l’arrestation d’Abdallah Kallel alors qu’il s’apprête à quitter le pays.
    Il semble qu’il s’est agi d’un empêchement de quitter le territoire. Il ne faut pas oublier que si Abdallah Kallel a été radié du RCD, il n’en demeure pas moins qu’il est, jusqu’à nouvel ordre, président de la Chambre des conseillers et qu’il bénéficie, de ce fait, de l’immunité parlementaire.
    Enfin, c’est au tour de Mohamed Ghannouchi d’être annoncé comme démissionnaire, une « intox » finalement…

    Suite à cette rumeur insistante et avec l’apparition de Foued Mebazaâ sur le petit écran, tout le monde a cru qu’il allait annoncer la décision de former une nouvelle équipe gouvernementale provisoire d’union nationale qui serait dirigée par une personnalité autre que Mohamed Ghannouchi.
    Il n’en fut rien et c’est tant mieux. M. Mebazaâ a parlé calmement, posément, sans passion.
    Dans un arabe littéraire, il a tenté de rassurer les Tunisiens sur l’amélioration de la situation sécuritaire et le retour progressif à la vie normale avant de préciser qu’il mettra tout en œuvre et veillera à ce que le gouvernement d’union nationale respecte tous ses engagements, dont en premier lieu la rupture totale avec le passé avant d’ajouter que la proclamation de l’amnistie générale sera parmi les priorités du nouveau gouvernement, tout autant que la décision de séparation entre l’Etat et les partis.

    Que retiendra t-on de cette allocution du président provisoire de la République ? Tout d’abord, son apparition à la télévision, en soi, constitue un message dans le sens où elle constitue une réponse aux voix qui se sont élevées pour « déplorer » son absence totale de la scène publique. C’est, en quelque sorte, une manière de dire qu’il est là, qu’il écoute le peuple et qu’il s’adresse au peuple.
    Ensuite, le contenu de cette allocution représente une réponse à certains points d’interrogations et autres hypothèses.
    En effet, Foued Mebazaâ a fait une impasse totale sur certains thèmes qualifiés par certains, d’actualité brûlante. Il n’a même pas fait une seule allusion aux démissions et aux réserves de certains membres du gouvernement d’union nationale, à savoir le départ définitif des trois représentants de l’UGTT, la suspension de participation de Mustapha Ben Jaâfar du FDTL et les conditions posées par Ahmed Ibrahim du Mouvement Ettajdid.

    M. Mebazaâ a, également, fait l’impasse totale sur la poursuite des manifestations réclamant le départ de tous les ministres, ayant servi avec Ben Ali, de ce gouvernement provisoire.
    Le président provisoire de la République, qui paraissait assez fatigué, semblait dire aux Tunisiens : nous sommes là pour répondre à toutes les revendications soulevées par le peuple tunisien, à savoir l’instauration de la démocratie, d’une justice indépendante, des libertés publiques et d’expression, d’une presse libre et objective, de la séparation entre les partis et le pouvoir, de la libération de tous les prisonniers d’opinion.
    Foued Mebazaâ a parlé de la proclamation d’une loi d’amnistie générale, de l’octroi d’autorisation à tous les partis qui la demandent, de l’ouverture d’enquêtes sur les dépassements et sur la corruption par des commissions présidées par des personnalités reconnues pour leur probité, leur compétence et leur indépendance.

    Le discours, du reste très politisé et indéchiffrable pour le grand public, du président provisoire est une réponse indirecte à ceux qui exigent « tout » au même moment. Il a fait comprendre, sans le dire, qu’il y a plusieurs chantiers ouverts, qu’il faut traiter selon un agenda de priorités, l’essentiel étant de ne négliger aucune requête et d’aboutir, en fin de compte, à une direction issue des urnes suite à un scrutin libre, transparent et démocratique. Aucune date n’a été avancée et on ne sait toujours pas si ce scrutin aura lieu dans deux mois ou dans six mois.
    C’est une manière de dire que la démocratie veut dire que chacun est libre de s’exprimer et d’exprimer ses opinions sans en faire des exigences et des préalables et sans vouloir une satisfaction instantanée de toutes les demandes, du reste, légitimes.

    Les observateurs estiment que la grogne et l’impatience de certaines parties politiques et de certaines franges de la population est compréhensible vu la frustration et la répression subies des dizaines d’années durant.
    La colère du peuple et sa volonté de se défouler sont, donc, compréhensibles, mais encore faut-il céder à toutes les revendications, fort nombreuses et bien diverses ? A relever, aussi, que généralement, ces revendications se rejoignent dans les principes et les grandes lignes, mais c’est, plutôt, la manière d’y parvenir qui diffère d’une partie à l’autre. Certains veulent de l’immédiat, d’autres prônent une démarche dite « raisonnable ».

    Et la question qui se pose avec persistance est la suivante : va-t-on polémiquer encore longtemps encore autour de la composition d’un gouvernement qui n’est que provisoire surtout qu’il ne nie et ne rejette aucune des réclamations légitimes des uns et des autres ?
    Foued Mebazaâ s’est voulu rassurant, mais les observateurs n’écartent pas la poursuite des incertitudes et des rebondissements. Ce que les jours, voire les heures, qui viennent se chargeront bien d’y répondre.

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