C’est un secret de Polichinelle, les différents ambassadeurs de Suisse en Tunisie ont vécu des moments extraordinairement inélégants avec le président déchu Zine El Abidine Ben Ali.
A l’origine de ces inélégances qui ont dépassé les simples incidents diplomatiques frisant la rupture totale des relations ente la Tunisie et la Suisse, la résidence de l’ambassadeur mitoyenne au palais de Carthage. Ben Ali n’en voulait pas de cette résidence « chez lui » ! Il a ainsi demandé à plusieurs reprises aux autorités suisses de déménager ailleurs. Ce que la Suisse a refusé catégoriquement et avec fermeté.
S’enclencha alors une bonne série de pressions qui ont atteint leur maximum de ridicule avec un sit-in de plusieurs mois d’un ancien salarié de l’ambassade devant la chancellerie au prétexte qu’il a été licencié abusivement. A-t-on déjà vu, en 23 ans, un sit-in d’un citoyen tunisien dans n’importe quelle rue tunisienne sans que la police ne bouge ? Et il en fallu du temps pour que ce citoyen soit délogé. Un agent qui s’avéra par la suite, selon des sources concordantes à l’époque, être un espion que l’ambassade a détecté. Entre-temps, la presse tunisienne de caniveau en a fait son chou gras pour donner des leçons de Droits de l’homme à la Suisse.
Autant d’éléments qui montrent que les différents ambassadeurs suisses en Tunisie ont raison d’en vouloir à Ben Ali. Faut-il cependant se « venger » des Tunisiens et des entreprises tunisiennes en les mettant dans une liste publique nominative et en portant atteinte à leur honneur et un préjudice à leurs entreprises. Car, d’après nos sources, ladite liste a été élaborée à Tunis par les services de l’ambassade et sous la direction de l’ambassadeur.
Au moins trois des entreprises citées dans la liste sont cotées en bourse. Autrement dit, leurs comptes sont totalement transparents et à la portée de tout un chacun pour les consulter !
Parmi les personnes citées, plusieurs sont tombées des nues. Non seulement ils n’ont aucun compte bancaire en Suisse, jurent-ils, mais pour plusieurs ils n’y ont pas mis les pieds depuis des années.
C’est le cas de Bassem Loukil qui affirme qu’il n’était pas allé en Suisse depuis 25 ans.
Moncef Mzabi affirme que les noms des titulaires de comptes en Suisse ne peuvent de toute façon pas être dévoilés.
Même son de cloche du côté de la famille Ben Jemâa, de la famille Mabrouk et de la famille Ben Yedder ou encore de la famille Chaïbi. Bien que certaines d’entre elles sont proches de la famille Ben Ali, elles sont choquées de figurer sur une pareille liste helvétique alors que les autorités tunisiennes ont dressé leur propre liste et ne comportant pas leurs noms. Mieux que cela, les membres de la famille Mabrouk (dont Marouen) sont partis et rentrés de l’étranger depuis le 14-Janvier pour affaires en toute transparence, montrant qu’ils n’ont rien à se reprocher et qu’ils font confiance à la justice tunisienne et à la commission créée à cet effet.
Une des personnes figurant sur la liste a écrit ce matin-même une lettre à l’ambassadeur suisse pour lui rappeler les conséquences graves que les mesures coercitives injustifiées pourraient avoir à son égard dans un contexte de désordre et d’insécurité où la foule n’hésite pas parfois à incendier et détruire sur la base de rumeurs et de soupçons.
S’agit-il d’un règlement de comptes, d’un amateurisme évident de la part du rédacteur de la liste ou d’un zèle injustifié des Suisses (qui n’ont pas encore été saisis officiellement pour une mesure conservatoire de ce type) ?
Plusieurs parmi les hommes d’affaires épinglés injustement dans cette liste ont d’ores et déjà saisi des avocats internationaux pour prendre en charge l’affaire après avoir alerté notre ambassade à Berne et l’ambassade de Suisse à Tunis.










