De jour en jour, on en sait un peu davantage sur les montages financiers qu’entreprenait Sakher El Materi pour trouver des fonds et créer des entreprises ou acheter des participations.
Et si on en sait davantage, c’est que les langues commencent à se délier et plusieurs hauts responsables commencent à ouvrir pour nous leurs dossiers et nous expliquer ces montages. Choses que nous ne pouvions pas savoir, par le passé, puisque ces « informateurs d’aujourd’hui » étaient discrets hier.
La dernière révélation en date, en attendant d’autres qui ne sauraient tarder, la participation de Sakher El Materi dans Tunisiana.
Comme nous l’avions écrit il y a deux jours, il a souscrit un crédit de 138 millions de dinars, dont 120 millions de dinars pour la seule acquisition de Tunisiana.
Attijari Bank a saisi la justice et obtenu une saisie-arrêt des avoirs de Princesse Holding.
Selon des sources officielles au sein de la banque, citées par African Manager, Attijari Bank n’a pas agi en son nom propre, pour saisir la justice, mais au nom d’un pool bancaire composé de la Biat, la STB, l’ATB, Attijari Bank et l’Arab Banking Corporation (ABC) et ce pour un montant total de crédits de 630 millions de dinars, dont 315 MDT donnés par la seule ABC. Sakher El Materi, pour sa part, a payé 220 MDT dont 100 MDT depuis son compte personnel.
Quant aux garanties, les banques ne semblent pas avoir accordé un régime de faveur à M. El Materi et il y a un contrat de nantissement, comme elles le font avec n’importe quel client. Ce contrat de nantissement (nous utiliserons des termes simples pour l’explication) stipule que les banques créditrices deviennent actionnaires des entreprises au cas de non-remboursement du crédit.
La justice a déjà pris ses dispositions pour les 138 MDT et elle ne devrait pas tarder, si ce n’est déjà fait, pour prendre des dispositions pour le reste du montant.
Mot d’ordre cependant : toutes ces décisions juridiques n’handicaperont en rien la bonne marche des différentes entreprises et aucune décision de changement d’actionnariat ne peut se faire sans l’aval du gouvernement tunisien.
Il s’agit donc de mesures conservatoires prises afin d’empêcher toute cession d’actifs en cette période de transition.
Action salvatrice quand on sait que Sakher El Materi a tenté de revendre ses parts de Tunisiana aux Qataris. Ces derniers lui ont opposé une fin de non-recevoir déclarant officiellement qu’ils ne traiteront qu’avec les autorités tunisiennes officielles.
Reste à savoir pourquoi Sakher El Materi a engagé autant d’argent dans Tunisiana, sachant pertinemment qu’il n’aura pas de retour sur investissement dans l’immédiat.
Il se tramait quelque chose et c’était sous nos yeux. Il comptait utiliser le même stratagème qu’à Ennakl ou encore celui utilisé par Belhassen Trabelsi à Karthago.
Tunisiana, comme chacun sait, s’apprêtait à entrer en bourse. Or, au moment de cette introduction, on allait valoriser Tunisiana à un prix nettement supérieur à celui de sa valorisation actuelle. C’est qu’entre le mois de janvier (date d’achat) et la mi-2011 lors de l’introduction en bourse, Tunisiana aurait obtenu la 3G et aura été réévaluée à la hausse.
En cédant une partie de ses parts, Sakher El Materi aura dégagé une belle plus-value qui lui aura permis de rembourser une partie de ses crédits et sa mise initiale.
A Ennakl, on rappelle qu’il a acheté 100% de l’entreprise à 21 MDT et qu’il a cédé 40% seulement à plus de 130 MDT. Chiffres que nous avons déjà fournis à nos lecteurs depuis l’année dernière.
Par ailleurs, et contrairement aux rumeurs qui ont circulé ces derniers temps, le pool bancaire a viré le montant du crédit directement à Qtel et ne l’a pas donné à M. El Materi. Le paiement a bel et bien eu lieu et il n’y a pas eu de détournement de ce crédit à des fins personnelles.










