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ATCE et police politique : le devoir de vérité !

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    Par Taieb ZAHAR

    Il me parait évident d’affirmer que la presse tunisienne, tout medias confondus, est en train de jouer un rôle déterminant dans la réussite de la transition démocratique. Toutefois, pour se réconcilier avec l’opinion publique et conquérir son rang de quatrième pouvoir il lui faudrait solder le lourd legs du passé. Car si un secteur est sorti sinistré des 23 ans de pouvoir de Ben Ali c’est bien celui de l’information. Pour les directeurs de publications, le choix était clair, soit se soumettre au diktat de Abdelwaheb Abdallah et faire de la langue de bois la seule ligne de conduite et du harcèlement des démocrates le sport favori, soit d’essayer de résister en privilégiant un journalisme respectueux de la déontologie et de ses lecteurs et s’attirer par voie de conséquence les foudres de guerre du Pouvoir. Vous devenez de fait l’ennemi à abattre.

    Réalités a toujours adopté une attitude digne et en conformité avec ses principes de respect de la liberté d’expression. Des compromis oui, des compromissions jamais. Nous avons souvent dû payer un lourd tribut pour notre indépendance. Nos fidèles lecteurs pourront en témoigner. Bientôt nous publierons pour ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de nous lire, et en particulier les jeunes, des articles parus tout au long des trente deux années d’existence de notre journal et qui ont suscité de la part du pouvoir des sanctions allant de la suspension de six mois à la saisie du numéro incriminé, en passant par des périodes plus au moins longues de privation de publicité et d’abonnements publics. Pressions financières (même si nous n’avions jamais bénéficié de plus d’une page de publicité par numéro alors que d’autres en avaient dix fois plus et employaient dix fois moins de journalistes) mais également pressions politiques intolérables. Si aujourd’hui j’ai décidé d’en parler, ce n’est pas pour rechercher une quelconque reconnaissance pour Réalités mais plutôt pour demander des comptes à ceux qui ont mis en place et utilisé un instrument (l’Agence Tunisienne de Communication Extérieure) créée dans le seul but de vassaliser la presse libre. Le député Mohamed Yahiaoui ne s’est guère trompé en qualifiant l’ATCE, au moment de sa création en 1990, d’outil de propagande digne de l’Allemagne nazie et de Goebbels. D’ailleurs suite à sa déclaration Ben Ali décida de boycotter la cérémonie de célébration de la fête de la République. Aujourd’hui, si l’on veut définitivement tourner la page et construire une presse digne de la révolution, il faut que les Tunisiens sachent comment a été dépensé leur argent. Sur quels critères cette publicité publique a été distribuée aussi bien aux journaux locaux qu’aux journaux étrangers, et pour quels usages ? Quels étaient les mercenaires qui ont bénéficié de sommes d’argent pour faire de la désinformation ou harceler les opposants ? Beaucoup de surprises nous attendent mais pour cela il faut que les pouvoirs publics jouent le jeu de la transparence. De même, et loin de nous l’idée d’instaurer une chasse aux sorcières, il me paraît impératif au moment où nous venons juste de dissoudre la Police Politique de voir quels étaient les «confrères» qui étaient payés pour faire de la délation. Certains faisaient des rapports quotidiens en contrepartie d’avantages de toutes sortes. C’est à ce prix seulement qu’on parlera d’assainissement du secteur et qu’on pourra distinguer le bon grain de l’ivraie. C’est à ce prix enfin que nous distinguerons les vrais journalistes des mercenaires qui profitant de cette révolution tentent de se retrouver une nouvelle virginité. Nous exigeons la vérité.

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    Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a autorisé l’imposition par la force d’une «Non Fly Zone» sur le territoire libyen dans le but de protéger les populations civiles ; si le mandat de l’ONU est scrupuleusement respecté, personne de sensé ne trouvera à redire.
    Les risques que Gueddafi fasse payer cher à son peuple, le rejet de son autorité sont hautement probables et justifient la mise en jeu d’une protection internationale.
    Le droit d’ingérence humanitaire théorisé par Mario Bettati et Bernard Kouchner depuis plus de 30 ans n’a pas vocation à faire tomber les régimes même les plus discutables. Le principe du respect de la souveraineté des Etats est un pilier du droit international sans lequel la loi du plus fort deviendrait la règle. Mais protéger par tous les moyens un peuple en danger de mort doit être érigé en principe sacro-saint par la communauté internationale.
    A l’évidence, il faut profiter de la crise libyenne pour essayer de mettre en place des règles strictes en matière de droit d’ingérence afin qu’il ne continue pas à être perçu par ses détracteurs comme un outil à géométrie variable.

    En effet, à ce jour, le droit d’ingérence humanitaire fut surtout un instrument utilisé par les puissances occidentales pour servir leurs desseins géopolitiques et n’a obéi à aucun critère moral ou juridique incontestable.
    Pourquoi intervenir en Libye seulement, alors que les populations bahrani ou yéménite sont en danger ? Quelle est l’aune sur laquelle sera mesurée la gravité de la menace pesant sur les civils d’un pays ?
    A défaut de définir des critères clairs en matière d’ingérence humanitaire, il y a fort à craindre que ce concept reste marqué par la suspicion de ceux qui le considèrent comme un avatar de l’impérialisme occidental.

    Dans le nouvel ordre international qui est encore sur l’établi, il conviendrait que le monde dit libre ne soutienne plus des dictateurs au détriment de leurs peuples pendant des décennies et, quand leur intérêt le commande, envoie une armada pour les déloger. Sarkozy et d’autres homologues à lui ne pourront plus à l’avenir dérouler un jour le tapis rouge à un satrape et le lendemain un tapis de bombes.

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