Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

En manque d’initiatives concrètes

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

    Par Nizar BAHLOUL

    Gueddafi continue à faire des siennes contre son peuple. La coalition l’attaque depuis une bonne dizaine de jours et les insurgés commencent à gagner quelques batailles. Il n’est cependant pas dit qu’ils vont gagner la guerre. Car Gueddafi n’est ni Ben Ali, ni Moubarak. Il est fort à parier que c’est un fou guerrier révolutionnaire de la trempe des sanguinaires Saddam Hussein et Fidel Castro.
    Vue de Tunis, cette hypothèse, que j’espère erronée, n’est pas à prendre à la légère. Ce Gueddafi a de l’argent, beaucoup d’argent, et saura l’utiliser pour arriver à ses fins.
    Et s’il arrive à ses fins, il se vengera à sa façon de la coalition, la France en tête, et de tous ceux qui l’ont soutenue. Sa façon de se venger ne sera pas conventionnelle et il n’hésitera pas à frapper les intérêts français là où ils se trouvent. Et ils ne sont pas loin ses intérêts français. Ils peuvent se trouver là en Tunisie. Une entreprise française par ci, un hôtel rempli de Français par là et nous y voilà en plein règlement de comptes franco-libyen sur des terres tunisiennes frontalières aux terres de Gueddafi.
    Sachant que cet ami de Ben Ali n’a aucun scrupule, l’hypothèse d’une victoire de Gueddafi (aussi minime soit-elle) est à prendre au sérieux par nos gouvernants provisoires et par nos médias.
    C’est une menace qui ne fait pas débat et qui n’a intéressé aucun de nos 50 partis politiques ! Sont-ils si petits que cela ?

    N’avez-vous pas remarqué, ces derniers jours, certaines informations publiées ici et là ? Un sit-in par ci, une grève par là, une usine qui ferme et une autre qui suspend ses activités. Et puis, comme par hasard, un grand sit-in à la Kasbah. Un air de déjà vu, une volonté farouche de manipulation de l’opinion publique et ce n’est pas une simple impression.
    Ces jeunes de la Kasbah, ils ont promis de revenir et ils sont revenus. Pour un sit-in, pour des revendications. Selon eux, le gouvernement de Béji Caïd Essebsi n’a pas tenu ses promesses, d’où leur présence.
    A les entendre, ce gouvernement aurait dû mettre sous les verrous les caciques de l’ancien régime. Peu importe qu’ils n’aient rien à se reprocher (juridiquement parlant), il faut les mettre en dehors du circuit économique et politique.
    A les entendre, ce gouvernement n’a pas trouvé d’emploi pour les dizaines de milliers de chômeurs, et devrait, de ce fait, « dégager » et laisser place aux autres.
    Quels autres ? C’est là toute la question.

    Les 15 derniers jours ont vu leur lot de nouveaux partis créés. Des partis nationalistes arabes, des partis communistes, des partis islamistes, il y en a pour toutes les couleurs ou presque.
    Chacun fait allégeance à une doctrine. Les uns ont préféré les Arabes qui nous ont conquis il y a des siècles. D’autres ne jurent que par le communisme qui a montré ses limites depuis des décennies. Et d’autres se prennent pour des messagers de Dieu, comme si le bon Dieu a besoin d’eux pour se faire obéir.
    Et puis, il y a les libéraux et les capitalistes. Ces méchants qui amassent des fortunes en pillant la richesse du peuple.
    Au jour d’aujourd’hui, le pays de dix millions d’habitants a 50 partis. Chacun de ces partis est dépendant d’une idée, d’une doctrine, d’une obédience. Chacun de ces partis se croit être détenteur de la vérité absolue. Chacun de ces partis se prend pour le sauveur de la nation. Chacun de ces partis se considère comme le porte-parole du Peuple et le porte-drapeau de la Révolution.
    Comment se retrouver dans toute cette myriade ? Comment rassurer ce Peuple ?

    Ceux chargés de donner ces explications sont les « hommes politiques », fondateurs de ces 50 partis.
    Le hic, c’est que le Tunisien ne fait plus confiance aux hommes politiques.
    Et ces hommes politiques font tout pour que le Tunisien ne gagne pas leur confiance de sitôt.
    Il y a ceux qui, pour exister, envoient de jeunes gens faire des sit-in et observer des grèves.
    Ceux qui utilisent les tribunes des mosquées, lors de la prière du vendredi, pour véhiculer leurs messages politiques.
    Et ceux qui sont encore cloitrés dans leur coin ne sachant que faire après avoir créé un parti !

    Or que font les hommes politiques sous d’autres cieux ? Ils s’opposent et proposent.
    En dépit de tous les chantiers ouverts et de toutes les urgences auxquelles fait face la Tunisie, aucun de nos 50 partis politiques n’est sorti de sa tanière pour dire au gouvernement : ne fais pas ceci et fais cela dans tel ou autre dossier.
    Ils se limitent, tous, à de vagues phrases génériques doctrinales panarabes, islamiques, communistes, républicaines, libérales… Pire, il y a même ceux qui cherchent à semer la discorde entre les Tunisiens en les classant en deux catégories, les mécréants et les croyants !
    Une initiative politique CONCRETE de la part de ces partis, une prise de position sur les dossiers brûlants de politique intérieure et extérieure serait la bienvenue.
    Quand le Tunisien est interpellé sur des dossiers qui le touchent directement dans son quotidien, il s’intéressera forcément à la politique et finira par donner confiance à celui qui a pris l’initiative de s’occuper, vraiment et sincèrement, de lui. La priorité du Tunisien est dans son pain et son emploi et n’en a que foutre des doctrines d’un parti républicain, islamiste ou communiste.
    Or, de sincérité, on n’en sent guère et on ne voit que des courses pour gagner des sièges.

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *