Le contrat du directeur du bureau de l’ONTT à Lyon a été rompu abusivement, apprend-on de source officielle.
Le titulaire du poste s’appelle Borhène Ben Ali et c’est le cousin de l’ancien président tunisien.
Cette rupture du contrat est cependant surprenante, en raison de son timing.
Dès le mois de janvier, en effet, différentes institutions tunisiennes ont fait « le ménage » en licenciant toutes les personnes appartenant à la famille de l’ancien président et ayant occupé indûment leur poste. Ces personnes à qui on a donné un job parce qu’elles ont lien de parenté et non pour leurs compétences, ont été licenciées dès les premiers jours de la révolution dans quasiment toutes les administrations.
Pourquoi donc Borhène Ben Ali a été ménagé en janvier et chassé en avril en pleine période de réservations ?
Si cette question s’impose, c’est que le bonhomme a une très bonne réputation dans le milieu, aussi bien du côté de l’administration que des Tours opérateurs, des hôteliers et des observateurs.
Borhène Ben Ali occupe ce poste depuis plus de 19 ans et a noué, durant cette période, des relations amicales étroites avec les plus grands pourvoyeurs français de touristes.
Deux anciens ministres du Tourisme (limogés en leur temps par l’ancien président) témoignent en sa faveur : « Il n’a jamais usé de son lien de parenté, n’a jamais tancé un haut responsable, ne nous a jamais manqué de respect, contrairement à beaucoup d’autres membres de la famille », nous disent-ils avant d’ajouter que l’arrêt de son contrat est une perte pour le tourisme tunisien.
L’un de ces deux ministres ajoute même qu’il est totalement d’accord « pour que l’on limoge les personnes ayant un lien de parenté avec la famille, à condition qu’on ait des preuves, voire même des soupçons de preuve, de malversation ou d’abus de pouvoir. Or ce n’est pas le cas de Borhène », nous dit-il.
Même son de cloche chez un ancien DG de l’ONTT qui met en garde contre cette chasse aux sorcières et ses répercussions. « On ne peut pas condamner une personne, juste parce qu’elle est parente de Ben Ali ! De plus, c’est une recrue locale et il n’y a eu aucune consigne du palais, ni de quiconque au moment de son recrutement. C’est une perte pour notre tourisme ! ».
Quant aux journaux français, ils le qualifient de professionnel du tourisme apprécié et reconnu pour ses compétences professionnelles et ses qualités humaines.
Que s’est-il passé alors ? A l’ONTT, on nous dit qu’il s’agit d’instructions. Alors ainsi, on continue à travailler avec les instructions !
Des sources dignes de foi au Premier ministère nous disent que le gouvernement n’a absolument rien à voir dans cette histoire. Alors qui ? S’agit-il d’un règlement de comptes ? Ou lui fait-on payer ce lien de parenté ?
C’est ce qu’affirment des journaux français qui disent que Borhène Ben Ali a été licencié en raison de son lien de parenté avec l’ex-président tunisien. Un haut cadre à l’ONTT critique violemment la décision et s’interroge pourquoi n’a-t-elle pas eu lieu en janvier, à l’instar d’autres, si c’était vraiment en raison du lien de parenté de Borhène avec l’ancien président.
Pour lever toute équivoque, le journal spécialisé Tour Hebdo précise qu’une enquête de patrimoine et de revenus, diligentée par les autorités françaises contre Borhène Ben Ali, n’avait pas donné de suites. Le bonhomme semble clean donc.
Après cette rupture abusive, Borhène Ben Ali (que nous n’avons pas réussi à joindre) devrait saisir les tribunaux français pour faire valoir ses droits puisque son contrat est français et signé sur le territoire français.
« Dans ce genre d’affaires, et vu l’ancienneté du contrat, les dommages et intérêts peuvent monter jusqu’à des centaines de milliers d’euros », nous dit un avocat.
Il faudrait donc se préparer à signer un gros chèque à un Ben Ali ! Et ce chèque ne sera pas payé par ceux qui ont donné les instructions, mais par le contribuable tunisien.
Mais cette conséquence n’est rien devant la réaction que pourraient avoir certains tours opérateurs français proches de Borhène Ben Ali. A un moment où l’on a besoin d’avoir un maximum de TO pour soutenir le tourisme tunisien, cet abus pourrait les pousser à orienter leurs touristes vers d’autres destinations, juste pour « sanctionner » la Tunisie où l’on donne des instructions sans les motiver.










