Le 14ème Forum International de la revue Réalités s’est ouvert mercredi 27 avril à l’Hôtel Alhambra à Yasmine Hammamet.
Un panel de choix a été convié pour cette 14ème session et l’ouverture a été notamment marquée par la présence de Janos Martonyi, ministre hongrois des Affaires étrangères, Mouldi Kéfi, ministre tunisien des Affaires étrangères, Habib Ben Yahia, secrétaire général de l’Union du Maghreb arabe, Souhir Belhassen, présidente de la Fédération internationale des Droits de l’Homme, Adrianus Koetsenruijter, ambassadeur chef de la délégation de l’Union européenne en Tunisie, Senén Florensa, président du Comité exécutif de l’IEMed, Ghazi Ben Tounes, vice-président pour les affaires publique du Monde arabe, Mohamed Ennacer, ministre tunisien des Affaires sociales.
Dans son allocution, Souhir Belhassen a indiqué qu’elle représente, dans ce Forum de Réalités, la Fédération internationale des Droits de l’Homme, mais également la LTDH, le CNLT et l’ATFD et c’est une première.
Tout en se félicitant des progrès gigantesques enregistrés en 100 jours, Mme Belhassen signale que beaucoup reste à faire pour sauvegarder les acquis de cette révolution et de bien réfléchir après l’euphorie. « Et on ne peut réfléchir qu’avec nos partenaires et en premier lieu les partenaires européens », souligne la présidente de la FIDH citant les quatre menaces qui attendent actuellement la Tunisie.
La première touche les partis fondamentalistes et avoue que c’est une démarche assez complexe que de combattre ces partis tout en les cooptant dans la vie publique.
La deuxième menace est de défendre les droits économiques et sociaux des Tunisiens qui sont au même niveau que les droits humains et civils.
La troisième menace est inspirée par cette sorte de désenchantement national et invite les Tunisiens à se mobiliser et qu’ils n’ont pas à avoir de complexe avec leurs partenaires traditionnels, à savoir les Européens.
La quatrième menace vient de notre environnement périlleux et de ces régions qui nous entourent qui feront tout pour nous déstabiliser, puisque le chemin de la démocratie pris par la Tunisie ne sied pas à tout le monde.
« La Tunisie d’aujourd’hui, dit Souhir Belhassen, ressemble à l’Europe de l’après-guerre et l’Europe doit se comporter avec la Tunisie comme s’est comportée l’Amérique de l’après-guerre. »
S’adressant aux Européens, elle indique « On ne demande pas une aumône et vous le savez ! On veut un véritable projet, une véritable vision euro-méditerranéenne. La Tunisie veut une troisième voie autre que celles des régimes militaires et islamistes. »
Applaudissements dans la salle archi-comble de personnalités politiques, d’anciens ministres, d’hommes d’affaires et d’intellectuels tunisiens et étrangers.
« Or que constate-t-on aujourd’hui ?, poursuit la présidente de la FIDH. Une Europe frileuse, paranoïaque, schizophrène, confondant islam et migration.
Le débat Schengen lancé à cause de 20.000 visas nous parait largement indécent à un moment où la Tunisie accueille 200.000 réfugiés libyens à sa frontière ! »
Elle finira son allocution en rappelant que la Tunisie a fait seule sa révolution et qu’elle fera sa mue vers la démocratie et interroge l’Europe et spécialement la France si elles veulent bien l’accompagner ! Autre vague d’applaudissements.
Prenant ensuite la parole, Mouldi Kéfi rend hommage à cette ambiance de liberté retrouvée sans manquer de signaler que les ministres n’avaient pas, depuis 50 ans, la possibilité de dire ce qu’ils voulaient.
Le ministre tunisien des Affaires étrangères fait remarquer que la Tunisie n’a jamais réussi à recevoir autant de hauts dignitaires qui sont venus voir ce miracle réalisé par un pays petit par sa taille et grand par son peuple. Et de citer les différents ministres européens, australiens, africains et américains.
Évoquant l’Europe, il rappelle qu’avant la Tunisie avait des intérêts communs avec le vieux continent et qu’aujourd’hui elle a des valeurs communes. « J’espère qu’on regardera désormais dans la même direction », déclare M. Kéfi rebondissant sur la phrase de Souhir Behassen pour rappeler que la Tunisie ne demande pas l’aumône, mais des partenaires d’égal à égal.
« Nous avons fait notre révolution, à vous de faire la vôtre, dit-il. Les capitaux circulent librement, que les hommes circulent librement aussi. La crise passée, on n’aura plus peur de l’émigré tunisien qui retournera bien chez lui s’il ne trouve rien en Europe. » Après avoir rappelé l’épisode du plombier polonais, le ministre tunisien estime que la polémique des 20.000 émigrés tunisiens est un épiphénomène devant ce qui se passe. « Voyons plus grand ! », clame-t-il devant un énième tonnerre d’applaudissements.
Pour Mouldi Kéfi, cette révolution dans les mentalités de nos partenaires sera le véritable garant du succès de la révolution tunisienne. « Si on réussit, ce sera inscrit dans l’Histoire. Si on échoue, ce sera un recul pour tous les peuples qui aspirent à la démocratie. »
Il reste à espérer que ces messages de bon sens émis par deux personnalités tunisiennes soient entendus par nos « partenaires » européens.










