Plus de 500 détenus se sont évadés de la prison de Kasserine, plus de 300 autres se sont enfuis de celle de Gafsa, des tentatives d’évasion sont signalées dans d’autres prisons à Borj Erroumi et à Mahdia, des échauffourées à l’Avenue Bourguiba et à l’origine desquels se trouvaient les « barbus », des violences à Monastir où un meeting d’Ennahdha a été attaqué à coups de gaz lacrymogène sans, le ministre de la Jeunesse et des Sports « dégagé » avec les membres de son cabinet pendant plusieurs jours, sans oublier la poursuite des sit-in et autres actes tournants de banditisme perpétrés un peu partout à travers tout le pays.
Pendant ce temps, d’autres professionnels de la politique politicienne, plus précisément les membres de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique bloque depuis plusieurs jours en voulant imposer son diktat au gouvernement provisoire sur un point de détail, certes important en soi, mais loin de revêtir un aspect prioritaire.
Chose étonnante, le président Iyadh Ben Achour, pourtant un juriste de renom et grand homme de loi, qui était, au départ, contre ce fameux article 15 parce qu’il est, justement, dans son essence anti-démocratique et contraire aux règles élémentaires de la loi. Mais les membres de l’Instance tiennent à l’imposer au nom… du peuple et de la rue.
De quel peuple parlent-ils ? Car à notre connaissance, ce n’est pas le peuple qui les a élus. Iyadh Ben Achour est allé jusqu’à dire qu’il « place le gouvernement devant ses responsabilités historiques ». Une phrase chargée d’émotion et, surtout, de menaces. C’est comme s’il disait qu’en cas de graves perturbations, le gouvernement de Béji Caïd Essebsi en assumerait les conséquences ! Quel sens de la mesure et de la responsabilité d’un homme de loi !
Cette phrase constitue, à la limite, un appel indirect au soulèvement en cas de maintien de l’amendement proposé par le Premier ministre.
Iyadh Ben Achour a, donc, retourné sa veste en devenant l’otage de la majorité des membres de l’Instance et qui sont mus, non pas par l’intérêt de la Tunisie, mais par un esprit revanchard et des petits calculs de politique politicienne.
Chargé d’assurer la transition démocratique, cette Instance use, plutôt, de diktat.
Or, et le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie vient de le dire en tirant la sonnette d’alarme, en cas d’effondrement de l’économie, c’est le processus démocratique qui en pâtirait en premier lieu. Mais la relance économique semble être le dernier souci de l’Instance qui s’empêtre dans les méandres procéduraux privilégiés par ses membres, apparemment mus et obnubilés par les calculs partisans étroits.
Les membres de l’Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, mais qui n’ont rien à voir avec la révolution tunisienne, réalisée par les jeunes des différentes régions du pays, représentent des partis qui veulent se partager le « gâteau » en essayant, chacun, de tirer la couverture à lui et de tirer sur les cordes, quitte à les faire rompre.
Ainsi, au moment où tout le monde s’accorde à dire – les sondages aussi – que pour la majorité des Tunisiens, la priorité demeure la sécurité, l’emploi et le développement régional, l’Instance n’en a cure et n’a jamais fait allusion à ces facteurs, comme si les objectifs de la révolution étaient uniquement d’ordre politique.
Oui, la sécurité est importante, contrairement à ceux qui ironisent en appelant à cesser de jouer à la « fezzaâ de la sécurité ». Il est vident qu’il faut réformer les services de sécurité et la mentalité des agents et non pas à vider le ministère de ses hauts cadres par une décision rocambolesque.
On se rappelle, tous, cette mise en scène des « deux à trois mille policiers prenant d’assaut le siège du ministère à l’Avenue Bourguiba et le ministre lui-même ».
En se basant sur ce scénario, l’ancien ministre de l’Intérieur a pris la décision régalienne de faire partir en retraite forcée plus de 40 hauts cadres. Résultat : le département a été vidé de son élite alors que le bon sens aurait été de mener une enquête rigoureuse avant de « licencier » ceux qui méritent un tel sort et de garder ceux qui n’on rien à se reprocher.
Tout le monde sait que le déclenchement de la révolution avait pour origine, au départ, notamment le chômage, la cherté de la vie et le manque de développement de certaines régions. Les Tunisiens réclament la dignité et de bonnes conditions de vie en plus de la liberté et de la démocratie, bien entendu.
Or, au lieu de nous proposer des actions susceptibles de remettre l’économie sur les rails, on fait tout pour attiser les passions et provoquer les protestations dans la rue et dire, ensuite « le peuple veut ».
Pourtant, le peuple, le vrai, c’est celui qui a continué à travailler et à assurer la bonne marche des rouages et les mécanismes de l’administration et des services publics.
Si c’était vraiment tout le peuple qui faisait grèves et organisait des sit-in, ont aurait eu des coupures d’électricité et d’eau. Mais heureusement que ce ne fut pas le cas. Pour la simple raison que le vrai peuple, celui qu’on appelle la majorité silencieuse a un sens poussé du civisme et de l’intérêt des citoyens et de leur droit à bénéficier d’un cours de vie normal.
Imaginez, un seul instant, que des zones se trouvaient dans l’obscurité ou privées d’eau, que Dieu nous en préserve ! Rien qu’à y penser, nous avons froid au dos !
Le Premier ministre a lancé un cri d’alarme. Le président de la République par intérim lui a emboîté le pas dans son discours à l’occasion de la Fête du Travail. Les médias multiplient, à leur tour, les appels au travail.
Mais la Haute Instance reste cloîtrée dans sa tour d’ivoire où elle n’accorde aucun intérêt aux questions économiques aptes à sortir le pays du marasme dans lequel il s’est installé. Les membres de l’Instance sont-ils conscients que les membres du gouvernement transitoire ont accepté d’assumer de lourdes responsabilités pour gérer les affaires du pays dans des conditions périlleuses tout en acceptant le principe de n’aspirer à aucune charge de responsabilité à l’avenir ?
C’est dire la noblesse d’esprit et le sens du sacrifice dont ils font preuve, préoccupés seulement pr l’avenir de la Tunisie.
Alors, qui sera appelé à assumer ses responsabilités historiques devant le peuple ? Ceux qui travaillent ou ceux qui parlotent ?
Que va-t-il advenir de la Tunisie au milieu de ces tiraillements ? Ou bien l’Instance va obtenir gain de cause et consacrer son diktat ou bien le gouvernement maintiendra son idée d’amendement, et on se dirigerait, alors, vers un referendum avec tout le gaspillage de temps et d’énergie. Troisième piste, en cas de bras de fer et d’éventuels dérapages sécuritaires, ce sera l’armée, cette gardienne des valeurs républicaines, qui prendra les choses en main.
Les défis sont grands, les risques sont réels et majeurs. Et pour que les espoirs soient permis, il est impératif que toutes les parties prenantes, en cette phase transitoire, assument leur responsabilité historique…










