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Tunisie : Caïd Essebsi, contre vents et marées

L’interview accordée par le Premier ministre Béji Caid Essebsi, dimanche aux trois chaînes télévisées tunisiennes, pourrait marquer l’inauguration d’une nouvelle phase de gestion de l’Etat par le gouvernement provisoire. Le tout est de savoir si le Premier ministre a réellement les moyens de sa politique ou si les déclarations de l’ancien ministre de l’Intérieur Farhat Rajhi l’ont contraint à faire précipiter les choses.
Contrairement à ses premières interventions publiques marquées par un paternalisme prononcé, le Premier ministre a choisi d’adopter, dans sa dernière interview télévisée, un discours direct, alarmiste et un brin musclé qui laisse présager d’un changement significatif d’attitude, sinon de politique.

C’est ainsi que les déclarations de l’ancien ministre de l’Intérieur ont été démenties en bloc. Il a même taxé Farhat Rajhi d’irresponsable, de manipulé et d’incompétent, ce qui explique selon lui, son remplacement après uniquement trois semaines de l’arrivée de M. Caid Essebsi à la tête du gouvernement.
Rappelons que le Premier ministre avait choisi de travailler avec l’équipe gouvernementale mise en place par son prédécesseur Mohamed Ghannouchi et n’a remplacé que ceux parmi les membres du gouvernement qui avaient démissionné de leur propre chef. L’éviction de M. Rajhi était donc le seul cas de remaniement décidé par M. Caïd Essebsi, ce qui pourrait expliquer l’animosité contenue dans les déclarations de l’ancien ministre de l’Intérieur en parlant du Premier ministre et la tension contenue dans l’interview télévisée de ce dernier en répondant à son ancien collaborateur.

Toutefois, le cas Rajhi ne sera probablement pas un cas unique dans le gouvernement provisoire. Des allusions ont été faites, en effet, par le premier ministre, et qui laissent présager un remaniement ministériel imminent. Il pourrait être annoncé avant la fin de cette semaine et concernerait les ministères de la Justice, du Transport et de la Jeunesse et des Sports dont le jeune blogueur et secrétaire d’état avait démissionné samedi, après avoir compris, enfin, que la politique est un monde codé qui n’était pas le sien.

Mais ce sont les déclarations du Premier ministre sur la situation sécuritaire qui sont les plus intéressantes. Nonobstant l’emphase mise au service de l’énonciation, Béji Caïd Essebsi avoue, pour la première fois, l’existence de lobbies qui œuvrent contre la tenue des élections à sa date prévue le 24 juillet prochain, une date à laquelle le gouvernement tient toujours, dit-il. Il annonce la collusion de certains partis politiques avec la violence enregistrée les derniers jours, surtout dans la capitale et ses banlieues, et affirme que ces partis distribuent de l’argent à des jeunes casseurs pour les inciter au vandalisme.
Et même si le Premier ministre refuse de citer nommément ces partis, écartant, uniquement après insistance des journalistes, l’implication du parti Ennahdha, le Parti ouvrier communiste tunisien, POCT, de Hamma Hammami, se sentant visé, a vite fait de publier le soir même, un communiqué pour se disculper de toute implication dans ces violences.
Il faudrait s’attendre maintenant que ces déclarations, de part et d’autres, trouveront leur matérialisation dans la rue. Du côté du gouvernement, tout porte à croire, qu’après une période d’observation et de collecte d’informations à caractère forcément sécuritaire, le Premier ministre a décidé de ne plus reculer devant la confrontation et d’amener le pays manu militari s’il le faut, aux élections de la l’Assemblée constituante.

Les écarts, lors des manifestations de rue, seront réprimés à coup sûr par des forces de l’ordre qui seront désormais couvertes par leur hiérarchie politique. Beaucoup de coups de filets et d’interpellations sont attendus dans les rangs des militants et des dirigeants des partis d’extrême gauche comme d’extrême droite.
Dans cet ordre d’idées, force est de constater que les coups de filet réalisés un peu partout à travers plusieurs régions, plus particulièrement dans les quatre gouvernorats du Grand Tunis où le couvre-feu est instauré, commencent à avoir l’effet escompté avec un certain retour au calme, assez prudent tout de même.

Ainsi, après une atténuation constatée, lundi 9 mai 2011 au centre ville de Tunis, la journée du mardi – du moins jusqu’au milieu de la journée – a été marquée une ambiance normale avec une animation habituelle des commerces et des lieux de loisirs (cafés, restaurants, hôtels…).
Des observateurs n’ont pas manqué d’imputer ces accalmies aux révélations de Béji Caïd Essebsi quant à l’implication de certains petits partis politiques. En effet, le retour au calme, s’il est confirmé, prouverait que ces éventuels partis savent qu’ils sont, désormais, démasqués et ne peuvent plus profiter de l’effet de la discrétion et de la surprise.
Ces éventuels partis, ayant peur d’être pris en flagrant délit et de perdre, par conséquent, leur crédibilité, réfléchiront longuement avant de se hasarder à jouer les trouble-fêtes.

Dans cette optique, le Premier ministre prend le risque de voir sa côte de popularité dégringoler. Il fait aussi le pari que sa confrontation avec ces forces politiques extrémistes lui apporte la sympathie d’une frange de la population usée et exaspérée par l’insécurité et le doute. C’est pourquoi le rôle de la cellule de communication mise en place au niveau du Premier ministère sera prépondérant, comme M. Caid Essebsi n’a pas manqué de le relever.
De l’autre côté, celui des partis radicaux, le schéma reste simple. Il s’agit de mettre la pression sur le gouvernement et le pousser vers le débordement. Cette politique de pourrissement pourrait amener, à moyen terme, à un report de fait des prochaines élections.

Dans ce schéma aussi, la communication jouera un rôle important et on peut parier que si le gouvernement opte pour les médias nationaux, les partis radicaux se démèneront pour activer leurs réseaux d’organisations internationales des droits de l’Homme, réseaux qui ont prouvé dans le passé leur redoutable efficacité. Mais c’était du temps de l’ancien président ben Ali.

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