La Tunisie continue à se trouver à la croisée des chemins malgré une amélioration tangible des conditions sécuritaires qui est allée crescendo depuis le débat télévisé avec le Premier ministre du gouvernement transitoire.
Pourvu que ça dure de ce côté-là. Car les risques de nouveaux dérapages ne sont plus à écarter. On citera, les incidents sporadiques dans certaines régions de l’intérieur du pays et les tensions et autres escarmouches à la frontière avec la Libye et dans les camps de réfugiés du Sud du pays.
On mentionnera, surtout, les nouvelles incertitudes accompagnant le dernier communiqué du ministère de la Défense annonçant le maintien des poursuites judiciaires à l’encontre de Farhat Rajhi.
En effet, tout le monde est conscient des probables retombées d’une pareille décision de l’Armée nationale.
Nous estimons, de notre part, que si l’Armée tient à aller jusqu’au bout de cette affaire « Rajhi », elle doit avoir, logiquement et obligatoirement ses raisons et qu’elle est persuadée que bien de révélations, susceptibles de nuire au pays et à l’intérêt de la Tunisie, seraient attendues.
Car on ne se met pas à dos une partie de la population, qui pourrait croire encore aux balivernes de Mister Rajhi, et le corps de la magistrature et du barreau, juste pour une question de principe.
D’autre part, si au plan politique, un terrain d’entente semble être trouvé entre le gouvernement provisoire et les président des différentes commissions qui parlent à la manière de : « J’ai décidé et non recommandé… », comme a eu l’audace de clamer Kamel Jendoubi.
Or, si l’on ne doute nullement de l’intégrité de M. Jendoubi, il est bon de rappeler qu’il n’a rien d’une personnalité indépendante comme il veut le faire croire, puisqu’il est connu pour avoir été, de longues années durant, leader du mouvement extrémiste de gauche « Ech-choôla » proche du POCT. On n’oublie pas que M. Jendoubi et les membres de sa commission ont été élus par l’Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et la transition démocratique dont les membres et le président ont été nommés.
Le gouvernement transitoire a su, jusque-là, composer avec sagesse et responsabilité avec ces deux Commissions, plaçant, à chaque fois, l’intérêt supérieur de la Tunisie au-dessus de toute autre considération personnelle.
Côté économique, c’est là où le bât blesse. Les défis sont multiples et les clivages persistent. Sur le plan intérieur, les conflits sociaux au sein de plusieurs entreprises – et non des moindres – sont entiers et durent, pour certains d’entre eux, depuis très longtemps.
Le cas le plus significatif et le plus aberrant est celui du débrayage à Tunisie Telecom depuis près d’un mois sans que le moindre signe de solution ne voie le jour. D’un côté, le syndicat maintient ses exigences de licenciement des 63 hauts cadres, dits « gros salaires », et de l’autre la partie émiratie, qui détient 35% du capital de la société, soit 3500 millions de dinars, refusent catégoriquement de céder.
Le bras de fer s’installe, donc, dans la durée. Une grève qui restera dans les annales du syndicalisme dans le sens où on ne réclame une amélioration des salaires, mais le licenciement de « gros salaires ». Pire, certains contractuels ont été agressés physiquement, alors que plusieurs salariés titulaires sont régulièrement menacés et intimidés lorsqu’ils font part de leur volonté de regagner le travail et sauver l’entreprise et, dans ce cas-là, casser le mouvement de grève.
Or, on aimerait bien savoir si le syndicaliste, qui mène le bal, est bien conscient du montant de pertes qu’il a causé à l’entreprise ? Un expert indépendant ferait bien d’indiquer les sommes faramineuses dues au manque à gagner durant ce mois de grève qui dure encore.
C’est la première fois que les locaux d’une entreprise sont fermées par les directeurs régionaux et les chefs d’ACTEL alors qu’ils sons sensés ouvrir et respecter la liberté des employés qui veulent accomplir leur devoir et leur droit sacrés au travail.
Entretemps, ce débrayage fait le bonheur des concurrents de Tunisie Telecom qui est en train de perdre du terrain dont il lui sera trop difficile de rattraper.
Or, avec le report des élections de la Constituante, et l’avènement – si tout va bien d’ici le 16 octobre – d’une Assemblée constituante (donc provisoire), d’un nouveau président de la République provisoire et d’un autre gouvernement, encore provisoire, le pays va s’installer dans le provisoire et il en aura pour, au moins entre un et deux ans.
Cet état du provisoire, dans lequel la Tunisie s’est engagée, ne peut, en aucun cas, inspirer une confiance totale aux acteurs économiques et aux pays étrangers qui nous promettent de petites merveilles si tout va bien.
C’est à se demander si le pays a bien fait d’opter pour cette démarche. Ou il aurait, peut-être, mieux fallu aller directement à une Constitution amendée et soumise à un referendum avec des élections parlementaires et présidentielles ?
En tout cas, les partis politiques et plusieurs militants des droits de l’Homme ont choisi l’option de rupture totale avec la passé – une démarche chère à certains et, du reste, compréhensible – avec tous les avantages qu’elle offre en matière d’instauration, d’entrée et une fois pour toutes, d’un processus démocratique fiable à 100%.
Mais cela se fait au détriment de l’économique qui risque de flotter pendant un long moment. C’est dire qu’il n’est pas aussi aisé de trancher. Fallait-il faire, comme l’Egypte qui a amendé la Constitution et maintenu des élections en septembre prochain tout en évitant les soubresauts sociaux et professionnels, ce qui lui vaut la confiance des puissances financières telle l’Arabie Saoudite qui lui a débloqué illico presto 4,5 milliards de dollars, en attendant les aides faramineuses promises par les pays du G8 ?
Ou bien faire privilégier le côté politique en exigeant, d’abord la mise en place d’un système impeccable en la matière, mais avec des risques réels de récession économique ?
Il est vrai que le contexte n’est pas tout à fait le même en Egypte et en Tunisie, mais chez nous, les partis politiques, notamment les petits et les nouveaux, ont réussi à imposer leur loi et à dicter la ligne à suivre dans les plus infimes des détails.
A-t-on fait le bon choix ? L’histoire se chargera de le dire et l’histoire ne pardonne pas.










