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Le syndicat des journalistes, à la quête du fameux 4ème pouvoir

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    La qualité des débats au sein du 2ème congrès du Syndicat national des journalistes tunisiens donnent un avant-goût des problèmes de la transition démocratique en Tunisie. Les constatations des observateurs insistent sur l’absence du respect au droit à la différence, ce qui a fait que les échanges étaient à la limite de la correction. En plus, il y a un constat affligeant d’absence de feuille de route et d’objectifs déterminés pour le redressement de la corporation. De la bonne volonté et de la bravoure ont été certes constatées. Mais, à elles-seules, sauraient-elles bouleverser le paysage médiatique ? That’s the question.

    Pour répondre à cette question, il serait utile d’analyser les ratios du congrès. D’abord, il n’y avait que 454 journalistes qui étaient là pour départager les 40 candidats qui se sont présentés. 8,8 % des votants étaient des candidats, ce qui constitue un pourcentage très élevé reflétant l’absence d’une élite syndicale qui est parvenue à fédérer le secteur.
    Il y a ensuite le taux élevé de bulletins nuls. 81 bulletins de vote n’ont pas été validés, soit 17,8 %, soit un bulletin sur six. Ce résultat pose des interrogations concernant la maîtrise des techniques d’élection et appelle la société civile (et les partis politiques) à prêter beaucoup d’attention à ce volet pour les prochaines élections de la Constituante. Si ce taux est de l’ordre de 18 % chez l’intelligentsia, qu’en sera-t-il pour le bon peuple ? Un apprentissage en bonne et due forme est sûrement nécessaire pour éviter un ras de marée de bulletins nul lors des élections de la Constituante.

    Enfin, nul ne saurait passer sous silence les résultats. Les deux premières candidates élues ont obtenu 204 voix, soit près de 55 % des voix validées (373), alors que le dernier candidat élu n’a obtenu que 94 voix, soit 25 % des voix. Ces ratios indiquent clairement que les voix ont été distribuées entre les candidats et qu’il n’y avait pas un véritable groupe influent. Un tel résultat montre clairement qu’une trentaine de voix aurait pu changer radicalement la composition du bureau si elle avait fait un autre choix. Ces derniers ratios constituent un fait significatif traduisant la fragilité de l’équilibre au sein de la nouvelle direction du SNJT.
    Les chiffres montrent qu’au-delà du fait que le quorum n’ait été atteint qu’avec des difficultés (les journalistes ont attendu plus de deux heures pour l’atteindre et entamer leur congrès), les scores des candidats élus ne sont pas très élogieux et appellent à faire prévaloir le consensus pour réunir la corporation autour de son syndicat. L’impératif de compromis est nécessaire pour que le syndicat parvienne à remplir le rôle qui lui est dévolu.

    Concernant ce rôle, il est important de revenir un peu sur les débats du congrès et sur les différends survenus entre les congressistes, notamment, la question de l’épuration du secteur des plumes dites ou qualifiées de compromises sous Ben Ali. Plusieurs intervenants ont menacé de publier une liste noire des journalistes corrompus par le régime déchu, pour attirer l’attention de leurs collègues sur l’impératif de ne pas les élire pour le nouveau bureau du SNJT.
    Une question se pose toutefois : La compromission est-elle personnelle et touche certaines plumes qui, une fois écartées, le secteur des médias reprend son poil de bête, ou, si la question est plutôt plus profonde ?
    Une réponse objective ne saurait qu’affirmer que la feuille de route de l’épuration n’a pas été encore établie. Par conséquent, il faut d’abord entamer ce travail stratégique basé sur une étude analytique des besoins du secteur pour s’affirmer et jouer son véritable rôle de 4ème pouvoir. Une évaluation est certes nécessaire ; une dénonciation des abus aussi. Mais, une réconciliation n’est pas à écarter une fois ces conditions objectives réunies.

    Les journalistes ne cherchent pas la vengeance, ni l’esprit revanchard. Ils cherchent plutôt à faire valoir leur droit à une presse libre et autonome après avoir subi les affres de l’oppression. Ceci passe certes par une évaluation du secteur et des abus du passé pour qu’ils ne se reproduisent pas. Mais ceci ne saurait exiger des abus similaires au nom de la révolution. Le secteur des médias a certes besoin d’un nouvel état d’esprit pour acquérir un nouveau statut digne de la révolution du 14 janvier. Mais, gare à la casse irréparable.

    La mission n’est certes pas facile à remplir. Il est toutefois permis d’espérer que les Néjiba Hamrouni, Saïda Bouhlel, Zied El Hani, Salma Jelassi, Ihsane Turki, Aymen Rezgui, Mongi Khadhraoui, Mohamed Béchir Chakakou et Thameur Zoghlami, sauront tirer leurs épingles du jeu et relever le défi de faire admettre le Syndicat national des journalistes tunisiens au club des journalistes incarnant le 4ème pouvoir.

    Crédit photo : TAP

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