Une réunion a eu lieu lundi 13 juin 2011 entre l’Association des directeurs de journaux et l’Instance nationale indépendante pour le secteur de l’information et de la communication.
La réunion, qui a duré trois heures, a permis de faire un tour d’horizon sur quasiment l’ensemble des problèmes rencontrés aujourd’hui par la presse tunisienne, les journalistes et les directeurs de journaux, ainsi que sur les relations des médias avec les partis politiques et le code de la presse.
Le débat a été franc et direct et il a été convenu d’organiser des ateliers thématiques entre les deux parties pour plancher sur chacun des problèmes évoqués.
Kamel Laâbidi, président de l’instance, a rappelé l’état des lieux et l’attitude adoptée par les directeurs de journaux sous Ben Ali.
Les autres membres de l’Instance ont évoqué la question de la rémunération des journalistes, l’indépendance des journalistes, la nécessité de créer des comités de rédaction au sein des journaux, etc.
Moncef Ben Mrad, président de l’association, a rappelé pour sa part les conditions dans lesquelles les journaux évoluaient et les pressions exercées par le pouvoir. « Nous avons notre part d’erreur, et nous nous excusons, mais nous ne sommes pas les seuls. Il m’est arrivé, au cours de conférences de rédaction, de demander aux journalistes de ne pas déformer la réalité lorsqu’ils rédigent leurs rapports à la police ! Plusieurs patrons de presse sont mouillés, c’est certain, mais plusieurs journalistes le sont également et ont faisait du zèle pour servir le régime et diffamer l’opposition. »
Il y a même des agents de police qui ont été affectés comme « journalistes » au sein des rédactions pour surveiller et le directeur et les collègues, vrais journalistes.
« Tout le monde est coupable, mais il y a des degrés de culpabilité », tout en réitérant ses excuses (au nom de ses collègues) et tout en rappelant les articles « audacieux » rédigés par les uns et par les autres et qui ont valu à chaque journal leurs lots de problèmes au lendemain même de la publication de ces articles.
Plusieurs membres de l’Association ont aussi rappelé les pressions exercées par le pouvoir (via l’ATCE et les entreprises qui frappaient à travers la publicité), les menaces de mort de Imed Trabelsi ou encore les intimidations de Sakher El Materi.
« Il y a ceux qui sont partis à l’étranger, ceux qui ont été mis en prison et ceux qui sont restés dans le pays, a indiqué un autre membre de l’association des directeurs de journaux. Et dans ce dernier lot, il y a ceux qui ont fait du zèle pour contrer, diffamer et insulter l’opposition et ceux qui ont fait du compromis sans se compromettre. « En tant que directeur de journal, j’aurai pu fermer boutique et j’avais de quoi vivre. Mais j’avais une responsabilité morale envers mes dizaines de salariés », a indiqué un membre de l’association.
Après avoir dressé l’état des lieux, les deux parties étaient bien d’accord qu’il faut regarder vers l’avenir, sans pour autant oublier le passé.
Ainsi, il a été convenu de créer un livre blanc pour dénoncer tous les abus sous l’ancien régime.
Les directeurs de journaux présents étaient tous d’accord que les journalistes doivent être bien rémunérés et être à l’abri du besoin et de toute tentation qui pourrait atteindre leur indépendance.
Le cas d’un quotidien de la place, qui n’emploie que deux journalistes permanents, a été évoqué et les directeurs de journaux ont dénoncé ce fait et appelé à ce que tout le monde respecte la charte déontologique, tout en rappelant qu’un journal est aussi une entreprise économique comme une autre et qu’il doit avoir suffisamment de ressources pour mieux rémunérer ses équipes.
Le secteur emploie quelque 5000 personnes, d’une manière directe et indirecte.










