Les délibérations, tiraient en longueur (plus de cinq heures) à la 5ème chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tunis, présidée par le juge Touhami Hafiène, lors de l’examen des deux affaires portées contre l’ancien président, dont une où son épouse est également accusée. La première porte sur le trafic de produits prohibés alors que la deuxième concerne l’enrichissement illicite.
L’audience s’est limitée à lire le texte d’inculpation et recevoir les observations des avocats qui ont demandé le report de l’affaire en raison, d’une part, de l’absence de la drogue saisie dont la quantité approche les deux kilos (1,770 kg) et, d’autre part, de leur ignorance du contenu des dossiers.
Auparavant, Me Nejib Ben Youssef, président de la section de Tunis du Conseil de l’Ordre des avocats s’est déclaré surpris par le désistement de Me Mohamed Rached Fray qui a été commis d’office il y a trois jours. ‘Me Fray a accepté sa commission d’office et s’est fait remettre le dossier de l’affaire’, a précisé Me Ben Youssef qui a néanmoins nominé trois autres avocats pour la commission d’office. Il s’agit des maîtres Béchir Mahfoudhi, Hosni El Béji et Amor Khémila.
Une fois désignés, les avocats ont entrepris leur mission en rejetant ‘le délit de fuite pour Ben Ali sur la base d’une absence de convocation au lieu de résidence’. Me Khémila réclame que ‘la cour adresse une convocation à Ben Ali par voie diplomatique dans les délais de rigueur’.
La Cour a rejeté ce raisonnement en se basant sur le fait que ‘les convocations ont été adressés aux accusés à leur dernière résidence connue, soit le palais de Carthage’. Le juge a confirmé que ‘Zine El Abidine Ben Ali et Leila Ben Ali sont bel et bien en fuite’. Suite à cette polémique sur les procédures, la Cour s’est retirée pour les délibérations.
A noter que les médias étaient fortement représentés à l’audience. Les télévisions ont été autorisées à filmer pendant une dizaine de minutes en début d’audience avant de leur demander d’éloigner les caméras. Toutes les radios et des dizaines de journalistes étaient présents à ce procès
Ceci n’a pas empêché des citoyens et des avocats de se rassembler devant le Palais de justice pour lever des pancartes et scander des slogans demandant l’extradition de l’ancien président et de son épouse. Certains slogans dénoncent même ‘une mascarade’ et ‘une parodie de justice’.
Rappelons que plus de 90 affaires sont en cours d’instruction contre l’ex-couple présidentiel et que ces deux affaires sont les premières à être examinées par la justice. La première impliquant uniquement Zine El Abidine Ben Ali et porte sur deux chefs d’inculpation, en l’occurrence la détention, l’achat, la consommation, la commercialisation et recel de drogue et installation d’espace pour la consommation, et l’introduction d’armes et de munitions sans autorisation ainsi que la détention de pièces archéologiques sans en informer les autorités compétentes.
La seconde affaire implique Ben Ali et son épouse Leïla Trabelsi, tous les deux en état de fuite. Elle porte sur les chefs d’inculpation d’abus de pouvoir, de détournement de biens publics et d’enrichissement illicite et de torts causés à l’administration publique, sachant que deux témoins ont été entendus à ce propos. Il s’agit de Taoufik Baccar, en sa qualité d’ancien gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie et d’Ahmed Khalil, ex-chef des services spécialisés au Palais de Carthage.
Concernant la défense, il est à signaler que les deux avocats étrangers censés défendre l’ex-couple présidentiel, n’étaient pas présents au tribunal. L’avocat libanais, Me Akram Azouri et l’avocat français, Jean Yves Leborgne n’étaient pas présents à la barre au-delà de la polémique sur leur droit à plaider dans une affaire par contumace, comme c’est le cas présent.










