Le long week-end a été calme en Tunisie. Bien calme. Mais la semaine en cette fin de mois de juillet, la dernière avant le mois de Ramadan, s’annonce cruciale sur la scène sociopolitique en Tunisie, aussi bien pour l’Instance supérieure indépendante des élections et la Haute instance que pour le gouvernement et les différents partis politiques.
Point de la situation et état des lieux…
Pour la première instance, celle des élections, elle semble avancer à pas résolus dans ses préparatifs au rendez-vous du 23 octobre. Et même, en dépit de l’accélération des inscriptions sur les listes électorales, on sera loin du compte le 2 août prochain, le coup est jouable puisque tout le monde pourra voter quand même, le jour j, dans les bureaux relavant du lieu de sa résidence mentionné sur sa carte d’identité.
Et tout le monde s’accorde à dire que le président de cette instance, Kamel Jendoubi, est en train d’effectuer, avec son équipe, un travail colossal pour mener à bien cette tâche et réussir le premier scrutin démocratique, transparent et neutre dans le pays depuis son indépendance.
Il faut reconnaître que le gouvernement transitoire est en train de remplir son rôle en mettant à la disposition de l’instance des élections toute l’aide matérielle et la logistique administrative nécessaires.
Le gouvernement provisoire, dirigé par Béji Caïd Essebsi, poursuit, lui aussi, son bonhomme de chemin dans la gestion des affaires courantes du pays malgré la situation précaire et fragile sur les plans sécuritaire, social et économique.
Ce gouvernement, qui ne cesse de répéter son engagement à quitter la scène dès le jour où une assemblée constituante sera en place à l’issue des élections du 23 octobre 2011, est souvent pris à parti par les différentes composantes de la scène, en l’occurrence les partis, les médias et les organisations militantes des droits de l’Homme.
Certains qualifient d’un véritable tour de force la réussite du cabinet de M. Caïd Essebsi à maintenir, tant bien que mal, l’équilibre socio-politico-économique. Un équilibre qui peut être rompu à tout moment.
Quant à l’Instance, à la dénomination trop longue, pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, elle continue à patauger et à faire face à des luttes intestines qui la rongent et la menacent, même de disparition.
Cette structure, qualifiée de « mal nécessaire », a eu le tort, selon les analystes, de vouloir brasser trop large et de s’approprier des prérogatives qui ne devraient pas être les siennes.
Composée de 172 membres, tous désignés, cette instance, dont l’activité devait être basée sur le principe du consensus et déboucher sur l’émergence de commission supérieure des élections, cette instance s’est vite transformée en « parlement ».
Du coup, l’Instance de Ben Achour s’est mise à vouloir contrôler et évaluer l’action du gouvernement et à élaborer les décrets et les lois.
De quel droit cette instance se met-elle à décider au nom du peuple qui ne l’a ni élue ni mandatée pour parler et agir en son nom ?
De quel droit cette instance se met-elle à légiférer et à s’ériger en parlement alors qu’elle ne devait avoir qu’un rôle consultatif ?
De quel droit cette instance se met-elle à confectionner des décrets et des lois alors qu’elle parvient, à peine, à réunir la moitié de ses membres, notamment après le retrait de plusieurs représentants de partis politiques et autres personnalités indépendantes.
Le cas du vote de la loi des partis où seuls 88 membres étaient présents sur les 172 est le plus frappant et démontrant le peu de sérieux dans le comportement de cette instance présidée par le juriste de renommée, Iyadh Ben Achour, qui a fait preuve de trop de suffisance dans ses derniers propos envers les partis et certaines personnalités indépendantes dont le magistrat Mokhtar Yahyaoui traité à la limite de la diffamation.
Et après la rupture avec Ennahdha, le CPR, El Majd et autres indépendants, un nouveau clivage avec le PDP de Nejib Chebbi est venu s’ajouter à la longue liste des litiges entre le président de l’Instance et certains de ses membres.
Et les partis politiques ? Ils sont au nombre de cent, mais deux dizaines à peine font parler d’eux et se manifestent à intervalles réguliers. Ainsi, Ennahdha, le CPR, El Majd, le PCOT, le CPR, le PDP, Ettajdid, Ettakatol, l’UPR, Afèk Tounes, Al Watan, El Moubadara, pour ne citer que les principaux, continuent à communiquer lors des différents événements et à peser sur le cours des événements dans le pays.
Toujours est-il que l’opinion publique ne cesse de les accuser d’agir selon des agendas, des calculs et des intérêts étroits tout en s’illustrant par leur absence lors des grandes crises.
Une question se pose concernant ce volet : Où sont les 80 autres partis ? Qui sont-ils et que représentent-ils ? Certains parlent d’une cinquantaine de soit disant petits partis, mais qui sont, en réalité, de petits groupes appartenant à des « restes » de l’ex-RCD, et qui pourraient, le jour J, fusionner ou former une large coalition.
Des questions, on peut en poser bien d’autres. Que se passe t-il au sein de la corporation des magistrats et des avocats ? Que se passe t-il au sein de la corporation des journalistes ?
Concernant ces corps de métier, il est temps qu’on arrête ce phénomène, nuisible pour tous, à savoir la médisance et les diffamations gratuites. En effet, tout le monde accuse et diffame tout le monde, sans la moindre preuve et dans l’impunité la plus totale.
Il suffit qu’on s’appelle Mohamed Abbou, à titre d’exemple et pour ne citer que ce cas notoire, pour qu’on se permette de dénigrer 1700 magistrats auxquels il colle les pires qualificatifs. On se demande si, dans les pays les plus démocratiques, un avocat – donc censé être un homme de loi – peut se permettre de dénigrer des magistrats, parfois en les nommant, en toute impunité malgré l’absence de preuves tangibles ?
Comme on le constate, le paysage sociopolitique n’est pas reluisant. Et certains continuent à mettre cela sur le compte de la période transitoire, donc exceptionnelle. Mais jusqu’à quand ? Car une telle précarité de la situation peut générer les pires dérapages.
C’est dire que l’heure reste délicate et toutes les parties prenantes sont appelées à se serrer les coudes jusqu’au 23 octobre qu’on espère une vraie délivrance pour tout le peuple, enfin maître de sa destinée grâce à des élections libres et démocratiques.










