Les policiers, ces mal aimés de presque tout le monde sont-ils aussi « mauvais » qu’on le dise ? Pourquoi les relations entre citoyens et agents de sécurité sont-elles aussi détériorées ? Pourquoi les rapports entre entre les agents de l’ordre et les journalistes sont-ils aussi tendus, notamment depuis l’avènement de la révolution du 14 janvier ?
Autant de questions et bien d’autres auxquelles journalistes et agents de sécurité ont essayé de répondre lors d’un débat franc, direct et sans fioritures qui s’est déroulé à l’occasion d’une conférence organisée, le samedi 30 juillet 2011 à l’initiative du syndicat des fonctionnaires de la direction générale des unités d’intervention, plus communément connues sous l’appellation de la Brigade de l’ordre public (BOP), dans les locaux mêmes de cette direction.
Les responsables du syndicat ont tenu à mentionner qu’ils sont conscients des mauvais rapports dus, notamment, à des malentendus et, surtout, à cette fameuse loi n°4 qu’il faut absolument réviser. Après tout, les policiers ne faisaient qu’appliquer la loi, et vu leur statut, ils se trouvaient dans l’obligation d’appliquer cette loi et d’obéir aux « ordres et aux consignes » sous peine de subir les foudres des supérieurs, sous formes de sanctions diverses allant de la mutation disciplinaire à la révocation.
Cette conférence-débat, qui a permis d’avoir un aperçu sur l’organisation et l’organigramme de la direction générale des unités d’intervention, notamment la brigade anti-terroriste, s’est transformée en une sorte de conférence de presse. Il faut dire qu’il s’agissait d’une première du genre, puisque les représentant des médias nationaux, venus d’ailleurs en grand nombre, avaient l’occasion de poser les questions qu’il veulent et d’avoir des réponses, souvent, claires et sans détours.
Des remarques s’imposent à partir de cette rencontre. Tout d’abord, on a été agréablement surpris par le niveau intellectuel, le sens de la logique et le sens humain des cadres de la sécurité. En effet, ils ont réitéré qu’ils avouent leurs erreurs du passé, qu’ils présentent leurs excuses à tous ceux qui auraient pu être lésés ou touchés et qu’ils feront tout pour épouser la nouvelle étape vers la démocratie.
Ils promettent, à l’avenir, des formations adéquates des agents afin qu’ils composent selon les règles d’usage et dans le respect du citoyen, l’objectif étant d’asseoir une nouvelle relation fondée sur le respect mutuel et partant du principe que la police est au service de la sécurité des Tunisiens.
Les responsable du syndicat des fonctionnaires de la direction générale des unités d’intervention ont, mis l’accent sur la nécessité d’accorder un intérêt majeur et essentiel à la formation et au recyclage aussi bien des agents de la sécurité que des journalistes. Ils ont réitéré leur volonté de revoir leurs méthodes de travail et de réaction à l’égard des représentants de la presse qui, selon eux, doivent, impérativement porter des signes distinctifs, plus précisément un dossard.
Les journalistes ont, pour leur part, insisté sur le l’obligation d’observer un respect mutuel de la nature du travail de chaque partie. Ils ont souligné l’impératif de clarifier les rapports et d’instaurer des lignes rouges qu’aucune des deux parties ne doit franchir aussi bien lors des situations normales qu’en période de perturbation et de tension.
En réponses aux questions des représentants des médias, les cadres syndicaux des policiers ont évoqué, bien entendu, ce qui s’est passé durant la période allant du 17 décembre jusqu’au 14 janvier et jours suivants.
Ils ont assuré que les unités d’interventions ont eu « un rôle positif » pour accompagner et faire réussir la révolution tout en promettant, de révéler, après le scrutin du 23 octobre 2011, tout ce qui s’est passé le 14 janvier avant de préciser que c’est une équipe de ces unités d’intervention qui a pris l’initiative et, surtout, un risque énorme d’arrêter les membres de la famille des Trabelsi qui s’apprêtaient à quitter le pays, puisque Ben Ali était encore et théoriquement président de la République.
Les mêmes cadres policiers ont évoqué les épisodes des différents sit-in de la Kasbah, plus particulièrement le deuxième en soulignant que les unités avaient bien reçu des ordres précis pour mettre un terme au rassemblement, puis ils étaient surpris par les propos de Farhat Rajhi qui les a accablés.
Sur ce volet, ils ont laissé entendre que le passage de Rajhi était entaché de beaucoup de zones d’ombres et laissait derrière lui plusieurs points d’interrogation, dans le sens où il a tout fait pour noircir l’image des forces de sécurité vis-à-vis des citoyens.
On n’oubliera pas le jour où il a prétendu que deux à trois mille policiers l’avaient attaqué au sein même du département de l’Intérieur alors qu’ils étaient à peine 150 agents venus discuter des promesses matérielles.
Du coup, il a vidé le ministère de 46 de ses hauts cadres, ajoutent-ils, et a tenu des propos à faire régner la terreur et la psychose de la peur chez les citoyens en prétendant que ces 2 à 3 milliers policiers se sont répandus à travers le pays pour terroriser les Tunisiens.
D’autre part, ils ont démenti catégoriquement l’existence de snipers tout en faisant part de la propagation des rumeurs en ces journées d’après le 14 janvier affolant ainsi citoyens et agents de sécurité et militaires qui se trouvaient tiraillés par les appels, la plupart du temps, « mensongers ».
Ce qu’on retient de cette rencontre inédite, c’est la volonté sincère des forces de sécurité de se réconcilier avec les citoyens tunisiens et d’accomplir, dorénavant, leur mission selon les règles des droits humains. Ils appellent, en même temps, les médias à observer un peu plus de neutralité et à éviter le côté sensationnel.
Autrement dit, chaque partie est appelée à mettre un peu du sien pour parvenir à une entente consistant à ce que chacune accomplisse son travail selon la déontologie et l’équité morales. Et c’est justement dans cet esprit que l’idée de mettre au point une charte de conduite entre les journalistes et les forces de l’ordre a trouvé un bon écho chez les deux parties avec la promesse de concrétiser cela lors des prochaines rencontres qui devraient avoir lieu entre elles.










