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Tunisie – La ruée des indépendants sur la constituante

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    A quelques heures de la fermeture des candidatures pour les élections de l’assemblée constituante qui se dérouleront le 23 octobre prochain, les indépendants se font remarquer fortement en présentant environ deux cents listes dans les différentes circonscriptions, soit environ quarante pour cent de l’ensemble des listes présentées jusqu’à maintenant.

    Cet engouement des indépendants pour les élections était prévisible depuis quelques mois et s’expliquerait par des facteurs historiques, structurels et de circonstances. Les indépendants ont toujours intégré le paysage politique tunisien dans un contexte de verrouillage systématique du champ politique pratiqué par les régimes de Bourguiba et de ben Ali. Ils ont investi les organisations et les associations de la société civile en l’absence de toute possibilité d’action politique. Même les militants des partis politiques non reconnus ont été astreints à agir sous la bannière des indépendants pour se prémunir un tant soit peu de la répression policière qui sévissait dans le pays.
    Et même quand les partis politiques ont proliféré comme c’est le cas de notre pays après la révolution du 14 janvier 2011, leur manque d’efficacité et leur enlisement dans des querelles et des considérations sectaires et partisanes qui ne prennent pas compte les aspirations du peuple tunisien et de sa jeunesse, les indépendants ont continué à occuper la scène politique en posant les questions de fond et les problématiques essentielles de la phase de transition démocratique.

    Ce sont les indépendants qui ont en effet guidé la fronde contre le gouvernement de Mohamed Ghannouchi. Ce sont eux aussi qui ont appelé à la signature d’une charte républicaine et c’est les indépendants qui se sont intéressés les premiers au contenu de la prochaine constitution allant pour certains d’entre eux jusqu’à proposer dès maintenant des projets qui pourraient constituer une bonne base de travail pour les membres de l’assemblée constituante et leur éviter de tergiverser trop longtemps sur un texte aussi fondamental soit-il.
    Il était tout à fait prévisible donc que leurs candidatures soient aussi nombreuses aujourd’hui, ce qui ne préjuge de rien de l’importance de leur présence effective au sein de la prochaine constituante. Cela reste en effet du ressort des citoyens qui auront à accorder leurs voix à ceux qu’ils choisiront pour les représenter le 23 octobre prochain. Mais parions que les indépendants auront une présence conséquente sous l’hémicycle ce qui ne sera pas une mauvaise chose, au contraire. Les partis politiques continueront en effet à tirer le drap vers eux, chacun de son côté, et les indépendants seront là pour modérer les ardeurs, recentrer les débats pour éviter qu’ils dérapent et veiller à ce que l’assemblée finisse, tant bien que mal par nous proposer au bout de quelques mois un projet de constitution consensuel.

    Il serait toutefois, tout aussi erroné de voir les indépendants comme des chevaliers montant leurs chevaux blancs, brandissant leurs épées pour sauver la révolution. Les indépendants ne sont pas une entité homogène. Au contraire, parce que ce sont des indépendants, on trouve de tout parmi eux. Il ya les indépendants convaincus, ceux pour qui l’indépendance est une attitude intellectuelle constante. Il ont certes un projet à défendre mais se refusent en temps normal de s’associer à des programmes politiques qui restent du ressort des partis qui sont les actants naturels et fondateurs de toute vie politique saine. Il y a aussi les indépendants en standby. Ceux là attendent en position d’assaut pour profiter de toutes les opportunités qui se présenteront à eux. En fait, ils ne sont pas des indépendants typiques mais des militants politiques qui cherchent à se positionner et qui finiront un jour ou l’autre à intégrer un parti politique ou à créer leurs propres organisations politiques. Il ya même les faux indépendants qui sont en vérité des militants politiques dont les affinités et les appartenances partisanes et idéologiques sont évidentes mais qui ont choisi, pour des considérations électorales ou parce qu’ils sont momentanément en froid avec la direction de leurs partis, de se présenter sous la bannière des indépendants. Ils prennent bien sûr un risque réel en cas d’échec de leurs manœuvres mais s’ils réussissent leur coup, ils détiennent un atout important pour se repositionner au sein de leurs structures d’origine.

    C’est dire combien la bannière des indépendants peut être générique et masque des disparités assez importantes. Mais une chose est sûre, c’est que les indépendants profitent, comparés aux candidats des listes partisanes d’une visibilité plus grande, d’un capital sympathie plus conséquent et d’un sentiment de proximité ressenti à leur égard au sein de la population.

    Ces atouts leur profiteront pour garantir une présence, qui avoisinerait selon les dernières analyses, le tiers des sièges de l’assemblée. Si ce pronostic venait à s’avérer exact le soir du 23 octobre, et si réussissent à jouer leur rôle de force de régulation au sein de la constituante, on pourra dire alors que les indépendants auront sauvé la phase de transition démocratique.

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