Par Mustapha MEZGHANI*
La Tunisie est le premier pays arabe à vivre des élections libres et transparentes et devant instaurer une démocratie que nous espérons tous durable.
Cette démocratie, tant attendue, donne le droit au peuple de se prononcer et de voter pour ses représentants et donne à la majorité le droit, voire la lourde responsabilité, de gouverner, que cette majorité soit issue d’un seul parti ou d’une coalition formée de partis et/ou d’indépendants. Cette démocratie, en même temps « confie » à la minorité la lourde charge de l’opposition.
N’oublions pas que le principe de la démocratie est de mettre en face de tout pouvoir un contre pouvoir et de donner aux média un quatrième pouvoir. Ce quatrième pouvoir, les médias, qui ont découvert la liberté d’expression depuis quelques mois se doivent de ne pas la perdre et de rester objectifs. Il est vrai que certains, faute d’expérience ont mal usé de cette liberté d’expression, mais nous espérons qu’ils sauront rapidement y remédier. Ce qui par contre serait fortement néfaste, c’est que certains médias, et plus particulièrement les médias nationaux, oublient leur devoir d’objectivité et reviennent à leurs anciennes habitudes de « lèche-bottes » s’appliquant à mettre en valeur les actes de ceux qui sont au pouvoir et à dénigrer ceux de l’opposition, allant dans le sens de la diffamation voire de l’insulte. Les prémisses ont déjà commencé et nous espérons que les excuses faites récemment par la Télévision Nationale sont sincères et serviront de leçon à tous les médias hésitants.
Chacun de la majorité ou de la minorité, doit assumer sa responsabilité.
Dans ce sens mettre en place un gouvernement d’union nationale est un non sens et serait antidémocratique. Mettre en place un gouvernement d’union nationale reviendrait à un retour en arrière et reviendrait à destituer le 7 novembre 1987 par une révolution et le ramener par les urnes, car, contrairement à ce qui a été annoncé par M. Jebali, Secrétaire Général du Mouvement Ennahdha, à la télévision, le Gouvernement d’Union Nationale n’est pas l’abolition du parti unique, bien au contraire, c’est sa restitution.
En effet, la mise en place un gouvernement d’union nationale qui regrouperait tous les partis de la constituante empêcherait le développement de la démocratie vu que les compositions qui sont dans le gouvernement ne pourront plus se permettre de critiquer, dans le sens positif du terme, les actes et faits dudit gouvernement. La mise en place d’un gouvernement d’union nationale abolirait la notion d’opposition. Un tel appel est d’autant plus étonnant qu’il provient d’Ennahdha et du CPR, deux partis qui ont toujours fait, de par le passé, l’apologie de l’opposition et qui ne rataient aucune occasion pour rappeler la nécessité d’en avoir une. Pourquoi voudraient-ils aujourd’hui aller vers la thèse contraire et appeler à un gouvernement d’Union Nationale ? Pourquoi ne voudraient-ils pas d’une opposition ? Pourquoi auraient-ils donc changé d’avis ?
Pourquoi est-ce que la majorité, composée d’Ennahdha et du CPR, détenant à eux seuls plus de 55% des sièges de la constituante et atteignant les 65% si le FTDL venait à se joindre à eux, auraient besoin de recourir à un gouvernement d’Union Nationale. Manqueraient-ils de compétences ?
Je ne pense point que ces partis manquent de compétences, bien au contraire. Ces partis sont composés de toutes les composantes de la société, y compris de l’élite. Ces partis disposent de compétences de très haut niveau, capables de diriger le pays et ses différents ministères. Alors pourquoi un gouvernement d’union nationale ? Est-ce pour museler la bouche des formations politiques qui seraient avec eux au gouvernement ?
Et si je me trompais et qu’ils ne disposaient pas des compétences nécessaires en leur sein ? Je reste persuadé que je me trompe, mais, auquel cas, ils auraient su comment tromper ceux qui ont voté pour eux. Si cela était vrai, alors pourquoi tenir à diriger le gouvernement ? Pourquoi appeler à un gouvernement d’union nationale, est-ce pour avoir des boucs émissaires en cas d’échec ? Si c’est le cas, au lieu d’appeler à un gouvernement d’union nationale, la majorité n’aurait qu’à quitter le gouvernement et laisser les autres gouverner. Elle prendrait alors la position « confortable » d’opposition, ce qu’elle a su très bien faire de par le passé.
Même si je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi est-ce que la majorité appelle à un gouvernement d’union nationale, je demeure certain que mettre en place un gouvernement d’union nationale reviendrait au retour du parti unique.
*Mustapha Mezghanni est le secrétaire général du Parti Afek Tounes










