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Les 500 pages de scandales de la Commission de corruption

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    A l’occasion de la publication du rapport issu des travaux d’investigation et d’enquête, la Commission nationale d’investigations sur la corruption et les malversations a tenu, vendredi 11 novembre, une conférence de presse, prenant l’aspect d’une cérémonie de couronnement de ses travaux. Il ne s’agit, évidemment, pas de la fin de ses travaux, mais d’une rencontre avec les médias afin de leur faire part de ce rapport sous forme de livre de près de 500 pages et de bribes de son contenu. Les affaires traitées par cette commission, au nombre de 5000, sont très variées au point «qu’aucun domaine n’a été épargné», selon un des membres de cette commission, Néji Baccouche.
    Un rapport nous a été remis qui révèle de très nombreuses affaires, mais qui a tendance à tomber dans la recherche du sensationnel et du spectaculaire en présentant certains faits, paraissant, à première vue, « énormes », mais qui, à bien y regarder, se révèlent ordinaires voire anodins.

    Le livre, volumineux de 345 pages formant le rapport, suivies de 142 pages en annexe sous forme de copies de lettres, de fax, de procès verbaux d’avocats, de photos, de relevés bancaires et de divers autres documents et photocopies, comporte deux grandes parties, l’une consacrée au fruit des investigations entreprises, l’autre propose des mesures préventives futures. Les transgressions commises par la famille de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali ont touché l’immobilier, la transformation de la vocation des terrains, les transactions et appels d’offres publics, la privatisation, la communication, l’audiovisuel, le secteur bancaire et financier, l’abus de pouvoir, les dépassements judiciaires, le détournement de biens publics, les autorisations administratives, la fraude fiscale et le détournement de pièces archéologiques. Bref, tout ce qui pouvait rapporter ou sentait l’odeur de l’argent ayant transité par le clan Ben Ali et des membres de l’ancien régime.

    Les exemples cités en annexes sont si divers et si incroyables, qu’on en a l’embarras du choix. Sauf que certains documents démontrent des détournements de sommes colossales, alors que d’autres ne dépassent pas le fait d’être des anecdotes qui frôlent le ridicule.
    Entre autres, le secteur de l’audio-visuel a fait l’objet d’audit et d’investigations, faisant ressortir des faits et agissements supposés connus mais d’autres loin d’être soupçonnés. Larbi Nasra fondateur de Hannibal TV, par exemple, avait sollicité l’Etat à inciter les sociétés privées à soutenir la chaîne, a demandé l’intervention de l’Etat auprès de la STB pour plus de «compréhension» dans le remboursement des créances de Hannibal TV. M. Nasra a demandé l’exonération ou le report de la dette fiscale (soit 2 millions de dinars par an) pour une nouvelle période, et l’exonération de la chaîne du paiement des sommes dues à l’Office National de la télédiffusion. A ces quatre requêtes, l’ancien président avait répondu favorablement exception faite de la première indiquant qu’il ne s’ingère pas dans le secteur privé.
    Autre exemple, celui de la chaîne Al Moustakilla, de la nouvelle star politique, Hachmi Hamdi. Dans une lettre adressée à Ben Ali, datée du 11 décembre 2009, M. Hamdi avait demandé la permission de programmer sur son plateau de télé à Londres une série de débats s’étalant sur une semaine, intitulée : « Entre la charte nationale et le discours du sermon du deuxième mandat du président Ben Ali ». Une lettre, fourrée de propos mielleux, faisant l’éloge du président et promettant de sauvegarder sa renommée.

    Dans une lettre avec l’entête de l’UGTT et adressée à Zine El Abidine Ben Ali, Abdessalem Jrad, SG de l’UGTT, sollicite l’intervention présidentielle au profit d’un jeune bachelier afin de le réorienter à la section de pharmacie. Cette demande a bénéficié de la mention « prière de l’aider » par Ben Ali. Le secrétaire général de l’UGTT avait-il besoin d’une intervention présidentielle pour un coup de pouce à un étudiant à qui il manquait 3,65 points au score pour être accepté en pharmacie ?
    Par ailleurs, dans le cadre des appels d’offres publics et précisément concernant un projet de location de terres agricoles appartenant au Domaine de l’Etat (SMVDA), 7 offres ont été déposées pour une ferme « Kalboussi1 » à Menzel Bouzelfa, dont celle de Taïeb Zahar, directeur de Réalités. Ce dernier avait proposé une bonne offre de prix, sauf que sa candidature n’a pas été retenue. Motif : «tendance politique gauchiste». Par contre, un certain Moez Mejri a remporté le marché, malgré une offre inférieure, parce qu’il est l’associé de l’épouse d’Abdelhamid Slama, ancien conseiller à Carthage, selon le même document. Ca en dit long sur les pressions directes et indirectes exercées sur les patrons de presse que certains néo-révolutionnaires lynchent à longueur de journées.

    Ben Ali s’occupait même de l’octroi des licences des boissons alcoolisées. Un tableau mentionne le demandeur, l’avis de la commission spécialisée, celui du ministère de l’Intérieur, celui du secrétariat de la présidence et enfin celui de l’ancien président. Ben Ali suivait les avis donnés pour chaque cas dont l’un concernant un hôtel qui s’est vu refuser l’autorisation pour cause de fréquentation des lieux par des vacanciers en famille.

    Sur le plan institutionnel, un document avait comme objet une demande d’implantation d’un Bureau de l’organisation «Transparency International» en Tunisie. Une demande à laquelle l’ancien ministre de la Justice Béchir Tekkari avait donné un avis favorable, sauf que Ben Ali l’avait refusée pour cause de « non utilité pour la Tunisie, ce sera un nouvel intrus qui se mêlera de nos affaires internes ».
    Un autre sujet qui avait beaucoup intéressé l’opinion publique, et dont Ben Ali s’occupait en personne, est celui des quotas des voitures de tourisme pour 2010. Kia, appartenant à Sakher El Materi, a vu son quota rectifié vers la hausse par le président en personne de 2500 à 3000, Fiat (du groupe Mabrouk, gendre du président) également augmenté de 4100 à 4300 véhicules. Alors que Dacia (Moncef Mzabi) ou BMW  (Mohamed Ben Jemaa) ont vu leurs quotas diminués, bien que les commissions spécialisées aient clairement indiqué que ces deux concessionnaires méritaient amplement leur quota, voire davantage.

    Par ailleurs, et au cours de la conférence de presse, le récit digne d’un « mille et une nuits » des membres de la commissions fait ressortir des surprises et des trouvailles. En effet, ils nous ont parlé de caves sous-terraines, au dessous de la piscine du palais de Sidi Dhrif, où un stockage incroyable et incompréhensible a été découvert. On se croirait dans les dépôts d’un hypermarché, a-t-on déclaré. On parle d’une cinquantaine de cuvettes de toilettes emballées, de dizaines d’appareillages électroménagers divers, des stocks de draps et linge de maison par milliers, ou encore le millier de paires de chaussures de Leila Trabelsi, «signées» Yves Saint Laurent ou Dior.
    Ceci étant, il ne faut certainement pas oublier les pièces archéologiques très précieuses dont certaines datent du 8ème siècle A.J qu’on a découvertes au palais.

    «Il y a de quoi avoir honte de notre passé !» a conclu un des membres de la commission. Il est évident que les abus commis ont dépassé toute attente et toute logique. Mais, il serait plus constructif de ne pas s’attarder sur les faits ridicules et presque enfantins tout en se penchant sur les dossiers lourds qui affectent l’économie nationale. Nous y reviendrons.

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