La Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l’Information a invité Kamel Morjane, le samedi 12 novembre 2011, afin de conférer autour du thème des «défis de la réconciliation nationale pour construire une Tunisie nouvelle». Une assistance nombreuse était au rendez-vous, dont notamment des chercheurs, des académiciens, des politiciens. Parmi ces derniers, on citera l’ancien ministre sous Bourguiba, Mohamed Sayeh.
Après une brève introduction d’Abdeljelil Temimi, Kamel Morjane a pris la parole pour préciser que le thème de la rencontre lui a été proposé par la Fondation et qu’il ne s’agit pas pour lui de passer un message personnel mais d’exposer sa vision des défis liés à la réconciliation.
Il a rappelé, à cette occasion, qu’il était le seul parmi les anciens politiciens à s’être excusé auprès du peuple tunisien pour son silence face aux abus commis par l’ancien régime. M. Morjane a, par la suite, affirmé que la réconciliation nationale est une condition sine qua none pour réussir la révolution. Cette réconciliation, étant devenue une notion philosophique, devrait être remise, toutefois, dans son contexte. Il s’agit d’une ambition politique liée à une réalité concrète.
La réconciliation commence par l’instauration d’un dialogue constructif. Kamel Morjane a cité plusieurs exemples, dont celui de la France du général De Gaule et de l’Afrique de Nelson Mandela, tous deux ayant fait preuve d’une grande générosité et d’une grande capacité de passer l’éponge.
La proposition de M. Morjane consiste à commencer par créer des commissions d’investigations afin de faire toute la lumière sur les vérités.
Les poursuites, et les sanctions sont du ressort des autorités judiciaires. Ensuite, vient l’étape de regain de la confiance qui s’acquiert par l’indemnisation, la réintégration, la prise en charge, les soins et l’encadrement des victimes. Des nominations symboliques ainsi qu’un musée de mémoire pourraient, aussi selon lui, contribuer à ce regain de confiance. En dernière phase, des mesures préventives contre le retour des abus nécessiteraient des réformes institutionnelles afin d’abolir toute source de conflits ou d’abus.
En marge de cette même rencontre, des questions diverses ont été traitées par les présents et leur invité. Des intervenants dont un historien, une enseignante universitaire, un psychiatre et également un ancien destourien, un militant révolutionnaire et un membre islamiste de l’association Insaf, ont pris part au débat. Une idée prépondérante a été mentionnée, s’agissant du fait que la réconciliation nationale doit commencer par une réconciliation avec le passé, avec la mémoire populaire. Les Tunisiens devraient sortir de cette «amnésie collective » ou « amnésie mémorielle» en commençant par une revue des erreurs et des crimes du passé.
Kamel Morjane, réagissant à une question concernant «son retour précipité à la scène politique», a affirmé qu’il était libre de son action et que le jour où il quitterait la politique, il le ferait de son propre gré et de son propre choix.










