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Pour un gouvernement capable de réussir la transition économique

Au-delà des spéculations sur le nombre de portefeuilles qui composeront le gouvernement de Hamadi Jebali, il est nécessaire qu’il soit en mesure de réussir la transition économique. Pour le moment, ce qui est clair, c’est que sa structure repose sur un puissant chef de gouvernement disposant de bon nombre de ministres dans son sillage à la Kasbah, qui s’intéressent à tous les domaines.

Jebali a donc choisi le même schéma que Ben Ali avec un mini-gouvernement qui siège en permanence à la Kasbah (au lieu de Carthage). Il se pourrait bien que la dizaine de ministres annoncés, auprès du Chef de gouvernement, soit réduite à trois ou quatre officiels, alors que les autres passeraient aux grades de conseillers au cabinet (avec rangs et rétributions de ministres). Mais, tel n’est pas le problème, avec une telle conception, la décision serait ultra-centralisée avec des ministres-conseillers, nommés dans l’équipe gouvernementale, qui siègeraient au Conseil des ministres, ou qui dicteraient les décisions à prendre, comme ce fut le cas avec le ‘gouvernement des conseillers’, super-ministres du temps de Ben Ali.

Une autre remarque s’impose d’elle-même. Le gouvernement annoncé regorge de visages emblématiques de la Troïka, aussi bien ceux d’Ennahdha, que du CPR ou d’Ettakatol. Les gouvernants n’ont trouvé que des politiques à proposer pour des ministères aussi techniques que le Transport, le Tourisme, la Formation, ou les Finances.
Dans la liste des noms ayant circulé, aussi bien ceux appartenant à Ennahdha, ou à ses alliés de la Troïka, il y a en premier lieu des dirigeants politiques en commençant par Hamadi Jebali, qui est entouré de Noureddine Bhiri, Ali Laârayedh, Samir Dilou, Karim Harouni, Moncef Ben Salem et Abdellatif Mekki, côté Ennahdha, les lieutenants de Marzouki, Mohamed Abbou et Abdelwahab Maâter, côté CPR, tout comme Khelil Ezzaouia et Abdellatif Abid, côté Ettakatol.
Le militantisme politique l’a, semble-t-il, emporté dans le choix des ministres. Ils sont certes tous des diplômés de l’université. Mais, est-ce suffisant pour assumer un portefeuille ministériel ?
Devrait-on attendre l’heure du bilan pour savoir si un tel profil répond aux impératifs de la situation dans un pays faisant face à une crise sociale doublée d’une crise économique ? Le choix des ministres doit prendre en considération la nécessité d’être immédiatement opérationnel, pour un souci de résultat. La situation n’attend pas.
A cet effet, il suffit de rappeler que parmi les défis majeurs que le nouveau gouvernement est appelé à relever, figurent, sans aucun doute, l’emploi et la révision d’une politique sociale qui a longtemps consacré la marginalisation et l’exclusion. La révolution tunisienne est, entre autres, une réaction violente à l’échec total des approches de développement adoptées sous l’ancien régime.

L’emploi constitue, certes, le principal dossier qui préoccupe la nouvelle classe dirigeante dans la mesure où l’augmentation du taux de chômage menace la stabilité du pays et influe négativement sur la relance économique. Il faudrait donc apporter des solutions urgentes à cette problématique, en commençant dès maintenant par des signaux forts d’intérêt à cette question. Certains observateurs considèrent que la réussite du nouveau gouvernement dépend de la manière avec laquelle sera traité le dossier brûlant de l’emploi. Pour le moment, le nombre des chômeurs n’a fait que croître en passant de 491.000 en 2010, à 704.000 en mai 2011.
Le chômage a pris de l’ampleur au lendemain de la révolution en raison de la régression économique, marquée par la fermeture de plusieurs entreprises et le licenciement d’un grand nombre d’employés. Près de 130 mille ouvriers ont été renvoyés et 200 investisseurs étrangers ont quitté le pays, alors que 250 sociétés étrangères ont abandonné leurs projets d’extension.

Le gouvernement doit faire face d’urgence à cette situation qui est, selon les économistes, très difficile à surmonter à court terme, car elle est aggravée par la conjoncture internationale, notamment en zone Euro, principal partenaire de la Tunisie et importante source d’investissements directs étrangers.
On entend certes dire que la commission économique et sociale issue de la Troïka a affirmé que des consultations régionales et nationales seront organisées sur les grands dossiers dont celui de l’emploi. Mais dispose-t-on d’autant de temps pour faire ces consultations et l’on s’interroge, surtout, si le maintien par la Troïka des mêmes choix économiques serait la bonne solution.
D’autres interrogations portent sur le système d’impôts en Tunisie qui mérite d’être transformé de fond en comble dans la mesure où plus de 70 % des impôts directs prélevés proviennent du système de la retenue à la source, qui frappe essentiellement, les salaires. En somme, ce sont les salariés dont le revenu est soumis à la retenue à la source, ainsi que les entreprises soumises au régime réel qui supportent l’essentiel de la charge fiscale au titre des impôts directs. Les spécialistes considèrent qu’il s’agit ‘d’une concurrence déloyale et un frein à l’investissement et à la compétitivité de l’entreprise tunisienne’.

Les spécialistes constatent que l’environnement du travail est surtout marqué par la concurrence déloyale exercée par le marché parallèle, l’évasion fiscale, la non-contribution à la sécurité sociale, la contrefaçon et les pratiques anticoncurrentielles. Ces maux ne peuvent aider au développement d’un tissu sain de PME. Le nouveau gouvernement est appelé à veiller à contrer cette situation. Un ministre est censé être l’une des personnes clés pour concevoir et gérer le nouveau système. Un politique saurait-il assumer ce rôle ?
La Tunisie est appelée à tirer des leçons des expériences vécues partout dans le monde avant de lancer sa propre expérience. Une chose est certaine, jusqu’à présent, l’échéance de transition politique s’est bien déroulée, grâce en grande partie aux institutions déjà en place et à la bonne volonté du peuple, aux gouvernants maintenant de prendre les bonnes décisions afin de réussir la transition économique.
Le gouvernement n’a pas de droit à l’erreur. Le peuple est aux aguets. Il ne pardonnera pas.

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