La création de la valeur dans les établissements financiers résulte principalement d’un mélange de facteurs qualitatifs d’une part, principalement liés aux aspects stratégiques et organisationnels et quantitatifs, d’autre part, qui touchent à l’arbitrage financier, la croissance et la profitabilité.
En cette période économiquement critique, par laquelle passe la Tunisie, il est devenu primordial d’analyser et comprendre la contribution de chaque facteur dans la création de la valeur totale, afin de trouver l’équation adéquate pour absorber les déficits et retrouver un taux de croissance acceptable pour la Tunisie.
Dans ce cadre, une étude a été réalisée par la Banque d’affaires de Tunisie (BAT) sur la création de la valeur dans les établissements financiers. Inspirée d’un modèle analytique développé chez la BAT, cette étude reprend chaque facteur de la création de valeurs selon sa contribution.
Sur un premier plan, l’étude relève une importante croissance tout au long de ces dernières années, dépassant celle du marché. Cette performance boursière du secteur bancaire influe largement celle de l’indice de référence du marché, vu que le secteur bancaire représente 57% du Tunindex.
D’ailleurs, l’année 2010 est, selon les analystes, l’année de la spéculation par excellence, malgré la détérioration des marges. En effet, cette détérioration, liée à la baisse significative des marges nettes des établissements financiers notamment les banques, a été le facteur le plus destructeur de valeur en 2010 pour 75% des banques et des compagnies de leasing.
Un constat qui, s’ajoutant à la situation économique actuelle de la Tunisie, a conduit les analystes à anticiper des prévisions financières pour les banques de la place pour l’année 2011 en dessous de celles des années précédentes. De plus, les provisions constatées feront en sorte que les résultats nets des banques vont connaître systématiquement un repli par rapport à l’année 2010.
4 banques de la place, à savoir la BT, la STB, la BIAT et la BH, souffrent d’une dégradation des marges nettes très marquée sur la période de l’étude. Une décroissance qui cause une destruction de valeur très importante pour les actionnaires.
L’étude relève, d’autre part, que le secteur du Leasing est plus générateur de valeur que le secteur bancaire, avec des moyennes respectives de 51 et de 46, 5%.
Ce secteur a d’ailleurs enregistré, dans sa globalité, une nette amélioration des marges nettes (35, 2% en 2007 contre 51, 3% en 2010) contrairement au secteur bancaire qui offre des marges nettes largement inférieures de presque la moitié (19, 5% en 2007 contre 22, 2% en 2010).
Des affirmations qui démontrent, selon les analystes, que pour l’ensemble du secteur des services financiers, la spéculation apparaît comme étant la principale source de création de valeur dans 51% des cas, suivie par l’effet de la croissance des revenus dans 31% des cas, alors que l’amélioration de la profitabilité ne représente la principale source de création de valeur que dans 17% des cas.
Par ailleurs, la détérioration des marges et la baisse de la profitabilité a été l’élément le plus destructeur de valeur pour près de 50% des observations qui concernent le secteur bancaire contre 20% pour les compagnies de Leasing. Ce constat est plus marqué pour les 4 banques su-citées, qui semblent en mal de maîtriser leurs marges nettes ce qui a affecté négativement la création de valeur totale sur la période de l’étude.
Partant de ce constat, les banques sont appelées à mieux compresser leurs charges d’exploitations et leurs provisions constatées à travers une meilleure analyse des risques de défauts.
Un schéma différent se dessine pour le secteur du Leasing qui semble aligner croissance et profitabilité pour la plupart des compagnies du secteur.
En effet, l’amélioration de la profitabilité contribue positivement à la création de valeur totale dans 80% des cas et la croissance des revenus constitue la principale source de création de valeur dans 60% des cas. Contrairement au secteur bancaire où la principale source de création de valeur est l’arbitrage financier pour plus de 70% de l’échantillon étudié.
Bien qu’elle soit d’apparence profitable à l’actionnaire, la création de valeur liée à l’arbitrage n’est pas liée aux fondamentaux des banques et résulte essentiellement d’opérations spéculatives. Selon l’étude de la BAT, cette création de valeur est purement artificielle et affecte sensiblement la valeur des banques surtout dans les périodes baissières.
Les compagnies de leasing apparaissent comme peu prisées par les spéculateurs vu que la spéculation ne constitue la principale source de création de valeur que dans 23% des cas.
Ainsi, on convient à constater que la performance du secteur bancaire provient principalement d’opérations d’arbitrage et de spéculation suivie par la croissance des revenus.
Cependant, l’existence de plusieurs banques dans un petit marché sur bancarisé fait en sorte que les banques ont du mal à garantir des marges nettes compétitives et proportionnelles à leurs revenus qui sont considérées comme relativement faibles comparé à celles observées dans le secteur du Leasing.
Dans ce cas, la performance du secteur du Leasing, dont la croissance est deux fois plus rapide que le secteur bancaire, repose sur les fondamentaux des compagnies et conjugue croissance et profitabilité pour la plupart des compagnies du secteur.










