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Chômeurs, allez vivre ailleurs !


Par Nizar BAHLOUL

L’année 2012 s’annonce difficile et risque d’être pire que 2011, analysent les experts économiques.
C’est valable en Tunisie, mais aussi chez nos partenaires européens.
Le gouvernement vient de se constituer et a fait part de sa vision pour affronter cette année difficile. Une vision sans véritable programme, juste remplie de belles promesses.
Mais quel que soit le programme de ce gouvernement, il est impératif de l’appuyer puisqu’il part de bonnes intentions. Il y va de notre intérêt à tous. Pour ça, nous sommes tous d’accord.
Mettre des bâtons dans les roues du gouvernement, comme l’ont fait certains à Béji Caïd Essebsi et à Mohamed Ghannouchi, serait odieux de la part de n’importe quel Tunisien qui s’estime patriote.
Sauf que le soutien au gouvernement ne saurait signifier un chèque en blanc et encore moins l’acceptation des couleuvres qu’on essaie de nous fourguer. Ni le silence devant certaines promesses fantaisistes.

De ces couleuvres contenues dans le discours de Hamadi Jebali, le programme de l’emploi. Il annonce la création de 25.000 postes dans la Fonction publique. Rien de spécial là dedans, il s’agit de la capacité ordinaire d’absorption de l’administration tunisienne. C’était comme ça depuis des années.
Noureddine Bhiri a annoncé la création de 400.000 emplois. Ben Ali avait annoncé 300.000 il y a un an. Comment va-t-on les créer ces 400.000 postes ? Hamadi Jebali ne se risque pas d’avancer un chiffre, mais il laisse entrevoir la manière.
Il dit que nous allons étudier les offres d’emploi en Libye, en Europe et dans le Golfe dans le cadre de la coopération technique.
En d’autres termes, il invite les demandeurs d’emploi à aller vivre à l’étranger. A quitter leur pays, leurs familles, leurs amis, leur entourage et s’exiler. Les dirigeants d’Ennahdha étaient exilés pour des raisons politiques, voilà que l’on va exiler les Tunisiens pour des raisons économiques.
Le hic, c’est que la fable tragique de Jebali est irréalisable.
Il parle de la Libye, un pays encore instable.
Il parle de l’Europe, un continent qui souffre de récession et a du mal à résorber son chômage.
Il parle du Golfe, une région où l’emploi disponible (pour les masses) ressemble davantage à de l’esclavagisme qu’à un travail digne. Sri-lankais et Indiens en savent quelque chose.

Quand bien même ces pays auraient de l’emploi à fournir, pourquoi l’offriraient-ils aux Tunisiens ?
L’Europe ne voit pas d’un bon œil l’arrivée des Islamistes au pouvoir. Démocratie ou pas, ils ne vont pas aider des dirigeants qui ne partagent pas avec eux certaines valeurs fondamentales.
Les pays du Golfe voient du plus mauvais œil cette démocratie naissante qui menace directement leurs régimes. A moins qu’ils ne soient idiots (et ils ne le sont pas), ils ne vont certainement pas aider les dirigeants élus démocratiquement à réussir leur mandat. On doit même s’estimer heureux qu’ils ne nous mettent pas de bâtons dans les roues.
Hamadi Jebali est optimiste et ambitieux. De l’énergie, il en a à revendre. De la résistance, encore davantage. Ces qualités en or devraient inspirer confiance, mais Jebali n’arrive pas à inspirer confiance à ses contradicteurs, en dépit de toute la bonne volonté qu’ils pourraient lui témoigner.

Quand Jebali invite un pan de Tunisiens à quitter leur pays pour trouver un emploi, cela effraie.
Quand un de ses généraux lance des promesses fantaisistes, cela fait rire.
Quand ses partenaires se livrent à des guerres fratricides, cela inquiète.
Quand il cède à des pressions étrangères pour nommer un ministre et dénommer un autre, c’est une atteinte à la souveraineté.

Hamadi Jebali et son équipe sont parés de bonnes intentions et il faut être de mauvaise foi pour le nier. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Du Premier ministre, on s’attendait à un programme clair. Or on n’a eu que de vagues promesses.
Du Premier ministre, on s’attendait à un gouvernement de compétences. Or on a eu un casting politique basé sur le parcours militant, les années de prison ou la célébrité grâce au ballon.
Du Premier ministre, on s’attendait à des signaux rassembleurs. Or tous ceux qui n’ont pas fait allégeance à la troïka ont été pointés du doigt, dénigrés et presque qualifiés de traitres de la nation.

Le Premier ministre veut qu’on lui fasse confiance et on ne demande pas mieux. C’est dans notre intérêt de lui faire confiance.
Mais la confiance se mérite Monsieur le Premier ministre !
Des urnes, vous avez gagné celle de 1,5 million de personnes grâce à vos belles promesses. De vos tractations politiques, vous avez gagné celle de plus de 500.000 personnes entre les électeurs du CPR et d’Ettakatol.
Il vous reste encore la confiance de 9 millions de personnes à gagner Monsieur le Premier ministre. Et ce n’est ni en poussant une partie d’entre eux à l’exil économique, ni avec de belles paroles que vous la gagnerez !
« Vous pouvez tromper tout le monde une fois, quelques uns tout le temps, mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps« , disait Abraham Lincoln.
Vos valeurs, qui sont les nôtres, vous interdisent de nous tromper Monsieur le Premier ministre.
Votre casting politique n’est peut-être pas une tromperie, mais il n’inspire pas confiance.

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