Par Sahbi GRIRA*
Suite aux bouleversements induits par le printemps arabe, le dialogue 5+5 a connu en 2011 une période d’inactivité quasi complète.
Les changements connus au sud de la Méditerranée n’ont pas renforcé l’intérêt porté à l’Union Européenne. Bien au contraire, dès le début, les nouveaux dirigeants du sud ont clairement signifié leur choix de diversifier la coopération avec de nouveaux partenaires promus en tant que modèles. De leur coté les principaux pays européens partenaires du Maghreb se sont montrés sceptiques et ont préféré attendre et voir.
Afin de faire face aux défis du changement de gouvernance, le dialogue 5+5, de par son caractère non contraignant qui laisse aux partenaires la liberté de s’engager ou non, s’est imposé comme un cadre idéal de dialogue et de concertation laissant de côté, à la fois, les nouveaux différends bilatéraux entre pays encore très proches hier, ainsi que les différends propres à l’UMA.
Ainsi en 2012, le 5+5 voit programmer de nombreuses réunions : celle des ministres des Transports à Alger, des ministres des Affaires étrangères à Rome, et enfin celle du comité directeur du dossier défense à Rabat.
Le piétinement de la transition démocratique, l’émergence de la violence des salafistes, le naufrage spectaculaire au large de Lampedusa, la difficulté à réamorcer les économies ont fait que neuf ans après le sommet de Tunis, les chefs d’Etats et de gouvernements ont jugé nécessaire de se réunir afin d’essayer de faire face aux éternels problèmes de la région et à l’exacerbation de certaines menaces suite à la nouvelle donne existante sur la scène régionale.
Le second sommet au niveau des chefs d’Etat des partenaires des deux rives de la Méditerranée occidentale s’est terminé samedi dernier à La Valette par l’adoption d’une déclaration dite de Malte.
On peut y lire notamment : ‘le sommet a promu le dialogue entre les pays de l’ouest de la Méditerranée pour échanger des idées sur les affaires liées à la sécurité, l’immigration et au développement économique. La Chambre de commerce de Milan, en vertu de la déclaration, va établir un réseau régional de centres pour fournir des services aux PME…Nous avons souligné l’importance de soutenir le développement des PME, qui représente un secteur important dans la création d’emplois.’
Le menu est très léger. Les résultats sont vraiment en deçà des attentes.
Il aurait fallu renforcer l’existant en approfondissant les dossiers déjà initiés par une recherche plus active d’actions d’intérêts communs, afin d’aider à la recherche de financement des projets.
Par ailleurs, il serait souhaitable d’ouvrir de nouveaux dossiers dans des domaines non encore traités : économie, agriculture, protection de l’environnement. La priorité doit favoriser l’amélioration des situations socioéconomiques, donc l’emploi et l’accès aux ressources vitales (eau, alimentation), conditions évidentes de la prospérité et de la paix. C’est pourquoi le dossier de la formation professionnelle mériterait toutes les attentions.
Au lieu de cela, on peut lire sur l’immigration que le président tunisien Moncef Marzouki a indiqué qu’il avait proposé la création d’une Task force pour secourir les immigrants et lutter contre la contrebande.
Je crois rêver : Serait-on en train de demander à des pays tiers de surveiller nos frontières? Sommes nous en train de négocier un des fondements de notre indépendance? Sommes-nous en train de remettre en cause notre souveraineté sur nos eaux territoriales?
Serait-il approprié de rappeler qu’un incident diplomatique a eu lieu avec l’Italie lorsque cette dernière a effectivement proposé de ‘nous aider’ à mieux contrôler nos frontières maritimes, juste après la révolution sous le gouvernement Ghannouchi ?
Serait-il approprié de rappeler que même Ben Ali a refusé de participer dans l’opération Effort Actif, ‘Active Endeavor’ de l’OTAN qui effectuait des opérations de surveillance du trafic maritime en Méditerranée ?
D’un point de vue politique de défense, la Tunisie n’avait pas à notre avis participé à cette opération à l’époque, car il était évident dès le départ que cette mission, qui en apparence était menée contre le terrorisme et le trafic d’armes, ne répondait en fait qu’aux impératifs de sécurité de l’occident et surtout d’Israël. Les pays de la rive Sud n’avaient aucun intérêt à y participer d’autant plus qu’une participation éventuelle à cette Task Force aurait donné le droit aux autres participants (y compris Israël) d’appliquer le principe de droit de poursuite dans nos eaux territoriales.
Aujourd’hui la proposition du président Marzouki est, d’un point de vue sécuritaire, naïve pour les deux principales raisons suivantes :
– Dans la lutte contre l’émigration clandestine, les objectifs et la manière de faire des pays de la rive Sud ne sont pas forcément les mêmes que ceux de la rive Nord. Donc un travail maritime commun risque plutôt de créer des conflits entre les différents participants même si on établit au préalable un code de conduite commun. En effet, beaucoup de situations inattendues peuvent se présenter et engendrer des réactions diamétralement opposées selon qu’on est du Nord ou du Sud.
– Que la constitution d’une Task Force militaire se fait généralement entre pays ayant des accords de défense commune, car il y va de la souveraineté des uns et des autres. Or, la Tunisie n’a d’accords de ce type ni avec les pays de la rive Nord ni même avec nos voisins immédiats.
Pour ne pas l’accabler d’autres maux, je préfèrerai simplement dire que notre président se comporte toujours en militant des droits de l’Homme et n’a pas pu endosser le costume d’un homme d’Etat.
A y regarder de plus près, nous remarquons que contrairement à ses consœurs du sud de la Méditerranée, l’Algérie n’a pas fait l’éloge des résultats de ce sommet. D’un autre coté, nous ne voyons pas la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UMA prévue en septembre-octobre à Tunis se tenir.
Autant de signes sur l’incapacité de notre diplomatie à servir les intérêts supérieurs de la nation.
*Membre du BP d’AL JOUMHOURI










