Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Tunisie – Seulement 2% des jeunes impliqués dans la politique et 18% souhaitent le retour de l’ancien régime

Article réservé aux abonnés

    La jeunesse tunisienne, celle-là même qui s’est soulevée contre un régime dictatorial en 2011, se trouve aujourd’hui au pied du mur. La révolution a, pour ainsi dire, révélé la force tranquille de cette jeunesse tunisienne : les épreuves d’après le 14 janvier, de bronze, de fer et de pierre, ont laissé deviner son côté hardi. Seulement voilà, l’on constate, deux ans plus tard, que la jeunesse tunisienne peine à trouver sa place à bien d’égards : social, économique et politique. Des statistiques établies à partir d’une étude que l’Observatoire National de la Jeunesse a menée, mettent en relief ce constat.

    S’inscrire au bureau de l’emploi, avoir son propre projet, participer à la vie associative, prendre part à la vie politique sont autant de sujets essentiels qui touchent la jeunesse dans la Tunisie d’aujourd’hui. Et alors que cette jeunesse devrait être au cœur de l’intérêt général des gouvernants, des opérateurs économiques et des politiciens, les chiffres présentés dans l’étude intitulée « les jeunes et leur participation dans la vie générale » nous font bien montre du contraire.

    Frappés par un chômage déchirant, les jeunes interrogés dans le cadre de cette étude, déclinent une attitude plutôt passive. En effet, 41,1% des interviewés ont indiqué qu’ils ne sont pas en train de rechercher de l’emploi contre 58,9% qui poursuivent leur intégration effective et la préparent par la recherche d’emploi.
    A ce titre, un des instruments de l’intégration à la vie professionnelle, il y a le bureau d’emploi, et là encore le chiffre de ceux qui s’y sont inscrits à travers les différentes régions du pays est bien timide, à savoir : 37,5% contre près de 63% qui ont exprimé leur désistement face à telle démarche. Les obstacles mentionnés dans les lignes de l’étude et qui sont à même de dissuader les jeunes à investir les bureaux d’emploi sont d’ordre logistique et se manifestent davantage dans les régions intérieures du pays. Mais encore, les jeunes diplômés accusent un manque d’expérience en termes d’entretien d’embauche par surcroît auprès des jeunes filles en provenance des zones rurales.
    Les résultats de l’étude de l’Observatoire National des Jeunes font ressortir, à ce propos, qu’une majorité écrasante de l’ordre de 94% des interrogés qui ne voient aucune utilité à s’inscrire au bureau d’emploi. Les 3,5% restants ont exprimé, à ce titre, le manque total de confiance en cet instrument d’incitation à l’employabilité.

    Face à ce scepticisme, il a été demandé aux jeunes interrogés pour quelle alternative opteraient-ils dans l’attente de piocher l’emploi le plus ajusté à leurs compétences et diplômes. 36% des jeunes disent être prêts à accepter un emploi qui ne corresponde pas à leurs attentes et céder ainsi au déclassement professionnel à condition que la nomination soit faite au sein d’une administration. Dans le même propos, la conversion professionnelle n’intéresse pas grand monde de ceux ayant été interrogés. A titre d’exemple, environ 30% des jeunes ne sont pas intéressés par l’activité agricole et 13,8% par l’activité de maçonnerie.

    Dans un autre registre, celui de la relation entre les jeunes et les institutions financières. Près de 53% des interrogés ont répondu n’avoir aucune relation quel qu’elle soit avec la banque, contre 46,9% ayant répondu positivement à cette question. Cela étant, la relation entre les jeunes et la banque se limite à deux types de transaction à savoir : l’épargne avec 26% et le compte courant avec 24%, alors que l’opération de crédit pour le financement de projet frôle à peine les 3%.

    Un chiffre assez étonnant, cependant : 62,3% des jeunes interrogés ont exprimé leur volonté à s’initier dans l’entreprenariat en créant leur propre entreprise. En revanche, 82% de ceux qui refusent de se lancer pour leur propre compte, estiment que la difficulté du financement à travers les crédits bancaires est la principale raison de leur refus de tenter cette expérience.
    D’ailleurs, 65% des jeunes interrogés pensent que leur famille et proches représentent la première source de financement dans le cas où ils projettent de se lancer dans l’entreprenariat. Les institutions financières n’ont représenté, à ce titre, que 8,8% ; la nouvelle configuration du secteur bancaire après le 14 janvier justifie bien ce type de comportement. Le commentaire de l’étude, à ce propos, indique que les jeunes accrochent davantage d’intérêt à l’économie familiale qu’à l’économie entrepreneuriale.
    Néanmoins, cette optique semble être une arme à double tranchant : autant elle pourra favoriser la solidarité sociétale, autant elle favorise la notion de l’irresponsabilité et de l’attente passive.

    Bien loin des soucis d’emploi, la jeunesse tunisienne accorde plus d’attention et de considération à ses liens avec la société que ceux avec la citoyenneté en ce sens qu’elle est plus impliquée dans la sphère privée que celle générale. Aussi, les jeunes interrogés pensent-ils que la confection de leur mode de vie demeure tributaire de leurs choix personnels et individuels et qu’il est bien loin d’être menacé. Un mode de vie qui s’articule, dans l’essence, autour des rituels sociaux, c’est ainsi que 48,5% des jeunes pensent que le travail est l’acte le plus important qu’ils entreprennent dans la journée, alors que 18,8% des interrogés préfèrent les sorties entre amis.

    Sur le plan du prendre part au travail citoyen, les statistiques sont très faibles de ce côté : seulement 6% des jeunes y participent en dépit des nouvelles circonstances d’après la révolte. Les associations à but non lucratif et humanitaire tiennent la part de lion dans les intérêts des jeunes à ce type d’activité avec 29% suivi par les activités culturelles à hauteur de 27%. Dans le même contexte, la jeunesse tunisienne s’adonne à d’autres activités relevant davantage du domaine général, comme les réseaux sociaux et les cafés publics qui battent un record de choix avec 72%. A contrario des idées reçues, seulement 9,9% des jeunes investissent les mosquées en tant qu’espace de débat et d’échange. Chez les jeunes, il faut savoir que leur première source d’informations et en dépit du développement de l’Internet, la télévision demeure la première en la matière, principalement celles s’intéressant à l’actualité nationale.

    S’agissant de l’implication de la jeunesse tunisienne dans la vie politique, les résultats de l’étude montrent encore une fois une bien triste réalité d’une participation trop maigre : seulement 2,7% des jeunes sont membres d’un parti politique. Ce chiffre illustre clairement le désistement des jeunes à s’adonner à l’activité politique et cela ne signifie cependant pas l’ignorance des jeunes de la scène politique ainsi que de ceux qui la composent. A noter que les cafés publics sont les endroits où on parle le plus de politique chez les jeunes et ce, à raison de 72,3%.

    Rebondissant sur les objectifs de la révolution, justement faite par les jeunes tunisiens. 65% de ces derniers pensent qu’aucun de ces objectifs n’a été atteint jusqu’à présent. Quant aux menaces auxquelles la Tunisie fait face actuellement, les jeunes tunisiens pensent, à raison de 48%, qu’en premier lieur, il s’agit de la menace économique en plus des sit-in et des grèves.
    Evoquant l’éventualité d’une deuxième révolution, les jeunes interrogés se sont montrés plutôt sceptiques en n’adhérant à cette idée qu’à hauteur de 13% contre 64% qui pensent que l’attente des élections est la meilleure solution, alors que 18% privilégient un retour à l’ancien régime (donc celui de Ben Ali). Concernant le jihad des jeunes en Syrie ou ailleurs, la jeunesse tunisienne pense que ce phénomène est dangereux à 47% et qu’il est inacceptable à 42% contre 10% qui pensent que le jihad est une bonne mission.

    La jeunesse tunisienne se livre, depuis deux années, à une bataille quotidienne en vue d’arracher sa place, la vraie dans une société envahie par les vieilles têtes même si elles sont bien pensantes. Les anciennes générations tardent à comprendre qu’il est temps de passer le flambeau et d’accorder à la jeunesse en dépit de son manque d’expérience, sa chance. Peut-être les objectifs de la révolution tardent-ils à se réaliser à défaut de la présence de la jeunesse ?

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *