L’expert économique Moez Joudi a livré mercredi 5 mars 2014 un constat relatif à la gestion des recettes des biens expropriés à la famille Ben Ali par la troïka. Il rappelle que pas moins de cinq entreprises expropriées ont été déjà vendues, à savoir Tunisiana (reste 10 %), Stafim Peugeot, Ennakl, KIA et Banque de Tunisie. « Si on rajoute les 1,9 milliard de dinars de Tunisie Telecom et avec un simple calcul, indique M. Joudi, on ressort avec un pactole de trois milliards de dinars que la troïka a eu dans ses mains et qu’elle a dilapidé puisqu’elle nous laisse aujourd’hui des déficits partout et des ardoises qui se chiffrent à des milliards de dinars qu’on doit régler !!!! C’est criminel ! A noter que trois milliards de dinars équivalent au coût d’une autoroute jusqu’à Tozeur avec des brettelles vers Sidi Bouzid et Kasserine (6 millions de dinars le coût de 1 Km d’autoroute environ, faites le calcul !!! ».
Business News a vérifié les données présentées par Moez Joudi et voilà ce qui ressort de nos calculs des parts cédées de l’Etat.
La part confisquée dans la Banque de Tunisie a été vendue au français CIC pour un montant de 217 millions de dinars.
La part confisquée dans Ennakl a été vendue au consortium Poulina/Parenin/Amen pour un montant de 231 millions de dinars.
La part confisquée dans Stafim Peugeot a été vendue au Groupe Khechine pour un montant de 166 millions de dinars.
La part confisquée dans City Cars (Kia) a été cédée au consortium Bouchamaoui/Chabchoub pour un montant de 114 millions de dinars.
Quant à Tunisiana, elle a été cédée de gré à gré au qatari Qtel, en violation totale de l’appel d’offres initial et de l’engagement de l’Etat de ne pas céder cette part à un opérateur. Le montant final de la transaction n’a pas été dévoilé. Tout ce que l’on sait, c’est que Royal Luxembourg a proposé 305 millions d’euros (plus de 600 millions de dinars) avant de se retirer de l’appel d’offres. Il a été éconduit, quelques jours plus tôt, de l’appel d’offres relatif à la Banque de Tunisie, alors qu’il a été le plus disant. Il a été considéré à l’époque comme opaque.
Le problème n’est cependant pas dans l’éjection de Royal Luxembourg, mais dans la transaction entre l’Etat tunisien et Qtel, puisque le montant de la cession n’a pas été annoncé publiquement. Une évaluation a été faite à l’époque et tourne autour de 500 millions d’euros.
Quoiqu’il en soit, tous ces montants additionnés et auxquels on rajoute la part de vente de Tunisie Telecom laissée par Ben Ali dans les caisses de l’Etat, on atteint facilement les trois milliards de dinars, annoncés par l’expert Moez Joudi.
Précisons que le montant de six millions de dinars donné par l’expert est exagéré.
Business News a contacté un haut cadre du ministère de l’Equipement qui nous a précisé que le coût d’un kilomètre d’autoroute varie entre 4 et 6 millions de dinars, tout compris (études, réalisations, expropriations…). Cet écart est justifié par la nature des terrains tout au long du tronçon et des expropriations à faire. Le montant de six millions de dinars représente donc la fourchette haute.
Toujours est-il que même en considérant la fourchette haute, il est évident que les recettes des expropriations, non prévues initialement dans le budget de l’Etat sous Ben Ali, pouvaient construire cette autoroute qui aurait facilité l’accès à ces régions pour pouvoir y investir et y créer de l’emploi. Au lieu de quoi, la troïka a préféré embaucher en masse et consacrer d’énormes moyens pour l’indemnisation des anciens prisonniers, à travers le recrutement dans la fonction publique.
Nizar Bahloul










