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Une combattante au poil !

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    Par Marouen Achouri

    Cela s’est passé à Paris il y a déjà quelques jours, plus précisément le samedi 8 mars 2014. Amina Sbouï, accompagnée d’autres jeunes femmes, ont choisi de se mettre toutes nues en portant des drapeaux de pays comme la Tunisie, l’Iran ou l’Egypte.

    Nichons à l’air et poils au vent, ces combattantes de la liberté et des droits de la femme ont choisi un mode d’expression radical pour communiquer leurs convictions. Celui de la nudité totale. Il faut dire aussi que le fait de se dénuder de la sorte aux abords du musée du Louvre ne représentait pas une grande prise de risque. Mais on nous dit qu’il ne faut pas se focaliser sur le mode d’expression et qu’il faut entendre le message de ces jeunes femmes.

    Heureusement que des journalistes de l’AFP, notamment, étaient en balade à côté du Louvre ce jour là pour pouvoir filmer et interviewer nos belles égéries des droits de la femme. Biensûr, il est formellement interdit de penser que les happenings de ce type, les actions à la Femen, ne sont qu’un phénomène médiatique qui ne participe en rien à la lutte pour les droits de la Femme. C’est un sacrilège de le dire!

    Alors écoutons ce que ces jeunes femmes qui ont bravé le soleil parisien et les codes archaïques de la société française ont à dire. Commençons par Amina Sbouï, chauvinisme oblige. Après avoir corrigé la langue, voici ce qu’elle déclare : "Nous faisons ça en solidarité avec les femmes arabes qui se font lapider partout dans le monde, partout dans le monde islamique, partout dans le monde arabe. Nous sommes là contre la Chariâa, contre le sexisme, contre la lapidation, contre la Burqua, contre le voile". Tout un programme !

    Il est clair que cette démarche s’inscrit dans un combat international pour les droits de la femme. Car en Tunisie, il n’y a pas de lapidation, Amina le sait et pourtant elle généralise en disant "partout dans le monde arabe". C’est courageux d’être solidaire avec les femmes qui se font lapider, mais en quoi cette apparition à poil a-t-elle aidé les femmes victimes, qui elles, se trouvent face à la gueule du loup? On ne saurait répondre. Ce qu’on sait, par contre, c’est qu’Amina avait quitté les Femen parce que leurs actions ne correspondaient pas à ses convictions. Peut-être que le fait d’enlever seulement le haut n’était pas assez ambitieux pour elle…

    Une deuxième activiste a dévoilé sa pensée, après avoir dévoilé son corps, au micro de l’AFP en disant : "On veut laisser la religion de côté, et vivre normalement comme on veut et personne n’a le droit sur mon corps. Je suis le chef de mon corps". Religion, corps et liberté, voilà les thèmes centraux de cette intervention. Une intervention dont la faiblesse masque, malheureusement, l’importance de thématiques qui pourraient être discutées sérieusement. Toutefois, on ne peut pas avoir une discussion sérieuse en étant tout nu.

    Evidemment, les égéries de ce type de manifestations vont nous sauter à la gorge. On va vanter le courage de ces militantes car elles ont osé se dénuder, on évoquera également le fait qu’elles ont souffert de leur qualité de femme dans leurs sociétés respectives, on dira aussi que le fait de se dénuder vise à confronter une société avec les tabous liés au corps de la femme en le démystifiant. En résumé, on aura droit à des acrobaties intellectuelles pour justifier ce type d’actions.

    Evidemment qu’il y a un certain courage à exécuter ce type d’actions. Amina a évolué de photos Facebook en Tunisie à se dévêtir entièrement à Paris ! C’est dire qu’il y a une certaine avancée, mais pas pour les femmes où les thèmes qu’elle dit défendre. On pourrait se poser la question de savoir si le courage dont ont fait preuve Amina et ses comparses est comparable à celui d’une Rosa Parks?
    On ne peut le savoir qu’à l’aune des effets d’une telle action. Rosa Parks, en refusant de s’assoir à l’arrière du bus comme c’était le cas pour les noirs aux Etats-Unis, est devenue une icône. Son courage et sa détermination ont permis une avancée cruciale dans le combat pour les droits civiques des personnes de couleur aux USA. D’ailleurs, dans l’affaire qui s’en est suivie, elle avait été défendue par un avocat inconnu à ce moment là, qui s’appelait Martin Luther King.

    L’action d’Amina et de ces femmes, bien à l’abri dans un pays comme la France, ont-elles fait avancer, ne serait ce que d’un pouce, la cause des femmes lapidées ou la lutte contre les tabous concernant le corps de la femme? On est en droit de se montrer sceptiques pour ne pas dire qu’elles ont fait reculer le combat. Il existe d’autres associations, d’autres femmes qui luttent contre ces pratiques honteuses. Il ne faut pas se méprendre entre la noblesse de la cause et le ridicule des moyens employés pour le faire.

    Ces femmes et ces associations qui luttent chaque jour pour les droits de la femme ne le font pas pour leur propre gloire. Elles ne sont pas devenues des stars réfugiées je ne sais où qui ne bougent un poil que si elles sont entourées de journalistes. Leur combat à elles n’est pas un phénomène médiatique qui amuse les uns et dégoute les autres. Se sentent-elles solidaires de ce que font les "activistes du poil"? Rien n’est moins sûr.
     

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