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Le syndrome de Carthage n’arrête pas de sévir

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    Par Sofiene Ben Hamida 

    Dans le climat d’attente général que vit le pays, les élections présidentielles semblent être la seule question qui intéresse les actants politiques. Le nombre de candidats potentiels ne cesse de croitre, les débats politiques, même s’ils ne le mentionnent pas clairement, sont focalisés sur le palais de Carthage et les leaders des partis se bousculent dans les médias pour se montrer dans des habits d’hommes d’Etat.

    Cela aurait été compréhensible si cette préoccupation présidentielle collait un tant soit peu avec les préoccupations de la rue totalement concentrée sur la gestion d’un quotidien de plus en plus difficile. Cela aurait été compréhensible aussi si le poste de président de la République était encore capable de donner à celui qui l’occupe la possibilité réelle de mettre en pratique ses idées et d’appliquer son programme. Mais la Troïka a tout fait pour dépouiller la fonction présidentielle de ses prérogatives, le président provisoire actuel a terminé le travail et l’a dépouillé de son aura.

    Le débat qui fait rage actuellement au sein de l’ANC autour de l’article 15 de la prochaine loi électorale  montre combien les élections présidentielles obnubilent nos partis politiques et leurs dirigeants. Cet article parle d’une véritable sanction collective qui viserait les membres de l’ancien régime ce qui est aberrant, anti démocratique et carrément hypocrite. En effet, tous les partis politiques, sans exception, ont intégré dans leurs rangs d’anciennes figures de l’ancien régime. Le mouvement Wafa qui se propose aujourd’hui comme porte drapeau de cette guéguerre, intègre dans ses rangs dirigeants un membre avéré de l’ancien RCD. Le CPR, qui compte mobiliser la rue en faveur de cet article de l’exclusion, ne s’est pas offusqué, pourtant, quand son président avait remué ciel et terre pour nommer un gouverneur de la banque centrale qui a avoué lui-même avoir directement participé à la campagne électorale de Ben Ali. Ettakatol qui soutient aujourd’hui, contre toute logique, l’article 15, ne s’était jamais manifesté quand le Mouvement Destourien, guidé par l’ancien premier ministre de Ben Ali en personne, a été ressuscité. Mais ni Ben Jâafar , muré dans son devoir de réserve, ni Marzouki qui a accueilli officiellement Hamed Karoui à Carthage, comme au bon vieux temps, ne pouvaient apparemment déplaire au grand frère islamiste lié au chef RCDiste par des liens connus et assumés.

    En vérité, ce qui anime tous ces défenseurs de l’article 15, c’est la volonté de faire barrage au leader de Nidâa Tounes, Béji Caid Essebsi, qui caracole encore et toujours en tête de tous les sondages concernant la prochaine élections présidentielle. Pour priver le favori d’une victoire annoncée, tous les outsiders se liguent donc pour exclure de la course des centaines de milliers de leurs concitoyens, au nom d’une révolution à laquelle ils n’ont pas participé et dont ils récoltent sans scrupules les dividendes.
    En plaçant son pion sur l’échiquier, Ennahdha n’est pas loin de la manœuvre même si elle a choisi un style différent du fait que, contrairement aux autres, le parti islamiste est intéressé aussi bien par la présidentielle que par les législatives. L’annonce de la démission de Hamadi Jebali de son poste de secrétaire général du parti fait de lui, de facto, un des outsiders qui fait courir les lapins pour lui tout en ménageant sa propre monture. En effet Hamadi Jebali est le candidat d’Ennahdha même s’il affirme qu’il se présentera en tant qu’indépendant. Peut-on croire un seul instant qu’un fondateur du mouvement, qui a été son chef de gouvernement et son secrétaire général ne soit pas soutenu par le mouvement ? Ceci est invraisemblable d’autant plus que Jebali avoue qu’il ne quitte pas les structures du mouvement et qu’il a Ennahdha dans le sang. Autant dire donc que les islamistes s’adonnent, encore une fois, à leur sport favori de double langage et qu’ils essaient, comme à l’accoutumée de nous faire avaler des couleuvres. En bref, les islamistes sont ce qu’ils sont : de grands manœuvriers habiles et adroits. Aux autres d’être ce qu’ils sont aussi et non ce que les islamistes veulent qu’ils soient : des canards sauvages. 
          

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