Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Le retour précipité d’Ali Laârayedh conduira t-il à l’échec de la stratégie d’Ennahdha ?

Article réservé aux abonnés

    Par Sofiene Ben Hamida

    Le retour au devant de la scène, médiatique du moins, de l’ancien chef de gouvernement nahdhaoui Ali Laârayedh au cours des derniers jours a été remarqué. Il est d’autant plus remarquable qu’il coïncide avec une recrudescence des opérations terroristes. Comme si l’ancien chef de gouvernement et ministre de l’Intérieur voulait se disculper, disculper son parti et donner une version nahdhaoui pour expliquer la violence politique et le terrorisme qui frappent le pays depuis la révolution.

    Indépendamment de son impact sur l’opinion publique nationale, les apparitions récentes d’Ali Laârayedh sont loin d’être hasardeuses et intempestives. Elles entrent dans le cadre d’une stratégie élaborée par le parti islamiste dès l’instant de son départ du gouvernement. Les attentats de Kasserine n’ont fait qu’accélérer le retour dans les médias d’Ali Laârayedh, un retour programmé dans le cadre de cette stratégie même s’il était prévu pour plus tard, à l’approche des élections.
    Tout de suite après avoir quitté le gouvernement, les dirigeants d’Ennahdha se sont disséminés dans le pays pour entamer une grande campagne d’explication. Le public ciblé n’était pas l’opinion publique tunisienne soulagée dans sa majorité de les voir partir mais plutôt ses propres adhérents désorientés par ce départ précipité. Ces adhérents et supporters du parti islamiste avaient cru au discours «jusqu’auboutiste » de leurs leaders qui affirmaient qu’ils ne partiront du gouvernement qu’après les élections. Il était donc impératif de les calmer, leur donner des explications, leur apporter des arguments qu’ils peuvent exploiter au quotidien, et atténuer l’amertume et la déception des troupes. Pour cela tous les moyens ont été utilisés notamment les prières du vendredi. Il est d’ailleurs curieux que les autres partis politiques aient laissé passer cette pratique sous silence, comme s’ils reconnaissaient intuitivement aux islamistes un droit naturel d’usage des mosquées. Cette campagne d’explication interne dans les rangs islamistes constituait la première phase de cette stratégie.

    La seconde phase quant à elle consistait à s’adresser à l’ensemble des Tunisiens parcimonieusement, par doses homéopathiques, pour leur dire que leur départ du gouvernement est une décision souveraine de la troika par souci de préserver l’unité nationale. Les dirigeants islamistes se sont donc relayés dans les médias pour affirmer qu’Ennahdha n’a pas quitté le pouvoir sous la pression mais par excès de responsabilité envers le pays. Rached Ghannouchi continue même d’affirmer que bien qu’il ait quitté le gouvernement, Ennahdha est toujours au pouvoir. L’objectif de la seconde phase de cette stratégie est de convaincre une partie de la population mal ou peu informée de la situation politique dans le pays, de l’engagement démocratique du parti islamiste. L’autre objectif de cette phase est de montrer aux Tunisiens et aux étrangers aussi, le visage rassurant d’un parti islamiste qui a sa place dans la construction démocratique du pays. Au moment où les frères musulmans en Egypte, les franges islamistes armées en Syrie et les milices islamistes en Libye montrent leur incapacité à se plier aux règles du jeu démocratique, Ennahdha a tout à gagner à montrer son engagement à se plier aux lois de l’alternance démocratique.

    Quant à la troisième phase de cette stratégie, celle qui prévoit l’entrée sur scène d’Ali Laârayedh, elle a été bousculée par les événements et par la recrudescence du terrorisme. Cette phase devait précèder d’une courte période les élections et consiste à défendre le bilan d’Ennahdha et des gouvernements de la troika. Elle prévoyait de profiter des échecs, des lenteurs, des hésitations et des atermoiements du gouvernement des technocrates présidé par Mehdi Jomâa. Qui mieux qu’un ancien chef de gouvernement de la troika pour accomplir cette tâche et essayer d’inverser la vapeur au profit des gouvernements sortants. Les attentats de Kasserine n’ont donc fait qu’accélérer le retour d’Ali Laârayedh sur les plateaux des médias d’autant plus que ces attentats ont remis sur le tapis la question de la responsabilité politique d’Ennahdha ainsi que la responsabilité personnelle de l’ancien ministre de l’Intérieur et ancien chef du gouvernement dans la recrudescence du terrorisme. Ali Laârayedh se devait de défendre son parti mais se devait aussi de se défendre. Au vu de ses passages, il a été approximatif, peu convaincant et a donné des éclairages et des explications souvent improbables et contraires à la réalité. Par ces interventions ratées, il risque même de faire capoter l’ensemble de la stratégie mise en place par son parti. Mais ça, seul l’avenir nous le dira.

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *