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Et si l’Egypte avait raison… ?

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    Par Sofiene Ben Hamida

    Le nouveau président égyptien a prêté serment ce dimanche au cours d’une cérémonie digne du pays des pharaons, suivie attentivement par les observateurs du monde entier, notamment en Tunisie.
    Avec cette intronisation, parce que c’est de cela qu’il s’agit, le pays du Nil semble régler pour de longues années, sinon pour des décennies, une question cruciale qui concerne la nature de l’Etat, même si la réponse ne nous vient pas sous une forme affirmative mais uniquement par élimination. Il est sûr en effet que l’Etat égyptien ne sera pas religieux. Pour cela, il a fallu à l’Egypte durant ces trois dernières années, passer par trois élections et deux référendums sans compter les autres déboires.
    La situation politique en Egypte est bien entendu une affaire interne et il n’est du droit de personne de s’y immiscer. C’est pourquoi le débat politique qui fait rage chez nous entre les partis politiques et sur les réseaux sociaux concernant ce qui se passe du côté du Nil sonne faux et masque mal une certaine hypocrisie généralisée et une envie à peine voilée doublées de calculs politiciens mesquins et criards.
    On peut dire ce qui nous plait de dire de l’Egypte aujourd’hui. N’empêche que ce pays peuplé comme trois ou quatre fois le notre a réussi à organiser cinq échéances électorales en trois ans alors que du côté de l’ANC et du dialogue national, on est encore à discuter si les élections législatives et présidentielle doivent être séparées ou concomitantes et quelles élections doivent précéder. Bien entendu, des remarques, des critiques nombreuses et justifiées même peuvent être formulées sur le déroulement de ces élections et les nombreux dépassements enregistrés lors de la campagne électorale et au moment du scrutin en Egypte. Mais ces remarques et ces critiques auraient été plus recevables si elles émanaient de pays comme la Suède, le Japon ou l’Australie. Par contre, au vu des difficultés matérielles et logistiques actuelles de l’ISIE, des débats qui s’enlisent, du climat sécuritaire, des défaillances gouvernementales notamment au niveau de la révision des nominations et du contrôle des lieux de culte et de la situation économique et sociale, on est prêt à parier que les prochaines élections législatives et présidentielle en Tunisie seront entachées de beaucoup d’approximations, d’anomalies, sinon d’irrégularités. A moins que la classe politique se mette d’accord pour transgresser le texte de la Constitution, mal pensé dès le départ parce qu’il fait coïncider ces élections avec celles préconisées par l’ancien régime de Ben Ali, qui prévoit la tenue de ces élections avant la fin de l’année en cours.
    L’hypocrisie, bien de chez nous, de nos partis politiques s’est emparée des développements en Egypte pour continuer une compétition malsaine, infructueuse et ajuster des accords ou des alliances anciennes ou naissantes, secrètes ou avouées. Entre ceux qui se comportent comme s’ils étaient déjà au pouvoir, se basant sur des sondages trop manipulés d’une manière flagrante, indécente pour être crédibles, et ceux qui se cramponnent aux chimères de Carthage, nouant et renouant sans cesse des alliances contre nature, vouées à un échec annoncé, avéré et inéluctable, le cas égyptien devient un jeu de positionnement et un motif supplémentaire de discorde. Les réseaux sociaux amplifiant ces discordes ne font que reprendre les termes de ce combat de coqs à l’issue duquel tous laisseront des plumes.
    Entre temps, les islamistes, toutes formations confondues, continuent de peaufiner leurs stratégies, de resserrer leurs rangs, occupant le terrain, cherchant la proximité, de la mosquée la plus isolée à la place de la Kasbah. Ils profitent, et c’est de bonne guerre, des controverses intestines de la gauche, des querelles fratricides du camp démocratique et se préparent hardiment aux prochaines échéances. En l’absence d’un renversement de la situation, si les tendances actuelles persistent, il ne serait pas surprenant de les voir reprendre le pouvoir. Dans ce cas, pour beaucoup, trop d’espoirs auraient été trahis, trop de rêves auraient été assassinés, trop d’efforts et d’énergies dépensés en vain et trop de têtes devraient quitter la scène pour avoir guidé le pays vers des lendemains de catastrophe. L’Egypte, elle, aurait préservé depuis, le caractère laïc de l’Etat alors que nous, il nous restera toujours nos yeux pour pleurer notre pays et nos cœurs pour continuer à envier nos voisins.

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