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Moncef Marzouki : L’homme qui ne sait pas comment perdre

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Une fois de plus, Moncef Marzouki montre qu’il est imprévisible et donne l’impression d’être un personnage embrouillé. Il félicite son adversaire, puis revient sur sa position en discréditant les élections. Il annonce, ainsi, qu’il déposera des recours à l’ISIE pour changer finalement d’avis et dire que ces recours seront mués en plaintes auprès de la justice. Le président sortant surprend, une fois de plus, par ses idées à la fois farfelues et dangereuses. Après avoir proposé de créer un ministère de la Mer, voilà qu’il creuse aujourd’hui la division entre les Tunisiens avec son « Mouvement du Peuple des Citoyens ». Un populisme enrobé d’un intellectualisme dandy.

Au balcon d’un bâtiment au cœur de l’Ariana et devant une foule immense, le président sortant, Moncef Marzouki, a annoncé à ses partisans, lors d’un meeting tenu le 23 décembre 2014, la naissance du « Mouvement du Peuple des Citoyens ». « Partout où je vais, je ressens cet enthousiasme chez les jeunes. Partout où je vais, je ressens que ce peuple est déterminé à aller de l’avant vers l’avenir et qu’il refuse catégoriquement de retourner au passé. Cette énergie ne doit pas se dissiper. Elle est plus chère que ces élections […]. C’est dans le but de la préserver que nous annonçons, ici et à cet instant, le lancement du Mouvement du Peuple des Citoyens » a-t-il proclamé sous les acclamations de son public. Et de poursuivre « Ce sera une force politique de contre-poids et qui constituera un rempart contre le retour du despotisme».

Il s’agit d’un nouveau parti politique, a-t-on constaté d’emblée avant d’apprendre, plus tard dans la soirée, à travers une déclaration de Adnène Mansar, qu’il est question, à présent, d’un mouvement politique sans nier pour autant l’intention d’en faire un parti. « Ce sont les futurs adhérents, qu’ils soient partis ou citoyens, qui trancheront quant à l’identité de ce mouvement » a-t-il précisé dans une déclaration à Shems Fm. Même si Adnène Mansar semble vouloir maintenir l’ambigüité sur la nature de ce mouvement en laissant entendre qu’il s’agit, actuellement, d’un OPNI (objet politique non identifié), point n’est besoin d’une grande intelligence pour comprendre que Moncef Marzouki ne vise pas à créer une association, ni un mouvement civil, mais bien un parti politique qui soit à même d’assurer son retour à Carthage.

Les questions s’accumulent sur la véritable identité de ce mouvement, mais aussi sur le timing de l’annonce.

A l’accoutumé, le candidat perdant donne un discours où il reconnait sa défaite, félicite le vainqueur et lui souhaite plein de succès pour son prochain mandat. Ensuite, vient l’étape de l’auto-évaluation dans laquelle le candidat vaincu dresse avec son équipe son bilan politique et celui de sa campagne, en tire les conclusions puis s’accorde avec son groupe sur un nouveau plan à exécuter. D’ordinaire, la vitesse d’exécution de ce plan va crescendo. Pour ne pas s’essouffler trop vite et trop tôt, elle débute lentement puis atteint son rythme de croisière à partir de la deuxième moitié du quinquennat.
Prenons l’exemple de Nicolas Sarkozy en France. Après sa défaite en 2012 face à François Hollande, celui-là a fait mine de se retirer temporairement de la vie politique. Il a commencé, ensuite, sa réinsertion en politique à coup de déclarations à la presse. Puis, il a annoncé sa candidature à la présidence de l’UMP. Aujourd’hui, il est président de l’UMP après avoir remporté les élections de son parti et poursuit, ainsi, sa route, avec des pas surs, vers l’Elysée. Pour Moncef Marzouki, c’est tout à fait le chemin inverse qu’il a suivi.

Durant son exercice, le président sortant n’a cessé de montrer par ses nombreuses volte-face qu’il est imprévisible et versatile. Un caractère auquel il ne renonce pas aux derniers jours de son mandat. Explication. Le 22 décembre, Moncef Marzouki a félicité son adversaire Béji Caïd Essebsi, au cours d’une conversation téléphonique. Le lendemain, lors de son meeting à l’Ariana, M. Marzouki change de position. Il ne félicite plus son rival, mais jette plutôt de lourds soupçons sur la régularité des élections. « Je demande à l’ISIE de nous expliquer toutes les transgressions et d’honorer le droit au peuple de connaitre la vérité » a-t-il lâché devant une foule qui scandait « Le peuple veut le dépôt des recours !». Et de poursuivre « Demain, nous mettons l’ISIE face à sa responsabilité » insinuant, ainsi, qu’il saisira l’ISIE contre ces éventuels dépassements. Moins de vingt-quatre heures après ces déclarations, Moncef Marzouki annonce depuis le palais de Carthage qu’il ne présentera pas de recours, arguant que ceci ralentira l’achèvement de la période de transition et que le pays ne supporte pas le fait qu’il y ait un vide au pouvoir « ne serait-ce que pour un jour ». Cependant, le candidat perdant déclare qu’il ne laissera pas faire. Il déposera donc des plaintes auprès de la justice.
Il a également déclaré qu’il se retirait de la vie politique, en cas d’échec à la présidentielle, pour se consacrer à d’autres activités telles que la défense des droits de l’Homme, l’écriture ou la médecine « Après trente ans de militantisme politique, j’estime que ma mission est accomplie » a-t-il dit sur les ondes d’Express Fm. Mais, comme un amnésique, il se dépêche de fonder un mouvement politique aussitôt qu’il s’est rendu compte de son échec.

Outre le fait qu’il change de position comme il change de chemise, Marzouki prône les bonnes valeurs, mais n’en tient pas compte. Il se plait à dire qu’il est le président de tous les Tunisiens et s’amuse à répéter des phrases du genre « la Tunisie a besoin de tous ses enfants sans discrimination ou exclusion » en oubliant que dans biens des discours, il divise les Tunisiens en les classant en deux catégories. Ceux de son camp : les révolutionnaires et ceux qui soutiennent le camp opposé : les liberticides et les nostalgiques du régime révolu. « Le mouvement du peuple des citoyens » renforce cette dichotomie entre les Tunisiens. Selon Marzouki, les Tunisiens sont soit des citoyens et dans ce cas ils devraient adhérer à son mouvement, soit des sujets qui ne partagent pas « ses » valeurs de liberté et de citoyenneté.

Elyes Zammit

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