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L’équilibre fragile entre les droits et les devoirs

Remettre le pays au travail. C’est un credo dit et répété plusieurs fois durant la campagne électorale du nouveau président de la République, Béji Caïd Essebsi. Au-delà du slogan et de l’aspect évident de cette affirmation, ce projet risque de se heurter à plusieurs obstacles comme la rémunération du travail en elle-même, d’un côté, et la nécessité de la préservation et de la consécration des droits de l’autre.

La Compagnie Phosphate-Gafsa (CPG) est l’une des plus grosses entreprises publiques de Tunisie. Depuis la révolution en 2011, sa production a été arrêtée puis a repris à un rythme lent mais exponentiel. Trois ans plus tard, la compagnie n’a pas encore repris son rythme de croisière et le manque à gagner impacte directement les finances de l’Etat. Selon une dépêche de la TAP parue récemment, la CPG enregistre pour cette année 2014 un manque à gagner de 20 millions de dinars.
Ce manque à gagner, conséquence d’une baisse de la production, est essentiellement dû aux mouvements sociaux dont la compagnie est victime. Ces mouvements sont menés par les employés de la compagnie qui veulent voir leurs conditions de travail améliorées et par les chômeurs de la région du bassin minier qui veulent accéder à un emploi. 

Il faut dire que depuis 2011, les travailleurs tunisiens de plusieurs secteurs ont opéré plusieurs grèves. Aussi bien dans le public que dans le privé, des grèves ont été entreprises le plus souvent pour des raisons légitimes. Mais le revers de la médaille c’est que lesdites grèves impactent le rendement des entreprises publiques et privées qui les subissent. Le corollaire étant la fragilisation des comptes dans une période où l’économie tunisienne vacille.
Une source informée à la présidence du gouvernement nous confiait récemment que l’exécutif tunisien était sous pression. En effet, l’équipe menée par Mehdi Jomâa a dû faire face, comme les précédents gouvernements depuis la révolution, à des mouvements sociaux et des protestations dans différents secteurs comme l’énergie, l’enseignement, la santé etc. La même source nous avait indiqué que les grèves asphyxiaient littéralement le gouvernement. Le point d’orgue de ces contestations aura été la demande de l’UGTT de négocier les augmentations de salaire avec le gouvernement Jomâa. Ce dernier a tenté de lancer la patate chaude au gouvernement qui sera prochainement nommé. Toutefois, l’UGTT a tenu à entamer les négociations avec l’exécutif en place et a eu gain de cause.

D’un autre côté, il faut se rendre compte que la majorité des revendications syndicales sont justifiées. Quand l’UGTT constate les augmentations de prix et la cherté de la vie, elle ne peut qu’exiger du gouvernement des augmentations de salaires en faveur de ses affiliés. Le prochain gouvernement devra faire la part des choses et constater que la situation sociale d’une large frange de Tunisiens ne cesse de se détériorer. C’est le constat que Béji Caïd Essebsi avait fait lui-même et qu’il n’a cessé de mettre en avant dans sa campagne électorale.

C’est là l’un des principaux défis qui se posent au prochain exécutif, gouvernement et présidence de la République. Comment remettre le pays au travail, imposer une certaine discipline tout en préservant les acquis révolutionnaires et les droits des citoyens à la contestation, à la grève et à la libre expression ?
Pour réaliser cet équilibre, le prochain gouvernement devra faire un effort important de clarté dans les mesures et les décisions. Ceci passe par une communication sans failles capables de mettre de les Tunisiens devant leurs responsabilités d’un côté et de bien « vendre » les mesures et les décisions qui pourraient susciter la colère. Les augmentations de prix qui devraient avoir lieu prochainement seront un bon exemple pour déterminer l’attitude gouvernementale dans ce contexte.
La nécessité d’établir cet équilibre peut être élargie pour couvrir tous les champs et principalement celui des droits. Une frange de la société tunisienne exprime, plus ou moins ouvertement, des craintes quant à l’avenir des droits acquis par les Tunisiens sous la présidence de Béji Caïd Essebsi.
En effet, ceux-là alimentent ces inquiétudes par le fait qu’il serait possible que le nouvel exécutif établisse un ordre répressif en se targuant justement de la nécessité de remettre le pays au travail. Ce thème a été largement repris et exploité par Moncef Marzouki, l’ancien président, lors de sa campagne électorale. Il avait dit et redit que le parti de Béji Caïd Essebsi serait tenté par l’hégémonie en ayant les trois présidences : présidence du gouvernement, présidence de la République et présidence de l’ARP (Assemblée des représentants du peuple). Les 1.400.000 personnes qui ont voté en sa faveur au deuxième tour du scrutin présidentiel partagent largement cette crainte.

Le nouveau gouvernement devra faire face à des problématiques économiques et sécuritaires compliquées. Il devra y faire face en prenant en considération des paramètres divers relatifs à la relation avec la centrale syndicale et avec la société civile dans son ensemble. Les droits et la acquis révolutionnaires seront farouchement défendus par le peuple et par la société civile. Le nouveau gouvernement devra avoir l’intelligence nécessaire pour ne pas se mettre en confrontation avec ces organisations.

Marouen Achouri

Crédit photo : Fethi Belaid /AFP

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