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A qui profite le crime ?

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    L’épisode du rocambolesque feuilleton qui a opposé les deux députés de l’opposition Iyed Dahmani et Mongi Rahoui, autour de la présidence de la commission des Finances, prouve encore que la pseudo-opposition se trouve embourbée au fond d’un gouffre.

    Opposition vous avez dit ? Rien n’est moins sûr, étant donné que la définition même du terme opposition déchaîne les passions au sein de l’hémicycle et même ailleurs. Pendant des jours, on a assisté, las et consternés, au triste cirque de députés qui se chamaillent par médias interposés. Chacun s’estimant plus « opposant », traitait l’autre d’antidémocrate et de toutes sortes de noms d’oiseaux. C’est que chacun se disait plus soucieux de préserver les principes démocratiques que son voisin. Soit ! Tout cela est bien mignon mais qu’en est-il réellement ?

     

    La présidence de la commission des Finances, objet de toutes les convoitises, est la chasse gardée de l’opposition selon la Constitution. L’article 60 est sans équivoque : la présidence de la commission des Finances est « obligatoirement » accordée à l’opposition. Une sorte de lot de consolation après que les grands barons de la politique aient raflé la mise.

    Sauf que voilà, qui est opposition aujourd’hui et qui ne l’est pas? La Constitution reste muette sur ce point et ne tranche pas sur le litige. Il a fallu attendre le règlement intérieur du Parlement, écrit par ces mêmes élus qui n’arrivent pas à se mettre d’accord aujourd’hui sur son interprétation, pour qu’une définition soit enfin trouvée. Un règlement intérieur qui a été discuté, débattu et encore discuté pendant des semaines avant de voir le jour. Et le nouveau-né se révèle être boiteux !

    Dans son article 46, ce même règlement intérieur stipule que, font partie de l’opposition les membres du Parlement n’ayant pas voté la confiance au gouvernement. Simple diriez-vous ? Sauf que voilà, dans ce même article, deux alinéas existent : les députés n’ayant pas voté la confiance au gouvernement et les blocs parlementaires n’ayant pas voté la confiance au même gouvernement. Entre les deux, des montagnes d’interprétations s’érigent et chacun, tout naturellement, opte pour la définition qui lui sied le mieux. C’est que, dans leur grande sagesse, députés de l’ANC et du Parlement, ont permis à un seul article d’être interprété de mille et une manière. Pour faire plaisir à tout le monde, ont-ils dû se dire. Ingénieux !

     

    En attendant, le bloc du Front populaire, arrivé quatrième aux législatives, pense être le seul à prétendre au nom d’opposant au pouvoir. Il opte donc pour la deuxième définition, celle qui stipule que l’opposition est composée de blocs parlementaires. Mongi Rahoui, prétendant du Front au poste tant convoité, argue que les deux alinéas ne sont nullement cumulables et cite, au passage, l’article 70 du même règlement intérieur, qui stipule qu’en cas de conflit, la priorité du choix est accordée au bloc comportant le plus grand nombre d’élus. Et le tour est joué ! Sauf que voilà, les autres députés, dont ceux du bloc social-démocrate dont fait partie son rival Iyed Dahmani, ne le voient pas de cet œil et aspirent eux aussi à la chance d’être catalogués dans les rangs de l’opposition. On évoque le consensus et on passe au vote et c’est finalement Dahmani qui remporte la place, haut la main. Mais le Front continue de crier au scandale et dénonce un « hold-up ». Rien que ça !

    En réalité, le problème ne réside nullement dans le fait que la présidence de la commission des Finances ait suscité autant de convoitise, que cet article de loi ait suscité autant de débats. Bien au contraire, ceci pourrait être une des plus belles manifestations de la démocratie naissante. Le conflit a été résolu par le vote et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sauf que le mal est ailleurs. Cet épisode pour le moins ennuyeux pour l’observateur lambda révèle une toute autre défaillance.

     

    Parlons-en justement de cette opposition. Qu’en reste-t-il aujourd’hui après que les deux plus grands partis aient tous les deux rejoint les rangs du pouvoir. Avec Ennahdha, l’opposition aurait été beaucoup mieux portante, c’est dire à quel point la situation est désespérante. Mais Ennahdha a clairement choisi de se ranger, sagement, du côté du pouvoir. Une idée de génie quand on sait dans quels draps se trouve l’opposition aujourd’hui. Alors qu’avant, l’opposition pouvait aspirer (je dis bien aspirer), à un soupçon d’union, aujourd’hui, on retrouve des partis que rien n’unit, rassemblés en une indescriptible bouillie.

    Le Front populaire a certes raté sa chance de faire partie du pouvoir. Les urnes en ont décidé ainsi. Mais il a aussi raté la chance de faire partie d’une opposition solide, une opposition qui pourrait constituer un réel contre-pouvoir. Existe-t-il aujourd’hui une réelle opposition au Parlement ? Une opposition qui empêcherait le pouvoir de la majorité de tourner en rond, de tomber dans l’hégémonie, de se croire seul maître à bord et de dilapider les deniers publics.

    Le Front populaire est certes le parti le plus important de l’opposition. Le bloc social-démocrate aspire aussi à être une opposition de poids et a le mérite de réunir différentes sensibilités. Soit ! Mais lorsque l’égocentrisme d’un parti fait qu’il se concentre plus sur sa propre unité que sur celle d’une opposition plus que jamais fragile, c’est un véritable affront. C’est aussi un affront lorsque des manœuvres politiques jettent à l’eau un consensus qui aurait pu réunir l’opposition et non la diviser. Un affront pour ceux qui ont voté pour cette opposition, qui croient en elle et qui y placent l’espoir de constituer un réel contre-pouvoir.

    Le fossé se creuse encore plus entre les députés d’une même opposition. Il se creuse entre les citoyens tunisiens et leurs élus. Des élus qui s’accusent, chacun de son côté, de servir une partie du pouvoir. Désormais, on sait, hélas, à qui profite le crime…

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