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Les révolutionnaires n’ont pas à écrire l’Histoire de la prérévolution

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    Pour la énième fois, une sordide campagne de dénigrement, voire de lynchage, frappe l’animateur TV Samir El Wafi. La raison est que l’animateur a invité pour son émission du dimanche 22 février Seïf Trabelsi, neveu de Leïla Ben Ali, épouse de l’ancien président tunisien. Le « crime » de Samir El Wafi est d’avoir offert une tribune à un membre de la famille la plus honnie de Tunisie. Ou plutôt la famille désignée pour qu’elle soit la plus honnie. De ces campagnes de dénigrement, Samir El Wafi en a vu et en verra d’autres. Il n’est ni le premier, ni le dernier. Myriam Belkadhi, Moez Ben Gharbia, Naoufel Ouertani, Elyes Gharbi, Hamza Belloumi et bien d’autres ont connu et connaitront ce type de lynchages, chaque fois qu’ils invitent une personne que les « gens bien pensants » et « défenseurs autoproclamés de la révolution » désirent bannir du paysage médiatique, voire du paysage tout court. On dira alors après avoir regardé son émission en masse qu’il n’a même pas la formation académique qu’il faut, qu’il n’est pas fait pour être journaliste, qu’il rabaisse le niveau… Le tout après avoir fait partie de son record d’audimat.

    Aujourd’hui, il est temps d’en finir avec les « coupables désignés » et de connaitre la vérité. Il est aussi temps d’en finir avec ces « gardiens révolutionnaires » qui parasitent le débat, en boycottant systématiquement les plateaux de télévision (comme le cas de Ayachi Hammami) ou s’amusent à insulter tout représentant de l’ancien régime. La vérité doit primer sur les idées toutes faites, pour qu’on puisse en finir et passer à autre chose.
    Plus de quatre ans après la révolution, la Tunisie se doit de connaitre son Histoire. Sa véritable Histoire. Comment était réellement géré le pays sous Ben Ali, comment se nouaient les grandes affaires, comment étaient accordés les grands marchés publics, comment étaient cédés les domaines publics, qui étaient les acteurs principaux, qui étaient leurs complices.
    Plusieurs de ces vérités sont connues par les juges d’instruction, ce qui explique que des personnes comme Seïf Trabelsi se trouvent libérées après deux ans de prison, sans qu’aucune charge ne soit retenue contre elles. La vindicte populaire ne l’entend cependant pas de cette oreille et tient à ses coupables désignés. « Si Seïf Trabelsi (ou autre) est libre, c’est que le juge est corrompu ou que les dossiers n’étaient pas bien préparés ou encore que les preuves ont disparu », crient-ils sur tous les toits. L’idée même qu’un membre de l’ancien régime ou de la famille Ben Ali soit « clean » et n’ait véritablement rien à se reprocher ne leur traverse pas l’esprit.

     

    Les « gardiens » de la révolution qui ont occupé le paysage médiatique durant les quatre dernières années ont nui à l’Histoire postrévolutionnaire tunisienne avec leurs jugements prêts à l’emploi et leur version unique de l’Histoire prérévolutionnaire. Certains d’entre eux sont de véritables corrompus, de véritables mercenaires, de véritables chacals, mais qui ont réussi à tromper l’opinion publique par leurs « paroles » révolutionnaires, probes et honnêtes. « Paroles, paroles », chantait Dalida.

     

    Ces « bien pensants » reprennent les devises classiques du Moyen-âge et nous disent « pendez-les haut et court », « dressez leur des potences », « nous avons droit de vie et de mort sur eux », « ils n’ont pas besoin de procès équitables ». Et nous autres, hommes de médias, nous nous devons d’exécuter leurs desiderata, sous peine d’être lynchés.

     

    Naturellement, nous ne nous sommes pas exécutés. Nous ne vivons pas tous au Moyen-âge, heureusement, et il y avait eu une véritable résistance des grands médias pour ne pas céder à la facilité de désigner les coupables du doigt, sans leur offrir leur droit basique de s’exprimer.
    La motivation peut être différente, mais la finalité est la même. En invitant Seïf Trabelsi, Samir El Wafi a réalisé un véritable record d’audience (et on peut l’accuser que c’était son objectif, CQFD), mais la finalité est là. Il a permis à un Trabelsi de s’exprimer librement et de donner sa version de l’Histoire. Une version que les « bien pensants » ont tout fait pour censurer ces 3-4 dernières années. Entre les accusations de corruption, de complicité, de blanchiment, d’intimidation ou encore des procès montés de toutes pièces, les « gardiens de la révolution » ont brillé d’ingéniosité pour orienter l’opinion publique. « Untel est coupable, untel est militant-révolutionnaire ». «Ceux-là sont les méchants, ceux-là sont les gentils ». En fait, ces « gardiens de la révolution » rappellent les gardiens de moutons. Ces bergers qu’on voit avec un gros bâton en bois pour diriger leur troupeau. Hélas pour eux, les Tunisiens ne sont pas des moutons, encore moins les hommes de médias.
    Samir El Wafi a invité Seïf Trabelsi et ne s’est pas laissé intimider par le lynchage. Il en rit même. D’ailleurs, comment aurait-il pu être intimidé, lui qui a été trainé devant un tribunal militaire, juste parce qu’il avait invité un officier de l’armée dans son émission. Aucun de ces « bien pensants » n’a levé alors le petit doigt pour protester qu’un homme de médias soit trainé devant une juridiction militaire.
    Ces mêmes personnes veulent pourtant que les médias jouent le rôle de la justice et se mettent à blacklister certaines personnes que la justice même a blanchies. Ils n’en ont que cure que certains « grands témoins de l’Histoire » partent sans avoir livré leur part de vérité. Feu Abdelaziz Ben Dhia, disparu ce matin du lundi 23 février 2015, en fait partie.

    Pourtant le législateur a créé l’Instance Vérité et Dignité. Or, depuis qu’elle a démarré ses activités en juin 2014, cette instance peine à travailler. Et la raison est simple, sa composition pose problème et l’intégrité de certains de ses membres reste à prouver. Certains membres de cette instance figurent parmi les « gardiens » de la révolution, ceux qui ont l’habitude de désigner et juger les coupables, avant même de les entendre.

    Comment peut-on faire éclater la vérité et savoir ce qui s’est réellement passé, si les personnes désignées pour ce faire n’ont pas l’aptitude pour cela ? Si ces personnes sont nourries de haine farouche à l’encontre de tout ce qui est ancien régime ?
    La nature ayant horreur du vide, ce sont les médias qui se sont occupés de ce travail de recherche de la vérité, sans animosité particulière à l’encontre de qui que ce soit. Revers de la médaille, les hommes de médias qui font ce boulot se trouvent dans la ligne de mire des « gardiens de la révolution » pour des lynchages sans fin et des procès à répétition. Jusqu’à quand ?
    Il est grand temps que l’on cesse de mettre tous les membres de la famille Ben Ali et tous les ministres de l’ancien régime dans le même sac. Il est grand temps que les Tunisiens sachent la vérité, quitte à constater que certains « diables » pourraient être des anges et que certains « anges » pourraient être des diables.

    Pour assurer la justice ou la vérité, il faut considérer tout « Trabelsi » et tout « ministre de Ben Ali » comme étant un justiciable ordinaire et non comme une figure d’un régime dictatorial qui doit prouver son innocence. Nul n’a le droit de reprocher à une personne son appartenance familiale ou politique et de le condamner sans l’avoir écouté, même si l’on fait face au diable personnifié. C’est là un b.a.-ba de la justice et ce b.a.-ba ne doit jamais être occulté.

     

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