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Attaque du Bardo : BCE veut transformer le drame en opportunité

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    Un grand drame frappe la France le 7 janvier 2015. Une attaque terroriste islamiste du siège de Charlie Hebdo à Paris fait douze morts et onze blessés. Ce grand drame a mobilisé la planète entière autour de la France et des Français, mais aussi autour de la nécessité de préserver ce grand droit qu’est la Liberté d’expression. Les victimes étant essentiellement des journalistes.
    Président de la France, François Hollande a été, incontestablement, cet homme d’État autour de qui tout le monde s’est réuni. Face au terrorisme et à la barbarie, on ne porte plus de couleur politique, on est patriote et on porte tous le drapeau national, point. De 35% en décembre 2014, la cote de popularité est montée à 53% d’un coup, juste après l’attentat. L’élan de sympathie n’a pas touché que Hollande, il a touché toute la France et tous les Français.

     

    Mercredi 18 mars 2015, un grand drame frappe la Tunisie. Une attaque terroriste islamiste du musée du Bardo, a Tunis, fait 23 morts et 47 blessés. Ce grand drame a mobilisé plusieurs pays amis autour de la Tunisie et des Tunisiens. Un extraordinaire élan de sympathie a été particulièrement observé de la part de l’Algérie et de la France, mais aussi du Maroc, des Etats-Unis et de l’Allemagne.
    Nonobstant quelques adeptes de la théorie du complot, quelques islamistes notoires et quelques naïfs « hommes de médias », le pays en entier s’est uni autour de l’Etat et de son président. Dans ces moments exceptionnels de l’horreur, on ne porte plus de couleur politique, nous sommes tous Tunisiens, point.

     

    La réaction de Béji Caïd Essebsi, critiqué ces derniers temps pour son absence, ne s’est pas faite attendre. Le jour même de l’attaque, il a réagi sur Al Wataniya. Le lendemain, il était sur TF1, le surlendemain il adressait à la nation, en arabe dialectal, un discours « improvisé » à l’occasion de la Fête de l’Indépendance et deux jours après il était sur iTélé, Europe 1 et Nessma.
    Ce que l’on attendait du président de la République était de s’adresser à la nation et de la rassurer. De s’adresser aux partenaires et amis et de les rassurer. De crier haut et fort que la Tunisie n’est pas finie et que son Etat est fort. Il a fait ce qu’il devait faire et ce que l’on attendait de lui. Cela nous change de ce Moncef Marzouki (transformé en croque-mort et proclamateur de deuil national) qui gueulait dans le vide, s’adressant soi-disant aux terroristes, « Vous ne passerez pas, vous ne passerez pas, vous ne passerez pas ! Allez descendez et on va vous pardonner ! ».

     

    En 2011, quand il était Premier ministre, Béji Caïd Essebsi a reçu des dirigeants de la planète entière et leur a « vendu » la « révolution du jasmin ». Il a été reçu à la Maison Blanche et au G20. D’extraordinaires promesses ont été données à la Tunisie pour qu’elle réussisse sa révolution et pour l’aider à dépasser sa crise économique. La condition était de respecter la démocratie et les libertés. Et puis vint le 23 octobre et ces élections qui ont fait monter au pouvoir des islamistes incompétents rêvant d’un califat et des opportunistes revenant de l’exil pour recueillir les dividendes d’un soulèvement populaire auquel ils n’ont pas participé.
    La descente aux enfers commence. Les Tunisiens sont divisés en musulmans et mécréants, en niqabées et séfirat, en azlem et révolutionnaires, en voleurs et intègres. Chaque fois qu’on atteint le bas, on se rend compte que nos dirigeants ont la capacité de creuser encore plus profond. Et on a commencé à creuser notre tombe. La Tunisie, le plus émancipé des pays arabes, est devenue un exportateur de terroristes. La déliquescence de l’Etat est telle qu’un ministre de l’Intérieur laisse sciemment échapper un terroriste notoire, coupable d’avoir fomenté une attaque sanglante contre l’ambassade américaine à Tunis. « Si on l’avait attrapé, il y aurait eu un bain de sang », confirmait, il y a à peine deux jours, cet ancien ministre, dénommé Ali Laârayedh, à propos de Abou Iyadh. Voilà où nous en étions et l’image que nous donnions : l’Etat et tout son appareil ont peur d’un individu !

     

    Dimanche 22 mars, dans son interview sur iTélé, Europe 1 et Nessma, Béji Caïd Essebsi était un chef de guerre. Un chef de guerre qui n’a pas peur, un chef de guerre debout qui rappelle une évidence : la Tunisie est un Etat et l’Etat ne doit jamais avoir peur, ni capituler. Il ne doit jamais céder, ni faire un marché avec les sauvages du style « revenez, on vous pardonne ». A la guerre, comme à la guerre !
    A l’égard de la nation, il était rassurant et aux pays partenaires, il promet une grande marche pour ce 29 mars avec, à la clé, une stèle sur laquelle seront inscrits tous les noms des victimes du Bardo.
    Dans cette même interview, il rappelle une autre évidence que les gouvernants de la troïka ont totalement oubliée : la Tunisie ne mendie pas. « Si vous voulez nous aider, tant mieux. Sinon, merci, nous ne quémandons rien ! »
    Mais le message le plus symbolique de cette interview d’iTélé, Europe 1 et Nessma était le lieu de l’interview. Caïd Essebsi a choisi le Bardo pour sa double signification : c’est le lieu de l’attentat, mais c’est aussi le musée de cette Tunisie trois fois millénaire. Les statues et les mosaïques en arrière plan n’étaient pas du tout choisies au hasard. Son cabinet et son directeur de communication, Moez Sinaoui, ont une idée précise du message qu’il faut donner à la communauté internationale. La Tunisie est ce pays qui a une grande Histoire, bien antérieure à son Histoire arabo-musulmane. La Tunisie n’est pas un pays arabo-musulman seulement, c’est un pays arabo-musulman aussi. Un pays aux civilisations multiples qui a connu l’islam et l’arabité, comme il a connu d’autres civilisations encore plus riches et plus antérieures.

     

    Comme François Hollande au lendemain du 7-Janvier, Béji Caïd Essebsi a réussi au lendemain du 18-Mars à dégager une image sympathique de lui, de la Tunisie et de son Histoire. Cet élan de sympathie observé doit être entretenu longtemps et ne doit pas s’estomper, comme on l’a vu dans les années 2012-2014.
    BCE veut transformer le drame en opportunité pour relancer la Tunisie, son tourisme et son économie. Cette image du Bardo et de la Tunisie carthaginoise trois fois millénaire, doit désormais prévaloir dans toutes nos cartes postales, dans tous nos visuels promouvant le tourisme et chez tous les tours opérateurs. Cette image de la Tunisie islamisée, de la Tunisie exportatrice de terroristes vers la Syrie et la Libye, cette image de la Tunisie des niqabées et des sheikhs aux grosses barbes teintes au henné n’est pas la véritable image de la Tunisie. La Tunisie est arabo-musulmane aussi et non arabo-musulmane seulement, en Tunisie il y a des islamistes radicaux certes, mais il y a aussi des laïcs, des modernistes, des pieux, des conservateurs. Il y a surtout, et ce sont les Tunisiens dans leur écrasante majorité, des pacifiques et bons vivants dotés d’un légendaire sens de l’accueil. C’est cette Tunisie majoritaire que les médias et les différentes administrations (notamment celles du tourisme et de l’économie) doivent vendre dans la prochaine période. La tendance est lancée dans ce sens, il faudrait que le reste du gouvernement et de l’administration en soit conscient et la poursuive. Ce drame est une opportunité pour sauver le pays du terrorisme et en finir avec l’horreur.

     

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