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Le nom des gens

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    « Dans les noms que vous avez, il n’y en a pas qui viennent d’endroits où on pourrait soupçonner qu’ils sont en mission suicidaire ? ». Cette question, fine et subtile, a été posée le matin du 27 mars par le journaliste français Jean-Pierre El Kabbach, au secrétaire d’Etat français chargé des Transports, Alain Vidalies, lors d’une interview sur Europe 1. Revenant sur le crash de la Germanwings qui a fait 150 morts suite à une manœuvre-suicide du copilote, le secrétaire d’Etat a répondu, sans se formaliser, « Il n’y a aucun nom de cette nature ».

    Un échange qui en dit long sur les conclusions tirées suite au crash meurtrier de l’avion de la compagnie allemande qui s’est écrasé dans les Alpes françaises mardi matin. Le copilote, pourtant en arrêt maladie, a pris possession de l’avion et a opéré une descente dangereuse dans le but de faire crasher l’avion. Un suicide dans lequel il a entrainé la vie de 150 des passagers à bord. Le copilote avait une « mission » il voulait être reconnu, il voulait envoyer un message au monde entier. Pourtant, à aucun moment les mots « attentat » et « terroriste » ne furent prononcés.

    Tout a donc trait aux noms des gens, ces noms qui déterminent quelle personne vous devez être et comment le monde vous perçoit. Ceci me fait penser à un film, l’un de mes préférés : « le nom des gens ». Une comédie politique militante dans laquelle Sarah Forestier, interprétant Bahia Ben Mahmoud, une franco-algérienne, se définit comme étant une « pute politique » et couche avec les hommes de droite pour les faire changer de bord et les voir épouser la gauche politique. Faire l’amour pas la guerre.

     

    Un crédo à la « baba cool », tout comme la marche internationale contre le terrorisme, ou marche républicaine si vous voulez qui sera organisée dimanche à la suite de l’attentat du Bardo de mercredi dernier. Demain, à Bab Saâdoun, défileront des responsables et dirigeants de nombreux pays du monde. François Hollande, Claude Bartelone, Mahmoud Abbas, Mateo Renzi, Bronislaw Komorowski, Abdelmalek Sellal, Ali Bongo, Frederica Mogherini, Elisabeth Guigou, ainsi que d’autres représentants d’Espagne, d’Allemagne et de l’Union européenne sont les principaux invités de la marche de demain qui devra exprimer, aux yeux de tous, la solidarité internationale à la Tunisie. Demain, les dirigeants du monde se tiendront la main et scanderont que tout va bien dans le meilleur des mondes. Tout cela est bien beau, mais qu’est-ce que cette marche apportera en matière de lutte contre le terrorisme ?

     

    « L’aide européenne devra être plus importante », a déclaré Elisabeth Guigou, présidente de la commission des Affaires étrangères au parlement français, sur iTélé le jour de l’attentat du Bardo. Alors que les touristes du musée tunisien étaient en train d’être évacués par les forces de l’ordre quelques minutes après le début de la fusillade, l’un des journalistes avait demandé à la députée « Pourquoi, hormis la France et peut-être aussi l’Italie, aucun autre pays de l’Union européenne ne semble manifester un intérêt concret pour la Tunisie ? ». Une question embarrassante à laquelle la députée a rétorqué : « Toute l’aide que nous pouvons apporter sera très importante ».

     

    Les Tunisiens demeurent très inquiets à la lumière de la situation actuelle, notamment vu ce qui se passe aujourd’hui en Libye. La libre circulation d’armes dans ce pays voisin, véritable no man’s land sécuritaire, y est pour beaucoup dans l’armement de nos terroristes locaux. Des armes qui proviennent en majorité de l’intervention de l’OTAN qui a permis aux rebelles de se protéger contre la répression de Kadafi…en leur fournissant évidemment des armes.  Aujourd’hui, ces mêmes pays qui ont permis aux terroristes de s’armer et de tirer sur des civils sortent dans des marches pour crier au scandale et dénoncer le terrorisme.

    « La Tunisie n’est pas là pour mendier », avait déclaré Béji Caïd Essebsi dans une interview accordée aux médias français. Et il avait bien raison.

     

    L’attentat du Bardo, tout comme la naissance de la révolution tunisienne, ont suscité un élan de solidarité sans pareil. Citoyens du monde et communauté internationale officielle ont tous manifesté leur soutien à la Tunisie en cette période de crise. Les touristes promettent de venir passer leurs vacances chez nous et les pays étrangers nous promettent de l’aide. En réalité, il n’en sera rien. Du moins, ce ne sera pas cette aide qui fera décoller le pays du marasme dans lequel il se trouve aujourd’hui.

    Pour reprendre encore BCE, « La Tunisie devra se remettre au travail parce qu’elle n’a pas suffisamment travaillé ces derniers temps ». Elle ne devra pas compter uniquement sur les belles promesses et les formules diplomatiques de circonstance joliment formulées par ses voisins et « amis ». Là où le nom des gens détermine ce qu’ils sont, ce qu’ils attendent, et l’aide qu’ils devront avoir…

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