Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Les Tunisiens, indésirables pour les Emirats arabes unis

Article réservé aux abonnés

    Les Tunisiens sont devenus, depuis quelques mois, persona non grata pour les Emirats arabes unis. Des ingénieurs, des cadres hautement qualifiés et des hommes d’affaires de renom se sont vus refuser leurs visas pour ce pays. Leur prestigieux statut professionnel ne leur a pas été d’une grande aide face à la réputation ternie de la Tunisie, étiquetée, depuis la guerre en Syrie, de pays exportateur de jihadistes. L’aspect sécuritaire est désormais déterminant dans les décisions d’octroi, ou non, de ce visa. Le traitement appliqué reste, néanmoins, entouré d’une grande ambigüité.


    Au début, nous pensions que le discours de l’ancien président Moncef Marzouki donné, en 2013, à l’ONU et dans lequel il critiquait, indélicatement, les pays du golfe d’avoir soutenu « le coup d’Etat » en Egypte, était à l’origine du problème et qu’il suffisait, donc, que Marzouki quitte le pouvoir pour que les relations diplomatiques entre les deux pays reprennent leur cours normal. Mais, le départ de l’ancien chef de l’Etat et l’ascension de Béji Caïd Essebsi à Carthage n’a pas apporté le changement escompté, malgré les liens entre l’actuel président et les princes émiratis.

     

    La maladresse diplomatique de Marzouki n’est, vraisemblablement, pas la cause principale des refus de visas aux Tunisiens. Nous apprenons, en effet, que de nouvelles restrictions ont été mises en place par les Émirats. Celles-ci ciblent, officieusement, les hommes âgés de moins de 40 ans et concernent outre les Tunisiens, les Algériens et les Egyptiens. Les ressortissants de ces pays représentent, aux yeux des Emiratis, un danger pour leur sécurité, peut-on constater.

     

    Dans bien des situations, il est quasiment impossible de deviner la raison du refus, surtout que les services consulaires ne motivent jamais leur décision. Ces refus dérogent, dans beaucoup de cas, aux critères d’âge, de sexe et de nationalité implicitement établis. Rappelons, à ce propos, qu’une femme d’affaires des plus connues en Tunisie s’est vue, elle aussi, refuser le sésame. Il ne s’agit pas ici d’un homme de moins de quarante ans aux intentions terroristes comme on aurait pu le craindre, mais d’une dame qui détient un groupe réalisant un gros volume d’exportations vers les Emirats. Un autre exemple, aussi incompréhensible que le premier, celui d’un directeur qui ne parvient pas à obtenir le visa alors que des semaines auparavant ce même visa lui avait été octroyé. « Les règles sont trop floues. D’ailleurs, on ne sait même pas si elles existent », s’accordent à dire plusieurs candidats au visa émirati.

     

    Les hommes d’affaires ne sont pas les seuls à pâtir de cette situation. Des cadres dirigeants dans des sociétés locales ou étrangères font aussi les frais de cette nouvelle politique. Nous apprenons ainsi que le directeur commercial de la zone MENA dans une société étrangère a été privé de visa en raison de sa nationalité tunisienne. Une réponse fâcheuse pour ce monsieur dont les déplacements au moyen orient, notamment à Dubaï font partie des exigences de son poste.

     

    Les Emirats sont un gigantesque pôle commercial et financier. Le pays abrite les banques les plus prestigieuses du monde et organise les salons et les foires les plus grandes de la planète. C’est un lieu de business, de découverte et de rencontres. C’est également une destination privilégiée pour les chasseurs d’opportunités. Au vu de ces atouts, il est désavantageant, voire lésant, qu’un chef d’entreprise aux ambitions internationales soit privé de voyager à cette Mecque des affaires. C’est ce qui explique, en partie, la frustration et la colère de beaucoup d’hommes d’affaires tunisiens à qui on n’a pas accordé le précieux visa. Mais, cela n’est pas l’unique raison de leur indignation. Le flou sur les critères adoptés a, pour sa part, ravivé ce mécontentement.

     

    Cette méfiance envers les Tunisiens est exagérée, soutiennent certains. Si les Tunisiens étaient aussi dangereux que les Emiratis le pensaient, les pays occidentaux auraient durci, de leur côté, les conditions d’obtention de visa pour eux, avancent-ils. D’autres, outrés d’être soupçonnés de terrorisme, le prennent pour une humiliation et une atteinte à leur dignité.

     

    Les cas de visas refusés ne manquent pas. L’un de nos lecteurs, souhaitant garder l’anonymat, nous a témoigné de son expérience. Il est expert en Digital marketing et SEO. Dans son mail, il indique être parti aux E.A.U, en février dernier, avec un visa touristique. Son employeur a engagé, pour lui, des démarches de visa de travail. Mais, sans succès. « Le visa a été refusé à six reprises ! » écrit-il. Cela l’a obligé à quitter Dubaï, « dans la foulée », vers une ile iranienne. « N’allez plus aux E.A.U. si vous n’avez pas en poche le fameux work visa, désormais interdit aux Tunisiens » suggère-t-il aux jeunes demandeurs de visa.

     

    Sur Express Fm, Wassim Ben Larbi révèle, lors de son émission matinale L’Expresso du 4 mai 2015, qu’un haut-fonctionnaire de Tunisair avait raté un salon sur le tourisme aux E.A.U. parce qu’il n’a pas obtenu le sésame. Un autre, homme d’affaires, a manqué son premier entretien physique aux Emirats avec trois de ses clients, toujours à cause du visa refusé.

     

    Le président de la République, Béji Caid Essebsi, sera prochainement en visite aux Emirats après une invitation qui lui a été remise, le 14 février dernier, par la ministre émiratie du Développement et de la Coopération internationale. Plusieurs Tunisiens, hommes d’affaires ou demandeurs de permis de travail, fondent de grands espoirs sur ce voyage du chef de l’Etat.

     

    Elyes Zammit

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *