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Nous voulons un État de droit, pour eux et pour nous !

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    Mardi 2 juin 2015, l’animateur Samir El Wafi est condamné à huit mois de prison ferme. La cour a estimé que ce que l’on reproche à l’animateur n\’est pas du ressort du pénal et a prononcé son jugement, de ce fait.

    Précédemment, une autre cour, siégeant au même tribunal, a estimé qu’il en est autrement et a argumenté son jugement. J’ai bien lu l’énoncé du verdict (une bonne dizaine de pages) qui a évoqué les articles 47, 85, 122, 169, 170 et 171 du code des procédures pénales et des articles 32, 59, 83, 84 et 96 du code pénal. Les faits signalés par cette cour, inscrits noir sur blanc dans son verdict, mentionnent clairement les doutes sérieux autour de l’ancien ministre CPR, Salim Ben Hamidène, d’où les articles signalés (voir notre article à ce sujet). La suite des procédures est, d’ailleurs, allée dans ce sens-là en convoquant un certain « Salim » qui a affirmé ne pas appartenir au cabinet de l’ancien ministre, contrairement aux propos de ce dernier (voir notre article à ce sujet).

    Mardi 2 juin, la cour ne semble pas avoir pris en compte tout cela et a prononcé son verdict contre Samir El Wafi. Uniquement Samir ! L’incompréhension est totale pour tous ceux qui ont suivi de près ce dossier.
    Si Samir El Wafi n’a rien fait, il mérite d’être relaxé et blanchi devant l’opinion publique et les médias qui l’ont lynché. S’il est coupable, la peine de huit mois est faible devant les faits reprochés et, en aucun cas, il ne saurait être le seul à être condamné.

    Pour ne pas dire autre chose, je m’arrêterai à l’incompréhension, mais il est désolant de voir des personnes passer entre les mailles du filet de la justice, alors que des suspicions dépassant le doute raisonnable pèsent sur elles. Et il est rageant de voir des personnes innocentes en prison ! Il vaut mieux avoir dix coupables dehors qu’un seul innocent en prison. Ce que l’on a vu mardi 2 juin ne reflète pas l’Etat de droit auquel nous aspirons !

     

    Lundi 9 avril 2012, une manifestation pacifique à l’avenue Habib Bourguiba dégénère. Les violences policières de ce jour ont fait la une de tous les médias tunisiens et de plusieurs médias européens. Une voiture de police a foncé dans la foule (voir notre article), les manifestants ont été piégés et aspergés de gaz lacrymogènes dont des militants de la société civile, des journalistes, des artistes et des chefs de parti (voir notre article). Une militante d’El Massar a été gazée à bout portant (voir notre article). On a même vu, vidéo à l’appui, la police pousser un jeune manifestant du 2ème étage d’un immeuble (voir notre article). Le pire dans tout cela est que la police était soutenue par des voyous des LPR qui tabassaient les manifestants en toute impunité. On ne compte plus les vidéos, reportages et témoignages montrant l’implication de ces voyous ce 9 avril 2012, correspondant à la fête des martyrs. Tout comme les témoignages affirmant que c’est la police qui a commencé la violence. Une commission d’enquête à l’ANC a été créée et on attend toujours son rapport. Elle a été présidée par Zied Laâdhari qui n’a toujours pas rendu son devoir et qui, entre-temps, est devenu ministre.

    En réaction à ces violences mémorables, le ministère de l’Intérieur a indiqué que la police a appliqué les lois de l’Etat. Avec des voyous et des gaz à bout portant ? Passons ! Le président de la République de l’époque, Moncef Marzouki, a déploré pour sa part la violence des manifestants contre les forces de l’ordre (voir notre article). Oui, vous avez bien lu, l’ancien droit-de l’hommiste et président de son état, regrettait que les manifestants violentent la police !
    Depuis ce noir 9 avril 2012, on a vu des vertes et des pas mûres de cette même police. Les violences policières les plus spectaculaires et inoubliables sont indéniablement celles de novembre 2012 avec les tirs de chevrotine contre les manifestants à Siliana et ceux de l’été 2013 au Bardo où l’on a vu des policiers agresser violemment des députés.

     

    Samedi 6 juin 2015, une manifestation est organisée par des membres des LPR et quelques fans de Moncef Marzouki, atour du slogan « Où est le pétrole ». La police attrape quelques manifestants et les met au cachot. Les arrestations étaient musclées, comme on en voit partout, y compris dans les pays les plus développés. Il n’y a pas eu de gaz lacrymogènes, il n’y a pas eu d’usage de chevrotine, il n’y a eu que des arrestations musclées. C’est illégal et disproportionné ? Oui, et toute personne responsable se doit de condamner ces violences policières, puisqu’il s’agit bien de violences. Je ne saurai expliquer ou justifier cette violence. Ce que je veux, ce que nous voulons, c’est un Etat de droit et une police qui traite tout le monde à pied d’égalité. Et pour la manifestation du samedi, cet Etat de droit a été bafoué, car les manifestants n’ont rien commis d’illégal. Pire, ils n’ont même pas commencé à manifester ! La police aurait pu, aurait dû, les laisser crier comme bon leur semble et réagir (au quart de tour s’il le faut) dès qu’elle constate un dépassement.

     

    Maintenant que cela est dit, qu’on se rappelle que la police tunisienne, comme l’ensemble des autres secteurs (justice, médias, partis…) n’est pas encore parfaite comme on en voit dans les pays démocratiques évolués. Elle se forme encore et se corrige, comme nous tous. Et en matière d’évolution, cette police a parcouru du chemin. Avant la révolution, elle était habituée à la Fanta (entendez par là, torture). Après la révolution, elle s’est mise à la chevrotine et se faisait aider par des milices proches du parti au pouvoir. Maintenant, c’est quelques matraques, à l’instar de la police britannique, française ou américaine. On est bien d’accord que, dans ces pays, on ne combat pas les manifestations non autorisées avec des fleurs, mais avec des matraques ?! Encore un peu et elle ressemblera aux polices suédoises ou danoises.

    Ce qu’il y a à noter dans la manifestation du samedi 6 juin, c’est la comédie des meneurs. A commencer par les dirigeants du CPR et Attayar qui se sont rappelés, soudain, que les abus policiers sont condamnables. Les Mohamed Abbou et Imed Daïmi n’ont même pas eu la décence de se taire, maintenant qu’ils reçoivent les coups qu’ils en ont eux-mêmes donné aux autres ! En 2012, leurs adeptes et eux cautionnaient et, au mieux, ils étaient silencieux, malgré l’horreur observée ! Pire, ils étaient eux-mêmes derrière les voyous qui agressaient militants et journalistes et menaçaient leurs opposants de potences et de prison !

    Les autres meneurs, comme Imed Deghij et Yassine Ayari ont pris, pour leur part, la poudre d’escampette, laissant les jeunes se débrouiller seuls à l’avenue Habib Bourguiba. Le courage, ils en parlent tout le temps. Mais sur terrain, et puisqu’ils sont en liberté conditionnelle, ils préfèrent le laisser aux naïfs qui les suivent.
    La palme d’or de la théâtralisation est attribuée à cette militante du nom de Ons qui dit avoir été violentée, jusqu’à perdre connaissance et l’usage de ses jambes. Non seulement, on la verra marcher normalement, mais on la verra ensuite sur un lit avec un masque à oxygène mis à l’envers et non relié à la bombonne d’oxygène (voir ici sa photo) !

     

    Quand on veut un Etat de droit, on se doit de condamner les abus policiers du samedi 6 juin. Mais on se doit également de condamner la manipulation des meneurs et la comédie de plusieurs pseudo-victimes.
    Quand on veut un Etat de droit, on se doit de condamner ces hommes politiques qui usaient et cautionnaient les gaz lacrymogènes et la chevrotine contre les manifestants, lorsqu’ils étaient au pouvoir, et s’élèvent aujourd’hui contre les matraques, juste parce que ce sont leurs opposants qui les tiennent.
    Quand on veut un Etat de droit, on s’élève contre toute décision judiciaire qu’on estime injuste, quel que soit le nom de la victime, qu’il s’appelle Slim Chiboub ou Salim Ben Hamidène, Rafik Haj Kacem ou Rafik Abdessalem.

     

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