Dix-huit personnes ont trouvé la mort dans la matinée de ce mardi 16 juin 2015. Dix-huit vies fauchées dans l’accident le plus mortel, jamais enregistré au niveau du réseau ferroviaire tunisien. Aussitôt, les voix se sont élevées mettant en cause la négligence et l’état des réseaux qui va en se détériorant, outre le manque de civisme des conducteurs tunisiens, connus pour leur non-respect du Code de la route. La catastrophe d’aujourd’hui a fait délier les langues et a mis l\’accent sur la nécessité de mettre en place une véritable stratégie nationale en matière de sécurité routière.
Dès l’annonce de l’accident entre un train et un camion semi-remorque, au niveau de la ville du Fahs, les ministres du Transport, de l’Intérieur et de la Santé se sont dépêchés sur place. Alors que 18 personnes sont décédées, près de 100 autres ont été blessées et réparties pour recevoir des soins, sur plusieurs hôpitaux de la région. Les images sont insoutenables, dénotant de la violence de l’accident.
Multipliant les déclarations aux médias, Mahmoud Ben Romdhane, ministre du Transport a imputé la cause de l’accident mortel à l’absence de barrières dans les passages à niveau, assurant qu’il s’agit d’une des premières causes des accidents routiers en Tunisie. M. Ben Romdhane révèle que le pays a, depuis le déclenchement de la révolution, connu une dégradation majeure en matière de sécurité routière, ajoutant que la Tunisie fait aujourd’hui partie des pays les moins sûrs à ce niveau.
Le ministre n’a pas tort. Début 2015, le ministère de l’Intérieur a fait état de 7.971 accidents de la route survenus en 2014 et ayant provoqué 1.565 morts et 12.354 blessés. L’année 2013 a enregistré, pendant la même période, 8.809 accidents de la route, ayant fait 1.499 morts et 13.458 blessés. Soit une baisse de 9,5 % en termes d’accidents en 2014, et de 8,2 % en termes de blessés, et une hausse du nombre des morts de 4,4 %.
Les principales causes des accidentes de la route, est l’imprudence du piéton qui vient en première position, avec 25,5 %, l’excès de vitesse (14,6 %) et l’imprudence du conducteur (12,8 %). Pour la répartition des accidents, il se trouve que le gouvernorat de Tunis a totalisé le plus grand nombre de drames (21,9%), suivi par les gouvernorats de Ben Arous (7%) et de Sfax (6,8%).
Rien qu’au début de 2015, les dernières statistiques de l’Observatoire national de la sécurité routière ont fait ressortir que 414 accidents de la route ont été enregistrés en février dernier, ayant fait 96 morts et 623 blessés, contre 627 accidents recensés durant la même période de 2014, provoquant 104 morts et 945 blessés, soit une baisse du nombre d’accidents de 33.97 %, des blessés de 34.07% et des décès de 7.69%.
La Tunisie occupe les premières places mondiales en matière de nombre d\’accidents de la route et de leurs victimes, d’après l’Association tunisienne de prévention routière (ATPR). Le plus grand nombre d\’accidents est enregistré durant la saison estivale, entre juillet et août. Autre fait, les accidents de la route causent à l’Etat des pertes allant jusqu’à 700 millions de dinars par an.
Il faudra se demander pour quelle raison la Tunisie est l\’un des pays les plus dangereux en matière de sécurité routière. On pointera l’incivisme et l’irrespect notoire des conducteurs tunisiens, véritables dangers pour les autres et pour eux-mêmes. Personne n’osera dire le contraire. Les campagnes de sensibilisation se succèdent sans donner pour autant de résultat concret, il serait donc nécessaire de penser une nouvelle stratégie et tenter de bousculer les mentalités en responsabilisant les usagers de la route.
Dernièrement, deux décrets ont été publiés, par le ministère du Transport. Le premier imposant le port de la ceinture de sécurité aux chauffeurs et aux passagers assis sur le siège avant dans tout type de véhicules. Cependant, ce décret ne s’applique pas aux taxis individuels et collectifs et aux véhicules de transport rural. Le deuxième porte sur l’abaissement du taux d’alcoolisme autorisé de 0,5 g/l à 0,3 g/l. Sauf que, malheureusement, on attend toujours leur entrée en vigueur.
Autre fait mis en cause, la détérioration des routes tunisiennes. Un grand manque d’aménagement est constaté surtout au niveau des routes, des trottoirs et de l’éclairage des rues ou du signalement, alors que le réseau ferroviaire connait une dégradation de plus en plus marquée (absence de signalement au niveau des passages à niveau, manque d’entretien des chemins de fer…).
Autant de problèmes qui ont poussé, aujourd’hui même, le ministre du Transport à assurer qu’il est grand temps d’optimiser les ressources, pour assurer la sécurité sur les routes et celles des passagers des transports publics. Pour sa part, le ministère de l’Intérieur a renouvelé son appel aux usagers de la route à faire montre de prudence, à respecter les règles de sécurité routière et à éviter l’excès de vitesse.
D’après un rapport de l’ONU, des preuves irréfutables montrent que les accidents de la route, mortels et non mortels, peuvent être évités. Ainsi, les pays qui ont progressé le plus en matière de sécurité routière, y sont parvenus grâce à la participation de tous les secteurs concernés de la société et à une législation globale et bien appliquée sur les principaux facteurs d’accidents. En Tunisie, aucun bilan aussi lourd n’a été enregistré au niveau du transport ferroviaire et chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles sur les routes tunisiennes. Il est temps d’agir.
Crédit photo : Fethi Belaid / AFP










