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Le terrorisme, c’est nous !

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    Avec sa cohorte de douleurs, de regrets et de colères, chaque acte terroriste perpétré en Tunisie s’accompagne aussi d’une kyrielle de théories complotistes ridicules et d’analyses boiteuses. C’est ce qu’on a connu après l’attentat du Bardo et celui de Sousse.

    Si ces théories et ces pseudo-analyses se rejoignent sur une chose, c’est bien sur le fait que nous ne sommes pas responsables, c’est de la faute aux autres. Par exemple, une théorie sur l’attentat de Sousse dit que c’est un groupe pétrolier britannique qui a commandité cet acte terroriste pour distraire le peuple tunisien de sa prétendue revendication première, connaître le sort des richesses naturelles tunisiennes. En bonne logique, les tenants de la campagne « winou el pétrole » sont les premiers à avancer cette thèse. Donc, mis à part le ridicule évident d’une telle théorie, elle dit que ce ne sont pas les Tunisiens qui sont responsables, mais les lobbies et les puissances étrangères.

    Il y a aussi la théorie selon laquelle ce seraient les services sécuritaires tunisiens qui auraient tout orchestré. L’objectif est de faire peur au peuple pour avoir les mains libres et reprendre leurs agissements d’avant-révolution sous la bannière de la lutte contre le terrorisme. Théorie qui ne nécessite aucun commentaire, à part la constatation qu’elle rejoint la précédente sur le rejet de toute responsabilité.

    Passons aux analyses des inspecteurs virtuels. Il y a eu un réel début de polémique à propos des caméras de surveillance de l’hôtel. On a tout laissé de coté pour se concentrer sur les caméras puisque la rumeur a dit qu’il n’y en avait pas. Est-il concevable qu’un hôtel cinq étoiles comme celui de Sousse n’ait pas de caméras de surveillance ? Ce ne sera pas la première entorse à la logique de toute manière. On a même commencé à s’en prendre à la propriétaire de l’hôtel pour cette histoire de caméras. La vérité est que l’hôtel dispose, évidemment, de caméras de surveillance et que tous les enregistrements ont été saisis par la police en tant que pièces à conviction dans l’affaire. Mais comme on n’a pas vu les enregistrements fuités sur Facebook, c’est qu’ils n’existent pas ! Si on regarde les choses d’un peu plus près, c’est encore un déni de responsabilité collective. On oserait presque dire que l’hôtel mérite ce qui est arrivé vu qu’il n’est pas correctement équipé !

    En réalité, on ne fait que repousser la faute sur autrui dans un étalage impressionnant de lâcheté et de bêtise. Nous ne sommes jamais responsables, c’est les autres. C’est pas de notre faute, c’est la faute des Libyens, des hommes d’affaires, du gouvernement, du voisin, à pas-de-chance, mais ce n’est jamais la nôtre. Pourtant, les faits sont là. Seifeddine Rezgui est un jeune tunisien sans histoires qui a surfé entre la drogue, le break-dance et le fondamentalisme religieux. Il est ensuite allé s’entraîner en Libye et est revenu accomplir son acte. Donc, la genèse et la transformation de ce garçon sont tuniso-tunisiennes. Pourtant, on refuse de voir la réalité en face.

    Autre fait, nous avons 5.500 Tunisiens terroristes en train d’exercer leur « savoir-faire » en Syrie, en Irak, en Libye, au Yémen, etc. D’où viennent-ils ? Pourquoi font-ils un tel choix ? Pourquoi sont-ils aussi nombreux ? Comment pouvons-nous avoir la bêtise de vouloir combattre Daech et les organisations terroristes, alors que ce sont nos jeunes qui forment le gros de leurs rangs ? On fera comme si on n’avait rien vu et être coupables d’un énième déni de responsabilité ?

    Si on décide, un jour, de voir les choses en face. On pourra simplement constater que les années de pic dans l’envoi de terroristes tunisiens aux quatre coins du monde, coïncident avec celles où la troïka était au pouvoir, où les imams prêchaient le jihad en Syrie et où partir dans un pays en guerre était devenu plus facile que de tenter la traversée de la méditerranée. On pourra aussi se rendre compte que nombre d’associations ont facilité et financé ce type de voyages. Des associations ayant pignon sur rue et qui continuent d’exister aujourd’hui. Nous ne sommes pas un peuple plus religieux, plus belliqueux ou plus guerrier que les autres. Il y a simplement eu des années de « facilitation » pour expliquer ce nombre élevé de terroristes tunisiens.
    Il y a aussi les questions de développement, de croissance, d’emploi, d’éducation, de culture. On ne regarde pas nos travers et nos défauts, mais on essaye de les rejeter sur les autres. C’est une philosophie que nous avons développé des années durant. Pourtant, il faudra qu’un jour, on se regarde dans un miroir avant de commencer à réparer et à reconstruire. Ce jour-là, il s’agira surtout de résister à la laideur de ce que nous verrons dans ce miroir.

     

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